Mycologie vers Poggio-Marinaccio



Depuis que j'ai commencé mes circuits en pleine nature, je tente malgré mon besoin de solitude salvatrice pour mon esprit de rallier mes amis à ma nouvelle occupation. Sans succès jusqu'à présent. Suis-je donc si peu convaincant ou digne d'intérêt, ou bien n'ai dans mon giron que des loques ? Je suis un peu dur mais ce doit être l'aveuglement de l'inexpérience qui parle.

D’autant plus que j'ai enfin une proposition spontanée de balade pour aller cueillir des châtaignes dont c'est la saison. Le temps est gris mais stable. On finit par pouvoir prévoir son évolution à force d'observation. Je choisis de me laisser guider cette fois, pas d'obligation d'aucune sorte à imposer à qui me fait la faveur de partager mon nouveau hobby. Je m'aperçois par contre que nous choisirons notre destination à l'instinct : nous nous enfonçons au cœur de la Castaniccia sans vraiment savoir où nous atterrirons. Qu'importe, le but premier étant le ramassage des fruits emblématiques de l'île, nous savons au moins que nous ne repartirons pas bredouille dans les environs...

Nous dépassons Orezza, où j'observe pour la première fois la source d'où l'eau éponyme est tirée. Je sais que celle vendue actuellement n'a pas grand chose à voir avec la véritable eau ferrugineuse d'Orezza, mais il se comprend aisément que l'arôme du métal dissout puisse gêner les papilles de certains. Mais laissons-là ces considérations mercantiles et focalisons-nous sur l'objet premier de notre sortie. Après moult discussions et négociations sur l'intérêt de s'arrêter à tel ou tel endroit plutôt qu'un autre, nous jetons notre dévolu sur les environs de Poggio-Marrinaccio au détour d'un sentier étroit. Pour ma part, je fais plus attention au panneau indiquant la présence d'un couvent dédié à Saint Blaise qu'à la présence ou non de châtaigniers, mais je choisis de respecter la volonté de mon chauffeur : nous y jetterons un œil s'il le veut bien seulement.

La cueillette débute non loin de ruches visibles sur une propriété privée délimitée par quelque clôture barbelée en piteux état. De toute manière, les visiteurs susceptibles d'incursion doivent être peu nombreux dans les environs vu que l'endroit est tout de même fort reculé... Le bourdonnement des abeilles est de plus dissuasif et nous maintient à distance. Nous nous enfonçons dans la forêt de châtaigniers sans pour autant trop nous éloigner du chemin qui mène au couvent, au moins aurons-nous un repère aisé à retrouver si la pluie nous surprend malgré tout. La cueillette suis son court, les bogues vides sont pourtant déjà nombreuses et nous comprenons vite pourquoi quand nous voyons une petite horde de cochons semi sauvage traverser la forêt. Bien que placides la plupart du temps, nous évitons de nous en approcher pour ne pas exciter les mères qui veillent sur leur porcelets. Étant très friands de la châtaigne qui de par sa teneur en sucre est un met royal pour la vie sauvage, les porcs semblent être bien portants même si leur caractère sauvage apparaît chez certains vu la ressemblance avec les sangliers avec qui ils ont du se croiser.

Les châtaignes n'étant pas vraiment une chose dont je raffole en l'état, je prête plus attention aux espèces végétales que je peux observer, et tombe sur quelques jolis spécimens de champignons : de belles langues de bœuf bien visqueuses sur les souches, un petit cercle de girolles que je cueille avidement pour ma consommation personnelle, mais aussi ce que je pense être des cortinaires des montagnes d'après leur aspect général et surtout leur couleur de rocou caractéristique. Ceux-ci étant mortels, j'en profite pour dispenser les bribes de mon savoir qui revient plutôt facilement à mon grand étonnement. Je suis content de pourvoir le faire, çà faisait tellement longtemps que je n'avais pas fait appel à mes connaissances que je ne soupçonnais même plus qu'elles pouvaient se réactiver.

Une fois le plein fait, je propose tout de même de grimper un peu le chemin qui mène à Saint Blaise afin de pouvoir profiter des monuments locaux. A mon grand ravissement, ma proposition est acceptée et nous avançons tranquillement le long de ce petit sentier qui grimpe vers Poggio-Marinaccio. Peu avant d'arriver au hameau, nous tombons sur le couvent et un petit cimetière. Je note qu'il y a vraiment beaucoup de tombeaux à proximité de nos villages isolés et pense que c'est à la fois morbide et touchant de respect envers ceux qui nous ont quitté... Il n'y a pas grand chose en plus à voir, de toute manière, quand je ne suis pas seul je ne ressens pas ce besoin d'exploration libre que j'ai par ailleurs. Je n'aime pas avoir à quémander ni à me justifier, donc il est plus simple de se plier sans broncher aux quatre volontés des mes accompagnants. Bah, après tout j'ai réussi à m'approcher du lieu saint du petit hameau, avec ce triste temps gris c'est bien suffisant.

Nous rentrons donc tranquillement profiter du fruit de nos cueillettes respectives. Au moins perpétuons-nous les traditions culinaires séculaires de l'île, et d'une certaine façon la mémoire de ses villages. Aujourd'hui je sais que je dois ajouter ma pierre à cet édifice qui défiera le temps pour peu que les nouvelles générations s'en donnent la peine...

0 commentaires :

Enregistrer un commentaire