Les promenades du rêveur solitaire - De la Serra di Pigno aux glacières de cardo pui à la Petra Ellerata en janvier 2013



La météo m'a trahi ce week-end, la pluie, l'orage et même la neige à basse altitude étaient annoncés, me coupant de fait toute possibilité de sortie en pleine nature. J'ai profité un peu plus de ma famille et de mes amis, que mes escapades me font un eu trop délaisser, là n'est pas le problème. Mais mon principale regret vient du fait que le temps s'est avéré être plus clément que prévu, pas une seule goutte de pluie pour gâcher le repos d'après la semaine, des températures certes plus fraîches que les jours précédents, mais nous sommes au cœur de l'hiver que diable !

Je dois réparer cette digression dans ma nouvelle hygiène de vie de vagabond volontaire. Nous sommes en plein milieu de semaine, je suis en repos aujourd'hui, le temps est encore annoncé à l'averse en fin de journée, mais cette fois je n'en ai cure : comme un saint Thomas moderne, je ne crois que ce que je vois de mes yeux, à savoir un ciel plutôt dégagé avec un voile nuageux haut qui n'augure en rien un déluge. Je me suis fais avoir les jours précédents, cette fois sera un nouveau coup de poker de ma part pour tenter une balade sans me mouiller le moins du monde.

Oui mais où ? Ce n'est pas la première fois que je dois improviser, mais les lieux proches à visiter deviennent de plus en plus rares, c'est le problème dorénavant récurrent de mon organisation. D'autant que je n'aurais que quelques heures à y consacrer, mon après-midi est libre, ma matinée non. Je me rappelle vaguement un circuit qui va du Pignu à la « Petra Ellerata » (traduire par « Pierre enlierrée »). Je retrouve sa description : 3 heures de marche annoncées pour l'aller-retour, c'est dans mes cordes au niveau du temps. Le départ du Pignu ? Ce n'est pas trop loin, c'est parfait. On passe par les glacières de Cardo ? C'est Byzance dans le sens où j'aurais deux objectifs à atteindre en une seule fois. Rapidement convaincu par ces arguments, je me décide donc.

Je pars juste après le déjeuner, ce n'est pas que la Serra di Pignu soit loin comme je le disais, mais je ne l'ai encore jamais rejoint, au mieux suis-je seulement passé devant la bifurcation de la route qui y mène par la route de Saint Florent... Comme toujours, si je dois me perdre, autant que j'ai le temps de me retourner. L'air de rien, il faut monter à presque 1000 mètres pour partir. Çà se ressent au niveau de la température ambiante qui frôle la nullité avec ce soleil alors voilé. C'est la première fois que je dois rajouter une épaisseur à ma tenue de marche, je ne veux pas finir gelé en plein après-midi comme un idiot.

Paré pour l'aventure, j'emprunte donc le sentier des Glacières indiqué sur le bord de la route. La vue est déjà très sympathique, je domine et mon désormais traditionnel étang de Biguglia et la ville de Bastia. Bien que n'ayant plus le charme rustique des hameaux que j'ai déjà pu observer, je ne cesserai jamais de considérer cette ville comme mon village, de par ma naissance et les premières années de ma vie passée au quartier Saint Joseph. Pris isolément du reste, ce quartier historique avait alors tous les traits d'un village : des immeubles et maisons anciennes, tout le monde se connaissait, s'appelait par un diminutif ou un sobriquet, le 19 mars, jour du saint patron, était synonyme de grande fête dans le quartier avec la préparation des traditionnels panzarotti et fiadone qui vous régalent les papilles. Je n'y ai vécu que 5 ans même si j'ai fréquenté par la suite l'école puis le collège local, pourtant je peux vous affirmer aujourd'hui, avec ce que j'ai vu, que ce Saint Joseph d'antan est et restera toujours mon village. C'est pour çà que j'ai un œil attendri par cette vision de la grande agglomération bastiaise, même si certains n'y verrait qu'une verrue sur le paysage d'altitude offert.

A mesure que j'avance, je reconnais bien le type de sentier caractéristique des lignes de crêtes, avec sa végétation très rase qui laisse la roche souvent à nu, sa fausse platitude qui vous fait jouer aux montagnes russes sans vous en rendre compte, mais sa vision panoramique très dégagée qui, au lieu de vous aider dans l'orientation, a plutôt tendance à vous faire vous demander si vous êtes bien orientés en l'absence de repères facilement visibles à proximité. Je reconnais surtout l'absence de couverture face au vent froid qui me fouette assez vigoureusement et m'oblige à me presser plus encore qu'à mon habitude. La vision de flaques d'eau glacées me confirme bien que je ne dois pas traîner, d'autant que le soleil est encore timide malgré quelques percées encourageantes.

La marche est un peu monotone pour ce début, mais très vite des murets et abris de pierres se dévoilent, je pense alors ne pas être trop loin de la première glacière de Cardo. En effet, encore quelques mètre par le sentier et je commence à l'apercevoir au loin. Je vois d'ores et déjà que son toit est effondré par endroit j'espère cependant que le reste de la façade plutôt bien conservée n'est pas qu'un cache-misère pour un édifice délabré. Le suspens reste alors entier. Mais pas pour longtemps : je suis à ses pieds, m'en approche et constate que l'intérieur, bien qu'ouvert désormais par le haut, est bien conservé dans le sens où l'on y voit encore les fosses utilisées pour stocker la neige sous forme de glace, ainsi que les arches toujours suspendues qui soutenait son toit de pierre.

