Les environs de Vescovato - janvier 2013


J'en ai marre de ces conditions météorologiques aléatoires qui vous font scruter les bulletins fébrilement en attente du verdict quant à la possibilité de sortir ou non... Effet adverse de l'hiver, j'en suis pour l'heure réduit à çà. Arriverais-je à transcrire la déception ressentie à l'annonce d'une météo minable avec nuages et pluie ? Autant imaginer ce qu'un enfant à qui l'on enlève son jouet préféré éprouve à ce moment. C'est puéril mais c'est le cas. L'imprévisible ne me sied guère, surtout s'il s'oppose à moi.
Surtout quand je ne dois pas sortir seul. Autant pour ma part je me satisfais facilement d'un temps très moyen, limite mauvais, autant je sais que tout un chacun avec un minimum de discernement rebroussera chemin dès que le soleil jouera à cache-cache. Finalement, j'apprécie à peu près autant les balades solitaires que les randonnées à plusieurs. Donc je me soucie de mes compagnons de marche, et surtout je voudrais éviter de les mettre dans l'embarras d'un ondée impromptue ou d'engelures. Le changement de mon attitude c'est maintenant ? Mais le ciel soit loué, aujourd'hui le firmament est d'un bleu azuréen intense. Mon camarade de l'occasion et moi-même pouvons donc nous lancer sans craintes dans cette aventure planifiée sous réserve de la clémence des éléments.

A priori rien de bien folichon au menu : nous irons à Vescovato et tenterons de trouver un sentier praticable qui étanchera notre soif de nature. Nous avons çà en commun, cet attrait simple et sans fioritures pour la marche. Nul besoin de panoramas vraiment extraordinaires ou de lieux grandioses, l'activité physique au milieu de nulle part est déjà appréciable dans nos esprits. Bien entendu, un but à atteindre ou des singularités à voir ne nous laisseront pas indifférents... Et puis c'est déjà pas mal de trouver un créneau pour se retrouver avec nos vies respectives.

Rendez-vous à 9 heures sur la place de Vescovato. Le soleil est levé depuis quelques temps déjà. Il fait beau disais-je juste avant, très beau pour une fin janvier. Mais il fait frais. Non, il fait froid. Çà va devenir une habitude pour nous de provoquer la chute du mercure lors de nos entrevues pédestres. Mais bon, la Nature ne nous a pas fait rebrousser chemin la première fois, elle n'y arrivera normalement pas plus aujourd'hui. Nous sommes parés et bien emmitouflés. Pas besoin de verbaliser la question sur notre motivation à partir, nous nous mettons en route de bon pied presque sans concertation dès que nous nous retrouvons.

Nous nous engageons bientôt sur un sentier qui, aux dires de mon ami, devrait nous mener vers le village de Loreto di Casinca. D'emblée en forêt à suivre un ruisseau gonflé sûrement par la neige des jours précédents, le départ s'annonce sous les meilleurs auspices. La terre du sol est tantôt lourde et boueuse, tantôt givrée, mais rien d'insurmontable pour nous. A défaut d'être d'authentiques baroudeurs forestiers, nous savons nous adapter à de telles situations. Cependant, bien vite, les ronces envahissent le sentiers, qui de fait nous semble de moins en moins entretenu. Peut-être juste un petit accroc, qui sait, d'ici à quelques mètres çà ira mieux ? Nous sautons d'un bord à l'autre du ruisseau pour forcer le chemin. Nous insistons, on pourrait presque saluer cet entêtement soit dit en passant. Pourtant, nous sommes vite contraints de revenir sur nos pas : à nos pieds les ronces grouillent en un tapis épais et imprenable. Tant pis. Et même tant mieux en un sens : nous n'avons marché qu'un petit quart d'heure, il aurait été plus fâcheux de continuer plus pour se retrouver à devoir annuler complètement la sortie faute de temps.

Retour à Vescovato. Pas glorieux pour l'instant. Nous réfléchissions pour l'heure sur une nouvelle poste à suivre. La Casinca en regorge, on devrait trouver facilement. Et d'ailleurs, un simple coup d’œil juste à notre gauche nous dévoile les prémices d'un autre sentier, beaucoup plus joli de prime abord que le premier en plus. Rien à perdre, nous nous y engageons gaillardement, avec pour ma part tout de même la petite arrière-pensée d'avoir un peu plus de chance. Les alentours me plaisent, mais les micro-balades ne me satisfont que dans une certaine mesure.

