Les promenades du rêveur solitaire - le Monte Stello en novembre 2012


On m'a toujours dit que le bilan dépendait uniquement de l'état initial et de l'état final, je n'y ai jamais cru...

Qu'il serait déprimant de se dire que dans la vie, au début on naît et à la fin on meurt, donc que tous les truc qui se passent au milieu ne sont que du bouchage de trou sans but profond. Je me plais à penser que tout ce que l'on fait, que l'on apprend, les personnes que l'on côtoie et les lieux que l'on visite sont ce qui constitue l'essence même de notre existence.

C'est en tout cas la conclusion à laquelle j'arrive de plus en plus au fur et à mesure de mes micro-retraites sauvages. J'ai atteint la trentaine sans jamais trop quitter ma région, ou du moins sans jamais trop profiter des mes exils. Je vivais très bien en me contentant de ma petite routine, et aurais très bien pu continuer à vivre ainsi encore longtemps. Pourtant cette existence parfaitement rangée et ordonnée était-elle la meilleure à souhaiter ? Je ne suis pas en train de dire que j'ai décidé de tout plaquer pour partir à l'aventure de par le monde, il faudrait être idiot pour changer du tout au tout comme çà, et malgré mon humilité apparente, je ne me considère pas comme tel.

C'est pour combler ce vide que je vous poste le plus régulièrement possible les histoires de mes péripéties pédestres : même si je ne sais pas vraiment si elles sont suivies, par qui et dans quel but, j'aurais au moins l'impression de laisser mon emprunte sur le monde (ou du moins dans les serveurs de Blogger...).

Trêve de digression psycho-philosophique de bas étage, même si elle tente d'expliquer que mes randonnées sont des moments d'introspection très apprécié par mon esprit qui se coupe alors de ses tracas courants et s'ouvre à autre chose.

J'ai donc décidé de faire la plus longue marche de ma vie : 7 heures sans discontinuer (sauf arrêts réhydratation bien-sûr) pour près de 24 km avec 1100 mètres de dénivelé. Annonçons-le d’emblée, je me suis salement planté quant au point d'arrivée de mon périple, et je remercie tout particulièrement l'ami qui a bien charitablement daigné venir de ramener de Sisco, où j'ai fini ma course, jusqu'à Pozzo près de Lavasina ou je stationnais. J'ai commis le péché d'orgueil en refusant de faire un simple demi-tour arrivé au sommet, j'ai du en accepter le prix...

Mon départ a donc eu lieu vers 7h30 du matin du parking du hameau de Pozzu dans les hauteurs de Brando (277mètres d'altitude), en même temps que le levé du soleil. D'ici a débuté une longue ascension vers le Monte Stellu, qui domine le cap corse du haut de ses 1300 mètres. Le chemin est pour l'instant bien balisé, et le sentier qui grimpe interminablement ne laisse pas de doute. La chaleur des premiers rayons se fait de plus en plus insistante, à moins que ce ne soit simplement le signe que mes muscles encore un peu endormis se réveillent.

Le sentier est rocailleux, mais je trouve vite un bâton pour me servir d'aide, et je me permet par ailleurs un petit complément à mon petit dejeuner avec les délicieuses arbouses qui bordent ma route... mais point trop n'en faut, en toute chose l'excès nuit.

La pente relativement raide s’adoucit progressivement et le maquis environnant devient plus ras. Le sentier, toujours aussi minéral, devient parfois le lit improvisé de petits cours d'eau qui confluent dans la vallée en contrebas. J'arrive aux abords du sommet de cette crête, d'où de fiers rochers inébranlables de surveille. Une nouvelle fois je suis seul, et je ne pense pas trouver qui que ce soit sur ma route. Tant mieux.

Nouveau changement de rythme : la pente se raidi de nouveau, la végétation basse et drue laisse de plus en plus place aux sol rocailleux. Heureusement, le marquage est toujours présent et les cairns ne manque pas. J'ai d'ailleurs ajouté ma pierre à l'édifice, si je puis dire, pour en rafraîchir certains et en élever d'autres pour essayer à mon tour d'aider les futurs marcheurs.

J'arrive enfin au sommet de cette crête avec les ruines de la bergerie de Teghime. J'ai la chance de dominer à la fois la côte orientale et occidentale du cap, même si je suis encore loin de mon but, je ressens déjà une certaine satisfaction d'en être arrivé là. Cependant, le doute m'assaille à ce moment : la route indiqué me mène vers un sentier qui semble redescendre. Sachant que je dois encore grimper de 400 mètres, je m'interroge et explore succinctement les environs pour en arriver à la conclusion que je sois tout de même emprunter ce chemin.

