Les promenades du rêveur solitaire - Les environs de Porri en décembre 2012



Il y a des circuits que j'ai fait en dilettante juste histoire de dire que je les avais fait, ou pour occuper mon temps (vous l'aurez compris depuis que vous lisez mes récits). Il y en a d'autres qui constitue des défis lancés à moi-même. Mais le but de cette balade dans les hauteurs de la Casinca est encore autre : j'ai voulu connaître et comprendre l'attachement de quelqu'un à un lieu précis. Si tu lis ce texte, tu te reconnaîtras et je tiens à clarifier ma démarche qui consiste juste à rationaliser ce qui peut sembler irrationnel à une personne extérieure à ton village. Pas spécialement envie de m'immiscer outre mesure dans le cours trépidant de ta vie, nos rencontres sporadiques et nos correspondances toutes aussi discontinues suffisent à entretenir notre amitié. Laissons-là ces considérations bien trop humaines à mon goût, elles risqueraient de me rendre sympathique...

Je diluerai le sirop du paragraphe précédent en disant que j'en ai profité pour visiter le lieu dit « grotte de la Résistance », où une imprimerie clandestine fut installée durant la Seconde Guerre mondiale. A défaut d'être féru d'histoire, je m'impose néanmoins un devoir de mémoire envers les évènements majeurs de celle-ci, particulièrement pour ceux qui ont affecté ma région d'origine.

Une chose frappe d'emblée mon esprit en arrivant dans le petit hameau (sûrement l'un des plus petits que j'ai vu depuis que j'ai commencé mes visites des terres intérieures) : la disproportion entre sa taille et la lourdeur de l'histoire qu'on lui associe. J'ai une sensation d'acharnement du destin sur de pauvres gens qui ne lui en avait pas demandé tant. Certes, la période était alors troublée, mais pourquoi en arriver là ? Je n'ai définitivement pas fois en l'Homme, hormis quelques élus dans mon esprit, c'est bien la pire bestiole que cette planète ai pu engendrer à bien des égards... mais je m'égare.

Je me dirige pensif vers le départ du sentier marqué, je suis ramené à la réalité par les aboiements d'une chienne d'une maison toute proche. A-t-elle peur de mon bâton de marche ? Je n'y prête pas attention et continue vu que c'est le seul moyen de lui faire comprendre que je ne cherche pas le conflit ou l'incursion dans son territoire. A peine refermé le portail au début du parcours, la voilà qui me rejoint et me précède : je comprends alors qu'elle veut m'accompagner. Elle a du en croiser des randonneurs qui l'on déjà rejoint cette grotte, je sais que je peux lui faire confiance pour m'aiguiller au milieu de la forêt si je venais à m'égarer.

Le chemin est une succession d'anciennes marches aménagées et de roches brutes avec parfois un terre qui semble battue. Çà n'est ni le meilleur ni le pire que j'ai foulé. J'admire à mesure que je descends le panorama désormais classique de la mer qui paraît entre des montagnes en face de moi. A l'arrière, Porri s'efface déjà avec ses maisons sur ce qui me semble être la crête de mon point de vue. A ma droite, de majestueuses montagnes aux forêts denses avec une légère brume qui leur donne une lueur presque irréelle. Je relâche alors le poids de l'histoire locale l'espace d'un instant.

Sur mon chemin je croise une ancienne bâtisse de pierre qui a du, à sa glorieuse époque qui ne devait pas être si lointaine, être la demeure de quelqu'un d'aisé vu que des murs de pierre apparemment réguliers ceignent le tour du terrain jusque dans le maquis en contrebas. Elle est comme posée sur une petite crête rocheuse qui en y regardant de plus près se prolonge en pente douce plus en bas. Mais mon amie et guide improvisée me presse du regard pour la suivre, je continue donc, de toute manière je repasserai par-là au retour.

Nous arrivons dans la forêt qui se dresse en bas du village. La chienne s'ébat joyeusement de-ci de-là, je ne peux pas toujours la suivre donc je me rabats sur le marquage pour ce passage et cette fois-ci c'est à mon tour de la presser. Elle m'accompagne, je me sens responsable de son retour à bon port. Nous avançons donc sur le sentier qui redevient à mesure que l'on avance de plus en plus marqué, et finissons par arriver à une montée rocheuse quelque peu abrupte pour qui n'aurait pas de bonnes chaussures (ou n'aurait pas quatre pattes pour la porter, ne l'oublie pas ma chère guide qui semblait parfois s'impatienter quand je peinais à suivre...).

A son sommet, je comprends que la grotte est en fait une anfractuosité dans la falaise qui tombe à pic dans laquelle était protégée la presse dérobée pour permettre le tirage de tracts partisans. Son accès est heureusement protégé des visiteurs par de lourdes grilles métalliques, mais des vitrines laisse voir le matériel. D'aucuns auraient pensé que celui-ci aurait mieux été à l’abri dans un musée, mais je suis d'avis que son essence même ayant été de permettre aux clandestins d'alors de mener à bien leur œuvre de résistance à l'envahisseur, mieux vaut qu'il reste à tout jamais dans le lieu où son histoire s'est jouée.
Nous remontons alors, la chienne et moi-même. Elle a compris que je voulais aller dans ce lieu alors même que je ne l'avais jamais croisée ni même esquissé un quelconque besoin devant elle. Les chiens me fascineront décidément toujours pour leur dévotion sans faille envers l'être humain.

De retour au hameau plus tôt que prévu, je décide de tenter le trajet vers Sajabicu, où je me vois déjà fouler le sol d'où les fondateurs du hameau actuel ont été chassé au fil du temps. J'ai repéré un panneau indiquant le sentier au bord de la route qui m'a mené vers Porri, je m'y arrête donc. Point de balisage mais un sentier apparemment carrossable bien marqué. L'emprunter devrait être une sinécure s'il mène bien à ce que je pense.

Une nouvelle fois, c'est le temps qui est mon ennemi, mais cette fois, nullement de par les caprices du climat, mais par l'arrivée toute proche du crépuscule. Je scrute donc religieusement ma montre à intervalles réguliers afin de ne pas me laisser surprendre. J'ai suivi deux pistes possibles : au mieux suis-je tombé sur un troupeau de chèvres sur une crête avec un sentier trop peu marqué pour que je l'emprunte sans risquer de me faire surprendre par l'obscurité au retour, au pire ai-je trouvé sur l'autre un portail clos. Peut-être était-ce la bonne voie mais l'accès a-t-il été condamné en prévention d'un quelconque danger ? A l'heure où j'écris ces ligne, je ne le sais pas.

Je dois rentrer, le soleil donne des signes de fatigue. Ce ne sera une nouvelle fois que partie remise...

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