Mon compère semble avoir une idée de la destination de notre nouvelle route : elle devrait rejoindre une crête qui relie les différents hameaux de la région entre eux. Je veux rapidement y croire : la route grimpe vite depuis cette forêt, en apparence dense, vers ce qui à ce niveau semble être le flanc d'une colline bordant le village de Vescovato. Grimpons donc puisque nous y sommes invités.
La pente est rude mine de rien. Sans aller jusqu'à dire que l'ascension est verticale, le sentier est pour le moins raide par moment, au point de nous essouffler parfois. Avouons que nous passons notre temps à bavarder comme deux commères de tout et de rien. Çà n'aide pas à retrouver son souffle le moment venu. Et en plus, dorénavant exposés à la pleine puissance des rayons du soleil d'hiver, nous avons vite chaud et allons jusqu'à quitter nos vestes auparavant si confortables. Nous sommes loin du hameau, il fait doux et beau, la nature nous offre pléthore de ses essences, nous sommes vernis par le sort.

J'ai l'occasion de lui faire part de mes connaissances botaniques. Je sais qu'il semble présomptueux à chaque occasion de les mettre en avant, mais l'on brille comme on peut... Et d'ailleurs j'ai l'intime conviction qu'il est bon public, le bougre est loin d'être idiot, et qui plus est il semble presque intéressé par ce que je lui raconte. Je me limite cependant à des informations « utiles », le but n'est pas de provoquer l'ennui de mon auditoire.

Ces interludes didactiques entrecoupent agréablement notre ascension dans le sens où nous en profitions pour souffler pour quelques instants à chaque fois. Le sommet est d'ailleurs vite en vue, l'altitude n'étant pas très importante. Ceci nous encourage alors à prendre un repos un peu plus long au pied de la crête pour nous désaltérer un peu par cette chaleur toute relative. Cette fois-ci c'est son tour de me faire profiter de son savoir sur la région : il me situe les hameaux, les sommets visibles, le tout agrémenté de petites anecdotes les concernant. Ces échanges d'informations sont plaisants : pas de hiérarchie, un partage gratuit dans le seul but de faire profiter autrui de ce que l'on a cumulé comme savoir.

Au sommet nous observons les panneaux indicateurs qui marquent les accès aux différents lieux que l'on peut rallier d'ici. Notre but est en fait atteint, mais nous prolongeons le plaisir quelques instants sur la route d'Olmo. Rien de très particulier si ce n'est cette « aghja » (aire de battage) isolée sur la crête, qui nous pousse à nous interroger sur ce qui pouvait bien y être battu, et surtout pourquoi si loin des hameaux. Mais i est temps de rentrer, l'appétit va bientôt commencer à se faire sentir.

Notre lieu de pause prolongée de tantôt est alors occupé par deux femmes, elles aussi à la recherche d'une boucle pour rallier Vescovato. Elles disent nous avoir aperçu la haut et nous demandent si nous pouvons les renseigner. Nous sommes contraints de leur avouer notre ignorance quant à une éventuelle boucle directe, mais les assurons qu'il est toujours possible de retourner au village à partir des autres hameaux. Ou l'art d'enfoncer des portes ouvertes. Soit, mais au moins avons-nous essayé d'aider. Nous les laissons donc finir leur en-cas de midi et poursuivons notre route pour rentrer à Vescovato.

Nous suivons le même sentier qui nous a amené ici. Pourtant, un moment d'inattention nous fait le quitter vers sa fin pour nous engager vers l'inconnu. Nous ne reconnaissons plus l'environnement, mais nous ne sommes pas en mesure de dire quand nous nous sommes égarés. Le marquage coloré existe encore, et Vescovato est toujours en vue, nous continuons donc : au pire rallierons-nous la route et la reprendra-t-ton vers le village. Et puis il fait faim, plus envie de réfléchir.

Nous tombons fort heureusement sur ce qui semble être une petite table basse en pierres avec ses bancs tout aussi minéraux. Invités au repas par la nature elle-même, nous ne nous faisons pas trop prier. Non pas que la faim soit atroce, d'ailleurs nous restons parcimonieux quand à notre déjeuner, mais une deuxième halte nous est salutaire pour nous réchauffer à la chaleur ds rayons du soleil de ce début d'après-midi. Revigorés par le repas, nous terminons lentement notre descente vers Vescovato. Car oui, nous avons finalement bien fini au village. Non pas par notre point de départ, mais qu'importe ? Ceci nous a même valu le luxe d'emprunter un pont génois où la route, dite « stradda vecchja » nous ramène vers la place ou nous stationnons. Pour l'anecdote, mon camarade a même trouvé une ancienne gâchette de fusil rouillé sur cette route. Le souvenir est certainement bien chiche, mais la probabilité d'une telle découverte fait tout son charme.

Nous terminons notre exploration de Vescovato par un petit café bu dans un des bars de la place, autant pour se réchauffer que pour prolonger encore un peu cette après-midi très sympathique.

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