Je ne tarde pas à tomber sur un panneau indiquant le Monte Stellu d'un côté et la chapelle saint Jean de Mandriale (je suppose, il y a beaucoup de chapelle du même nom semble-t-il...) de l'autre. Un petit sourire en coin se forme en souvenir de mon ascension vers la-dite chapelle quelques temps auparavant, et le fait que j'avais déjà repéré là-bas un panneau indiquant que l'on pouvait rejoindre ce chemin.
Suivant les indications au sol, je continue tranquillement ma lente ascension vers le sommet qui ne tarde pas à se montrer au loin. j'en profite pour bien observer la côte occidentale qui s'offre dorénavant tout à moi.

Sur les flans de la montagne, le paysage est dorénavant principalement minéral, seules quelques touffes viennent apporter un semblant de vie à ses rochers quelque peu déchiquetés.
Le sommet s'offre bientôt à moi, et avec lui un panorama incroyable sur le cap : l'étang de Biguglia à l'est, la baie de Saint Florent à l'ouest, les petits villages du cap en contrebas... Je suis au pied d'un antenne et de son panneau solaire, et un cairn a été dressé juste à côté. J'ai décidé d'être, l'espace d'un instant, celui qui aurait posé la pierre la plus haute de ce sommet si célèbre... Joie simple qui peut se vanter de remplir le cœur d'un homme de plénitude.

Après avoir bien gravé dans ma mémoire les images du sommet, je me décide à redescendre. Certes, à la peinture à demi-effacée on voit sur un rocher indiqué la direction de Silgaggia où je dois me rendre en théorie d'après mon plan de randonnée, mais nul moyen de trouver ce marquage jaune sans tomber sur des à-pics bien trop abrupts à mon goût... Après réflexion et observation d'un marquage orangé-jaune d'or passé, je suppose que c'est celui-ci que je dois suivre. j'avoue qu'à ce moment précis, l'idée de faire un simple demi-tour me traverse l'esprit, mais je n'y prêt pas attention, me disant que je ne peut pas vraiment dévier tant que je suis un marquage et un seul...

La pente, d'abord abrupte par endroit, fini par laisser place à une sorte de plateau où je dois jouer de mes pauvres yeux pour avancer de marque en marque et ainsi me conforter dans l'idée que je suis sur la bonne voie. Je sais que j'en ai encore pour au moins 2 heures de marche donc je persiste dans cette voie, en évitant de plus en plus de songer à rebrousser chemin, d'autant plus que par définition, plus j'avance, plus le Monte Stellu s'éloigne.

Je ne m'éterniserai pas trop sur les détails de mon chemin vers Sisco : j'ai longtemps suivi la ligne de crête, tantôt dans mon paysage rocailleux limite type garrigue, tantôt sur des petites étendues de prairies à l'herbe rase, tantôt au milieu de petit bosquets, bref, un régal visuel, même si je sais dorénavant que j'ai dévié de l'itinéraire prévu... Mais que faire ? Çà doit faire 4 heures que je marche, je ne pense pas que j'en ai encore autant à faire pour arriver à retrouver la civilisation au bout du chemin balisé. Essayer de couper à travers le maquis pour rejoindre la côte, et tomber après m'être épuisé sur une falaise infranchissable, très peu pour moi... donc on continue.

Je tombe finalement sur la chapelle Saint Jean (encore une...) du col de Saint Jean (par définition...), et je retrouve alors un semblant d'espoir de rejoindre rapidement la côte, même si je vois que j'en suis encore très loin à vol d'oiseau. Je suis donc le marquage qui coupe à travers le maquis et me mène après une bonne heure supplémentaire jusqu'à un panneau marqué Moline... où ai-je déjà vu le nom de ce hameau ? Si... Il y a 2 semaines lors d'une randonnée. A défaut d'être là où je voulais, je sais que je retomberai en terrain connu (en tout cas déjà visité...).

De retour aux abord de la civilisation, je croise un riverain de la piste avec qui je commence à discuter, et qui m'apprend qu'il suis une formation pour justement devenir accompagnateur de randonnée, et que par ailleurs son formateur organise fréquemment des excursions au départ du rond point à 100 mètre de chez moi... Signe du ciel ou simple foutage de gueule cosmique ?

Je décide de rejoindre la marine de Sisco, au moins serais-je alors sur la route du cap et je pourrais toujours faire du stop pour retrouver ma voiture... et me voilà repartit pour près de 2 heures.

Fort heureusement, comme je vous l'annonçais, alors que j'étais en train de me mettre en condition pour quémander de l'aide, moi qui préférerai mourir que de l'accepter en temps normal (orgueil mal placé, source de tous les péchés...), je reçois un coup de fil d'un ami alors même que je pensais ne pas pouvoir encore capter de réseau (la Corse est merveilleuse : dès que vous êtes à 1 km de la route, vous perdez tout moyen de communication...). Dieu merci, nous avons pu convenir d'une mission de récupération à Sisco au abords de la route du cap, vu qu'après 24 km de crapahutage sauvage, mes pieds commençaient sérieusement à me faire souffrir le martyr...



Bref, dans la vie, au début on naît, à la fin on meurt, mais au milieu il s'en passe des trucs...

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