Les promenades du rêveur solitaire : Les environs de Stella (Borgo) en novembre 2012




La quête de l'inachevé : voilà ce qui décrit le mieux mon escapade du jour. En effet, j'ai eu l'occasion de pratiquer ce chemin avec mon Initiateur au monde de la randonnée. A la manière de Dante et Virgile, nous tentâmes une première ascension de ce long sentier vers le sommet de la forêt de Stella, non loin de Borgo. Mais nous nous égarâmes en suivant un petit chemin qui nous ramena au début de notre voyage.
L’Initiateur est parti, mais l'élève se doit de continuer l’œuvre du maître, d'autant plus que le chemin du jour ressembla trait pour trait à une divine comédie que je vais vous retranscrire ici...

Chant I : L'enfer

Quand j'étais au milieu du cours de notre vie, je me vis entouré d'une sombre brume, après avoir perdu le chemin le plus droit.
La semaine fut relativement dure, les besoins de solitude pour l'esprit et de mobiliser ce corps comme pour expier quelque faute se font alors ressentir plus que jamais ce samedi après-midi... Le temps n'est pas de la partie avec ces lourds nuages gris et cette brume qui ceins les sommets où j'ai le dessein de me rendre, je sais que je risque gros en voulant monter si haut pour partir à l'aventure avec ce firmament sombre et hostile qui me menace et m’obscurcis la vision. Tant pis, la majeure partie du chemin pour accéder au départ a déjà été parcourue, le route est très large, je devrais m'en sortir. Qu'importe, Dieu seul sait pourquoi mais me perdre ne serait pas un problème tant je veux couper temporairement les pont avec le cours classique de mon existence.
Je partis donc sur ce sentier rocailleux, souvent abrupte pour le novice, sachant pertinemment que l'épée de Damoclès de la fureur céleste n'attendait que le moment le plus inopportun pour s'abattre sur moi. Je me sentais alors comme le condamné attendant l'exécution de la sentence prononcée : après l'indignation vient cette acceptation de l'inévitable.
L'ascension fut souvent monotone, la visibilité réduite me donnant envie de rebrousser chemin à chaque pas consenti sur ce long chemin pierreux, et l'humidité ambiante n'arrangeait rien de sorte que je fus en nage alors même que je venais de partir.
Je tins bon, j'avais en moi cette envie de m'enfoncer de plus en plus profond dans cette brume de toute manière. Pourquoi ? Dieu seul, définitivement, le savait. Peut-être avais-je alors vraiment besoin d'oublier la société, ses contraintes et ses conventions absurdes, ne fusse-ce que pour une après midi, une seule et unique après midi.
Çà ne faisait que trois quarts d'heure que j'étais parti et la route ne semblait déjà pas avoir de fin.
J'arrivai cependant promptement à ce carrefour maudit, avec son marquage qui nous induisit en erreur la première fois, nous empêchant de fait l'accès aux plus hautes sphères. La brume semblait d'ailleurs moins dense là-haut quand j'osai lever les yeux comme pour quémander grâce, était-ce un signe d'un appel du firmament à le rejoindre ?
Je partis donc seul par ce sentier caché, afin de retourner enfin au monde clair, et sans me soucier de prendre du repos ; et je montais tant, l'esprit devant, la fatigue derrière, que j'aperçus à la fin tous les jolis objets que supporte le Ciel, et je pus sortir et revoir dans mon esprit les étoiles.