C'est déjà très beau et instructif vu qu'un panneau explicatif a été judicieusement placé à l'entrée de celle-ci pour que les promeneurs rentrent chez eux moins idiots, mais elle n'est pas mon but final. Je vais donc en direction de la seconde glacière de Cardo, en suivant le panneau en bon petit randonneur bien appliqué. C'est d'ailleurs un point très positif que le balisage ait été aussi bon jusqu'au bout, il n'y a rien de pire à mon sens que de devoir réfléchir un éternité pour tâcher de deviner la route à suivre en l'absence d'indications claires, surtout quand vous emprunter le mauvais accès si peu praticable alors que la route tranquille était à seulement quelques mètres de vous... Mais trêves de digressions, le deuxième glacière est là. Elle est intacte, mais de fait son intérieur sombre laisse seulement deviner une fosse unique. Son toit en pente douce se fondrait presque dans le paysage avec les végétaux qui y ont élu domicile, le camouflant subtilement au milieu de cette roche environnante.

Une nouvelle fois je ne m'éternise pas : j'ai validé mon premier objectif du jour, mais la pièce de résistance se fait toujours attendre après cette entrée en matière savoureuse qui vous aiguise l'appétit. La route à parcourir est encore longue mais droite pour un bon bout de temps, je n'aurais qu'à me méfier sur la fin pour emprunter cette bifurcation à gauche qui, pour toutes les sources que j'ai consultées, ne vous apparaît qu'une fois à sa hauteur. Mais je n'en suis pas là. Je suis à ce moment à flanc de colline et le sentier est très étroit.,Le soleil est dorénavant de la fête et me ferait presque regretter de m'être aussi couvert. Je préfère ne pas céder à la tentation de me dévêtir, je ne voudrais pas le regretter dans quelques minutes.

En changeant de colline, et par là même de versant de progression, je passe de cette rocaille aride à une végétation un peu plus haute et bien plus touffue et couvrante, signe que le sentier est descendant sur cette portion. Il fait doux, je ne peux m'empêcher de penser que si je m'étais conformé aux annonces météo, j'aurais encore perdu une occasion de découvrir un lieu enchanteur, si proche pourtant de la grande ville plus bas. Je me complais alors à penser que l'on devrait revenir à de choses simples, basées sur le bon sens et l'observation, plutôt que de se borner à vénérer des prétendues prouesses technologiques aux limites pourtant souvent vérifiées. J'ai souvent cette réflexion quand je marche, ce qui est d'autant plus étrange et hypocrite que je laisse toujours tourner mon GPS pour me servir de fil d'Ariane intangible si justement mon bon sens venait à me faire défaut. Tout n'est question que de savante répartition entre es deux extrêmes me direz-vous...

Je marche dorénavant à l’affût de l'embranchement à prendre pour admirer la Petra Ellerata, je sais que je n'en suis pas loin, mon esprit est sur le qui-vive et je crois l'apercevoir plus d'une fois avant de me rendre compte que ce n'est au mieux qu'une petite alcôve végétale... T'aurais-je loupé ? Non ! Te voilà enfin... Du moins je l'espère... Tu ressembles à la description, au pire rebrousserai-je chemin sans témoins de ma bévue... Mais dis-moi, tu n'est pas un peu étroit avec tes branches de bruyères qui empiètent sur mon passage ? Excuse-moi de te bousculer ainsi, mais je passe... Aucun respect... Tu t'élargis, c'est très aimable à toi. Pourrais-tu me dire si je suis loin de la Pierre ? Tu te tais ? Tu n'es qu'un chemin, c'est vrai. Pourtant tu as du en voir des clampins comme moi. Cette proximité de mon but me surexcite, sûrement à cause de la fatigue et de l'incertitude. Mais le doute est levé bientôt : devant moi commence à poindre un immense caillou, une montagne en fait, avec une couverture verte sur son bord le plus à pic. Je m'approche en me surprenant à courir comme si je venais de découvrir un trésor convoité.

Je suis en face de toi, majestueux écrin de roche qui protège et fixe le velours vert qui te vaut ton nom. J'avance alors lentement et par étapes vers toi, comme pour bien fixer ce que chaque partie m'offre avant d'envisager la suite. Tu es immense, aussi bien du point de vue du roc que du plan de lierre accroché. Pourtant ce qui se suspend à toi ne naît que d'une tige qui semblerait presque fluette malgré son diamètre, en voyant son engeance d'une prodigieuse densité. J'avais déjà vu des clichés de toi, pourtant te voir pour de bon et surtout à l'échelle de ton immensité ne peut que forcer mon respect. Pourtant je dois te quitter, contrairement à toi je n'ai pas encore l'habitude de résister à la rigueur du climat du mois janvier si haut perché. Sans être cuisante, la morsure du froid ne me mets pas dans les meilleurs dispositions quand mes muscles sollicités par l'effort sont mis au repos par ces pauses contemplatives.

Adieu donc, ou plutôt au revoir, je veux faire profiter de ta majestueuse simplicité tous ceux que je convaincrais de m'accompagner pour te rendre une nouvelle visite. Je ne peux te dire quand mais je te le promets.

Pour l'heure je dois rentrer, à bientôt...

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