Les promenades du rêveur solitaire - Erbalunga en octobre 2012


Mon obsession des sommets me conduit finalement à vouloir m'enfoncer sous terre. Ou plutôt le fait que je doive temporiser ma future expédition de par mon emploi du temps et la météo trop souvent brumeuse ces derniers temps font que je décide de varier les plaisirs de mes escapades en tentant d'observer des choses encore inédites pour moi alors. Les sentiers gentillets que j'ai suivi jusqu'à présent semblent un peu répétitifs, il me faut de la fraîcheur, quelque chose qui me surprendra moi-même dans sa réalisation.

Quoi de mieux dans ce cas que l'exploration de la grotte de Brando ? Pas très éloignée en distance, peu de marche à prévoir pour l'atteindre, et surtout une exploration vraiment inédite dans le sens où je n'ai jamais été dans une grotte de ma vie. L'obscurité et le confinement ne sont pas vraiment ma tasse de thé en temps normal, je ne sis pas vraiment comment je réagirais une fois là-bas, mais je me ragaillardi en pensant que qui ne tente rien n'a rien au final. A quoi bon risquer de regretter quelque chose que l'on ne s'est même pas donné la peine de tenter ? Au pire, je rebrousse chemin, rentre chez moi et fais comme si rien ne s'était passé si je ne veux vraiment pas perdre la face.

J'arrive devant les anciennes glacières au bord de la route du Cap. Combien de fois les ai-je croisées, combien de fois les ai-je tout autant ignoré royalement ? Je repense encore à la bêtise qui fut mienne de passer à côté de ces petites sorties faciles et sympathique à côté desquelles je suis passé à l'heure de ma glorieuse et prime jeunesse. La faute aux autres qui ne m'ont jamais poussé, la faute à moi qui restait passivement à attendre que çà se passe. Comme disait l'autre, le changement c'est maintenant, j'ai décidé de vivre, je ne m'arrêterai pas en si bon chemin.

Le chemin qui mène à la grotte est très court mais présente le mérite de me permettre de découvrir l'envers du décors de ce lieux souvent observé : de longues marches qui grimpent, bordées de murs végétaux où l'eau suinte par endroit, le clapotis d'une rigole où l'excès de pluie des jours précédents s'en va vers la mer, et en face la forêt où le chemin va s'enfoncer en serpentant. Les premières glacières de pierre montrent vite le bout du nez, l'architecture est certes sommaire mais la somme de travail pour les fabriquer mérite d'être saluée. On dirait d'ailleurs plus de petits abris en forme d’alcôve que des lieux de stockage de la glace, mais quand on connais l'historique du lieu le doute n'est pas permis.
J'arrive au pied d'une immense falaise ou ce qui ressemble de loin à une sorte de cachot avec sa fenêtre protégée par des barreaux jouxte un édifice accolé à la roche même. Je ne comprend pas immédiatement que cette prison est en fait la grotte dont l'entrée a reçu un semblant d'aménagement, certainement pour en optimiser l'usage. Ce n'est qu'en pénétrant dedans que je trouve jeté sur le côté une notice explicative sur le fait que le lieux est sur une propriété privée et que grosso modo le propriétaire en autorise l'accès moyennant son entretien.

Il est tôt dans l'après midi, la journée est ensoleillée mais déjà cette entrée semi-close empêche une bonne partie de la luminosité de pénétrer profondément sous la terre. J'aperçois seulement des marches grossière qui s'enfonce plus haut et plus profond au cœur de la montagne. Le doute m'envahit, le silence environnant n'est finalement pas rassurant quand vous avez pour objectif de pénétrer pour la première fois de votre existence une grotte, qui plus est seul et juste armé d'une lampe torche. J'use et abuse déjà de cette lumière pour tenter de découvrir les parois de la cavité et éviter toute surprise. Déjà qu'en temps normal je ne tolère que le planifié, je me vois mal sursauter seul au fond des ténèbres et frôler l'infarctus.
Et puis zut. Je m'élance enfin. J'avance lentement, chaque marche marque pour moi une nouvelle étape à franchir, et ma lampe voit son faisceau balayer tout l'environnement autour de moi, à la fois en quête du moindre danger, mais aussi afin d'en révéler les formes. Car oui, je ne suis pas rassuré mais à ce stade je veux profiter de mon expérience et pouvoir observer un maximum de détails lors de cette promenade spéléologique. J'admire les veines de quartz présentes au milieu de l'éclat doré pailleté de la roche. Celle-ci a d'ailleurs un aspect entre la pulvérulent, l'humide et le vernis. Je me surprends plus d'une fois à toucher la matière pour m'assurer de son essence réelle et un peu aussi de sa solidité vu que je n'apprécierai pas vraiment d'avoir un tombeau, certes pharaonique mais au final tombeau toujours, sur le coin dru crâne...

