Les promenades du rêveur solitaire - La chapelle Saint André de Biguglia en octobre 2012



Hier la chapelle Sainte Marie de la commune de mon enfance, aujourd'hui la chapelle Saint André de la commune où je réside. Le temps est incroyablement beau en cette fin octobre, mais par rapport à la veille incroyablement plus froid. Pour Furiani je n'avais qu'un t-shirt en coron léger et encore il faisait très bon , pour Biguglia je suis passé à la polaire. Ceci me fait prendre conscience que je dois rester vigilant quand à l'équipement que j'amène avec moi dans ces escapades. En admettant qu'il puisse m'arriver quoi que ce soit qui me retarderait dans mon parcours, ou que la mauvaise météo me rattrape, je ne tiens pas à grossir la rubrique dans fais divers, catégorie randonneur imprudent.

Mais passons. J'accède aux hauteurs du village de Biguglia d'où le tracé part juste derrière un petit lavoir. Un escalier de béton brut marque le début de la piste à suivre. Çà ne me semble pas très naturel mais je sais que les choses vont changer bientôt vu que les ruines de la chapelle Saint André où je veux aller sont en pleine nature et surtout loin des habitations. Le petit sentier forestier est sympathique, pas encore abrupt, et laisse entrevoir le désormais panorama classique de l'étang de Biguglia et d'une part de plus en plus importante de la plaine à mesure que l'on grimpe. Quelques pagliaghji en ruine agrémentent le tout alors même que le chemin perd de sa netteté de part les feuilles mortes qui jonchent le pied des arbres environnants. Mais rien de bien sorcier jusque là, ayant croisé un panneau avec un laconique mais utile « CHAPELLE » un peu avant. Panneau que je redresse quelque peu d'ailleurs, les aléas de la météo et un entretien tout relatif à mon avis l'ayant quelque peu chahuté.

A mesure que l'altitude croit, les arbres se raréfient pour laisser place au maquis de bruyères entrelacées de joyeusetés à épine qui vous font apprécier une tenue couvrante en lieu et place d'une légère, même si le froid sec de la journée la justifiait déjà comme annoncé plus haut. La route rétrécit drastiquement, je suis ce qui semble être une rigole formée par l'écoulement des eaux de pluie où j'ai parfois juste la place de passer sans me faufiler malgré mon petit gabarit. Çà commence à tirer sur les cuisses vu que la pente augmente. C'est l'archétype même du passage que je n'aime pas dans mes promenades : la visibilité éteint restreinte par la densité de la végétation, vous êtes contraints bon gré mal gré de suivre cette unique voie en espérant ne pas avoir loupé une bifurcation semi-emmurée d'arbustes ayant trop poussé l'été.

La montagne semble encore haute, le vent se lève, accentuant l'impression de froid qui traverse un peu ma polaire. J'ai bien un coupe-vent dans mon équipement mais c'est encore supportable donc pas d'urgence à l'enfiler. La végétation devient désormais presque rase, la vue se dégage sur le sommet en face de moi, mais également sur la plaine derrière, que la vision balaie largement de par la netteté de l'horizon épuré par le souffle du vent. La chapelle est désormais en vue. Du moins ce qu'il en reste. En effet, le temps a fait sur elle son œuvre de destruction : seul subsiste réellement le mur à l'arrière de ce qui a du être l'autel. Une croix de bois s'y dresse avec une petite plaque à la mémoire d'une personne disparue. J'ai mis un peu de temps avant d'oser pénétrer dans les ruines. Les lieux sacrés ont mon profond respect même si je ne l'exprime pas en dehors de ces rares moments où je les côtoie encore.

Le moment est solennel : seul au milieu de nulle part, dans les vestiges de la chapelle du saint patron de ma ville actuelle, avec près de mille ans d'histoire sous mes pas. Une nouvelle fois la plaine s'offre à moi en bas, toujours aussi magnifique à mes yeux malgré sa relative morosité quand on la compare aux rivages tourmentés du cap, de la Balagne ou du sud, ou bien aux mont et vallées du centre. Pourtant, en tant que bastiais de souche, ayant migré progressivement vers la périphérie sud, j'y suis attaché comme l'enfant aime sa mère sans se soucier aucunement de son apparence.

Il fait de plus en plus frais, je dois me résoudre à redescendre, d’autant plus que les nuages qui passent furtivement devant les rayons du soleil tendent à faire encore chuter la température par moments. La descente est aussi délectable que la montée vu que j'ai ce paysage de carte postale décrit plus haut devant moi. Et quand bien même je traverse la forêt qui me bouche la vue sur les alentours, je suis tout de même heureux d'avoir pu, si près de chez moi pourtant, profiter d'une piste à l'histoire intimement liée à Biguglia.

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