Chant II : Le purgatoire

L’esquif de mon génie à présent tend la voile et s’apprête à courir sur des ondes plus belles, laissant derrière lui cette mer trop cruelle. Je suis prêt à chanter le royaume second, où l’esprit des humains vient se purifier et se rend digne ainsi de monter jusqu’au Ciel.
J'arrive enfin au dessus du banc de brume qui étouffe la plaine. Peu à peu le paysage de maquis dense cède la place à une succession de petits carrés de prairie verdoyante avec son herbe rase, toujours cependant cernée de bosquets denses et impénétrables. Éole est farceur en ce jour, et m'envoie encore quelques nuées humides pour m'éprouver, mais on sent que l'élévation est en cours et s'oppose aux effets néfastes des brumes en contrebas.
L'astre du jour ne tarde pas à se dévoiler en jouant à cache-cache avec les nuages les plus hauts, réchauffant l'atmosphère tantôt si fraîche malgré l'effort physique fourni.
De toutes parts jaillissent au milieu même de ma route des petits ruisseaux au gazouillis apaisant, signe de la luxuriance de la région avec sa végétation variée et bien fournie.
Ce même sentier, jadis si droit et monotone finit vite par devenir de plus en plus sinueux à mesure que je pénètre à proprement parler dans le bois de Stella. Le chemin est de plus en plus rocailleux et raide, parfois même un peu glissant, mais tel est le prix à payer pour qui veut être digne d'arriver au sommet. C'est au fil des épreuves rencontrées que le corps et l'esprit marquent leur valeur, prouvant ainsi qu'ils sont dignes du but consenti.
Je finis par tomber sur une bifurcation qui s'enfonçait plus encore au cœur de ces bois, j'essayai bien de la suive mais le chemin devenant trop énigmatique, en plus de l'horloge qui ne cessait de tourner, je revins bredouille sur mes pas...
Mais puisque les paragraphes que j’avais consacrés à ce second cantique ont été tous remplis, le frein de l’art me dit que je dois m’arrêter.
Ensuite je revins de cette forêt sacrée, régénéré, pareil à la plante nouvelle qu’un feuillage nouveau vient de renouveler, pur enfin, et tout prêt à monter aux étoiles.

Chant III : Le Paradis

La gloire de Celui qui met le monde en branle remplit tout l’univers, mais son éclat est tel qu’il resplendit plus fort ou moins, selon les lieux.
Je montai jusqu’au ciel qui prend de sa splendeur la plus grande partie, et j’ai connu des choses qu’on ne peut ni sait dire en rentrant de là-haut, car en se rapprochant de l’objet de ses vœux l’intelligence y court et s’avance si loin qu’on ne saurait la suivre avec notre mémoire.
J'ai rebroussé chemin, disais-je donc, mais pour suivre un ultime sentier, le plus raide, le plus glissant et ombragé de l'ascension entamée en ce jour. Mon courage fut constamment mis à contribution pour arriver au sommet convoité, mais ma curiosité à la vue de ces murets verts de mousse, gisant au milieu de nulle part, m'aida bien dans cette entreprise.
Au sommet de ceux-ci, perdue au milieu des bois environnants, je trouvai avec étonnement une petite prairie ronde, parfaitement plate et avec un foyer central, probablement utilisé par les chasseurs des environs lors de leurs battues. Au milieu de ces forêts sombres à l'apparence hostile, de cette nuée ambiante étouffante, j'avais alors atteint le petit paradis terrestre dont mon âme avait besoin aujourd'hui pour se ressourcer... J'en fis le tour comme l'enfant insouciant qui découvre sa nouvelle aire de jeu, explorant chaque singularité visible, profitant du panorama infini offert sur la plaine, dont la vision m'apparaissait de plus en plus claire avec la brume qui se dissipait peu à peu.
J'eu alors la sensation d'être libéré du poids de ces tracas, certes infimes, mais qui vous accablent inutilement... A ce moment précis, j'aurais peut-être du essayer de continuer encore...
Mais j’étais hors d’état de voler aussi haut ; quand soudain mon esprit ressentit comme un choc un éclair qui venait combler tous mes désirs.
L’imagination perdit ici ses forces ; mais déjà mon envie avec ma volonté tournaient comme une roue aux ordres de l’amour qui pousse le soleil et les autres étoiles.

Épilogue

Le retour se fit paisiblement avec mon nouveau compagnon le Soleil qui concéda finalement d'accompagner cet homme régénéré qui s'offrait en pénitent repentant à sa vue au sommet de son aventure du jour.
Comme touché par une grâce merveilleuse qui touche les tréfonds de l'âme qui a su s'en rendre digne par l'effort consenti, je pus profiter de la vision des alentours, claire et nimbée de cette douce lumière de fin de journée pour clore mon chemin.
Par contre, je ne pouvais consentir à terminer ce voyage sans suivre une nouvelle fois le sentier maudit, celui-là même qui comme je l’énonçai plusieurs fois plus avant nous avait trompé dans notre quête mon Virgile d'alors et moi-même. Ce fus donc un dernier hommage que je fis, et un travail de mémoire pour un bon moment passé avec un ami.
J'espère que cette narration originale vous a plu, et vous a vous aussi donné envie de monter à l’Étoile (Stella en corse).

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