Je suis par ailleurs surpris par le fait que la grotte est en fait ascendante au sein de la montagne. On est loin de l'image du boyau qui s'enfonce toujours plus vers les entrailles de la terre. C'en est troublant d'une certaine façon. Je note que les stalactites se font rares, j'apprends par la suite pourquoi : les visiteurs précédents se sont semble-t-il fait une joie de rapporter quelques souvenirs chez eux. J'avoue être le premier à tâter les roches pendantes, mais comme je l'ai déjà expliqué, c'est surtout pour vérifier la solidité de l'ouvrage. Les stalagmites sont par contre encore là, et beaucoup d'entre elles m'évoquent des sortes de statuettes presque à effigie humaine, mon esprit doit commencer à me jouer des tours dans cet environnement oppressant de silence et de noirceur.

J'arrive enfin dans la salle finale. Une sorte de table de pierre y siège près de ce qui sera bientôt, ou qui a été, une colonne. Nul doute alors que la grotte avait pour principale fonction celle de glacière. Une relative fraîcheur y règne d'ailleurs, donc je suppose que remplie de neige qui se compactait seul au fil du temps, la température devait y baisser drastiquement, et surtout la couche de terre et roches par dessus devait valoir tous les isolants moderne pour la conserver longtemps. Je ne suis qu'à une trentaine de mètres de l'entrée mais le parcours me semble avoir duré une éternité. Une fois les dernières images mentales imprimées, je me décide de rebrousser chemin, mon esprit ne tardera pas à me jouer de vilains tours en l'absence de tout stimulus sonore ou visuel marqué. La moindre ombre que ma torche crée, le moindre bruit d'une goutte d'eau qui tombe du plafond, plus le bruit de mes propres pas et de ma respiration deviennent autant d’agressions que ma raison doit endurer. Je dois par ailleurs faire attention à ne pas trébucher dans la descente du retour vu que mes chaussures adhèrent mal à la roche brute des marches.

Je sors, comme si je venais d'échapper à une horde de fantômes retenus à l'intérieur de la caverne par la crainte des rayons du soleil que je n'ai jamais été aussi heureux de revoir de ma vie je crois. Après quelques minutes, je retrouve mes esprits, suis fier de moi pour avoir osé commettre l'impensable, et décide de visiter les hauteurs vu que je vois un escalier qui permets d'accéder au sommet de la falaise. J'accède alors à une successions de terrasses plus ou moins aménagées avec ces sempiternelles tables de pierre qui semble caractériser les environs. Le panorama est magnifique, j'ai l'impression d'avoir la mer à mes pieds vu que la falaise est plutôt raide et la Méditerranée plutôt proche.

J’aperçois une sorte de vielle maison encore plus haut, je me décide te tenter d'y aller. C'est comme si j'avais besoin de la lumière du jour pour compenser ma première partie de promenade dans les ténèbres. Je suis de petits sentier au sein d'un maquis épais qui me borde. Avant d’arriver à cette édifice, j'ai la chance de pouvoir visiter une autre glacière de construction à mon avis ultérieure à celle des étages inférieurs mais de fait lus aboutie et en meilleur état général. J'accède ensuite à la maison en ruine, je n'y pénètre que furtivement, le planché dans la pièce juste à ma droite est effondré, je n'ai pas envie de tenter le diable après avoir violé son sanctuaire souterrain juste avant, la défiance a ses limites tout de même.

J'aurais encore pu m'enfoncer dans le maquis, mais je n'en ai plus envie. Je ne sais pas jusqu'à quel point je trouverai encore des choses intéressantes à y observer, et le contrecoup de la grotte en terme de lassitude commence à poindre. J'ai été semble-t-il plus affecté que je ne le pensais en sortant. Et surtout je n'ai tablé que sur une escapade courte, donc mes obligations artificielles d'homme moderne toujours sollicité par les futilités superflues d'un quotidien répétitifs me font la vie dure...

Au moins ai-je compris que je pouvais vaincre mes appréhensions envers des épreuves inédites si je m'en donnais la peine. Mon entraînement comme randonneur-marcheur prendrait presque des allures de quête initiatique où le héros doit affûter son corps et son esprit avant d'accomplir son destin. Bientôt je m'attaquerai à toi monte Stellu...  

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