Les promenades du rêveur solitaire : Brando en septembre 2012


Grisé par ma première sortie, me voilà décidé à remettre çà, mais cette fois-ci un peu plus proche de chez moi. Je décide donc de visiter les hauteurs de Brando, et plus particulièrement au hameau de Castellu où j'apprends lors de mes recherches préliminaires à mon circuit que de nouvelles ruines d'une place forte sont érigées.
Je décide donc de m'y rendre en empruntant la route qui va vers Mausoleu. Je dois dire que je suis souvent passé devant cette bifurcation de la route du cap quand nous allions entre amis nous baigner sur les rochers des criques du cap, particulièrement à Sagro, sans jamais l'emprunter, ni même, avouons-le, y songer.

Bizarrement, j'ai une impression de déjà vu concernant le trajet, mais mon attention pour être sûr de ne pas manquer les panneaux de signalisation vers le hameau convoité est à son paroxysme. Nos routes de l'intérieur se ressemblent toutes, je m'en convaincs pour continuer sereinement.
J'arrive à Castellu, et constate d'emblée que ce petit hameau porte effectivement bien son nom : en effet, il est surmonté par les-dites ruines du fort de Brando. Je m'imagine déjà m'en approcher et ressentir les moments forts de leur glorieux passé, un peu comme un enfant rêve des aventures de ses chevaliers idéalisés. Mais une épopée plus terre à terre vers le chemin balisé m'appelle. Même si j'ai l'espoir de m'approcher de mon château...

Je traverse donc rapidement le petit village et me lance sur une piste qui grimpe au milieu de « muri alti », littéralement « murs hauts », qui correspondent en fait à des terrasses à flanc de colline aménagée aux temps jadis pour les cultures. De là je dois rejoindre Silgaghja... Silgaghja, où ai-je déjà entendu ce nom ? Mémoire, frivole maîtresse, te joues-tu donc de moi en ce jour où je fais reposer mes espoirs de visite inoubliable ? Passons, mes jambes me portent sur cette pente relativement douce au milieu de ces terrasses où le maquis a repris ses droits, laissant juste serpenter le sentier prévu.
A ma gauche, bien en contrebas, j’aperçois les ruines de quelques bâtisses que j'assimile alors aux deux villages ruinés de Grotta et Serboghju, sans pouvoir en dire plus à leur sujet de par l'éloignement et le manque d'informations que j'ai pu glaner à leur sujet. Je profite d'une madeleine de Proust, en la vision de ces nombreux plants de marjolaine – ou serait-ce de la nepita, je n'arrive jamais à différencier les deux vu que dans ma famille la confusion était souvent faite – à l'odeur qui rappelle mon enfance à la vie, quand je partais avec ma grand-mère cueillir toutes ces herbes et aromates qu'elle emploie en cuisine.

Mais Silgaghja est déjà en vue, et je pénètre dans ce hameau élevé et finis par comprendre pourquoi tous ces environs me semblaient si familier depuis le début : je tombe sur un panneau indiquant un accès au monte Stellu, et là la scène me revient à l'esprit, quand en ce dimanche matin nous avions décidé avec celui qui m'a inspiré ces balades de tenter justement le Stellu, à partir même de ce hameau de Silgaghja dont j'ignorais alors le nom vu que j'étais guidé par lui, et encore profane en dilettante. Je me souviens que nous avions dû rebrousser chemin avant même le départ aux vues des conditions météorologiques si défavorables pour une fin août avec ces brumes matinales puis ce vent violent... Une nouvelle fois je dois renoncer à cette ascension qui décidément s'offre à moi, je ne suis pas encore aguerri, je n'ai pas de matériel ni de vivres en quantité suffisante, et surtout, je n'ai pas le temps en ce début d'après-midi déjà bien passé d'envisager les nombreuses heures de marches nécessaires à mener à bien cet objectif. Patiente, ô montagne, notre temps viendra bientôt...

Presque à contrecœur, je me décide d'entamer la descente le long de la route qui me ramènera au Castellu, je n'ai pas envie de rentrer, l'ascension a été très brève, bien trop au goût de l'apprenti qui découvre les méandres de sa discipline, je vois le monte Stellu se refuser de nouveau à mes pas, je ne saurais tolérer une vulgaire descente au bord d'une route et de son bitume noirâtre et si morne comparé à son environnement proche. Cet environnement proche, la voilà ma solution à mes frustrations puériles. Tant qu'à descendre, autant innover et te frayer ta propre piste à travers la forêt au bord de la route. Qu'est-ce que tu as à perdre, tu n'as qu'à ne pas trop t'éloigner du bord de la chaussée et tu ne te perdras pas ? Sitôt pensé, sitôt lancé en contrebas à admirer le bosquet ombragé qui sépare les hameaux de la commune... Ces arbres majestueux qui ont su résister au poids des années et particulièrement aux incendies estivaux qui ravagent parfois ma région... Ces murs anciens vert-mousse ou bien berceaux d'une merveilleuse végétation qui a su profiter des niches qui séparent les pierres entre elles... Ces rochers semblant percer le sol, parfois retenus et même entravé dans leur œuvre par les arbres et leurs racines... Et ce calme, certes tout relatif si l'on considère la proximité de la civilisation et le bruit de fond propre aux bois, mais pourtant si appréciable pour le citadin en mal de retour aux sources qui se lance à l'aveugle dans la forêt inconnue...

Je finis donc par rejoindre la route prévue avant de retourner à mon point de départ. Je fais attention à ce moment au fait que l'Homme a effectué un travail remarquable sur les flancs des montagnes alentours quand je m'aperçois qu'elles semblent toutes être aménagées en terrasses, comme si finalement elles avaient été montées comme des pyramides, étages par étages.
Sur cette pensée un peu cocasse, je quitte une nouvelle fois mon lieu de villégiature du jour, mais avec un dernier regard en arrière pour Silgaghja et le Stellu, car je sais alors que nous seront amenés dans un avenir très proche à finir ce jeu du chat et de la souris. Du moins est-ce la promesse que je me fais alors à moi-même...

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