Les promenades du rêveur solitaire - La mine de Farinole en février 2013


En ce moment je suis prolifique en terme d'escapades. Grâce à une météo plus que clémente pour un début février. Quand vous avez un soleil radieux, à peine voilé par moment, et des températures supérieures à 15 degrés (voire même 20 degré si vous voulez mon intime conviction), vous jureriez être au printemps plutôt qu'au cœur de l'hiver. Profitons-en donc pour effectuer une randonnée qui me trotte dans la tête depuis longtemps déjà : la visite des mines de Farinole.

La grotte de Brando m'avait plu. Ce monde souterrain où le silence n'est brisé que par le bruit presque spectral du clapotis des rares gouttes d'eau qui tombent est apaisant malgré l'impression d'enterrement procuré par le lieu en lui-même, si froid et sombre. J'ai envie de revisiter un peu ce royaume de ténèbres silencieuses, d'autant que, comme la grotte qui servait de glacière, ces mines ont constitué un pôle d'activité dans la région il y a longtemps. Apparemment sans grand succès d'après mes recherches sur l'endroit : souvent exploitées, mais tout autant abandonnées rapidement au cours de leur histoire... Y verrais-je une sorte de malédiction ?

En fait, ce qui a fini de me convaincre, outre la météo vous disais-je, c'est que cette fois le monde souterrain nécessite une petite heure de marche à travers le maquis. Une pierre deux coup, parfait pour moi. Les ténèbres ne se suffisent à elles-même qu'un temps, la lumière me rappelle toujours à elle.
Je débute donc ma quête du donjon, pardon, de la mine, à proximité d'une rivière qui marque la fin du hameau de Braccolaccia. Le début de la piste est bien indiqué et s'enfonce d'emblée sur un petit chemin ascendant en lisière de forêt. Je fais alors face au petit hameau sur tout son long : lui dans la lumière, moi dans l'ombre des arbres qui me surplombent. Je m'élève peu à peu, puis quitte ce repère presque rassurant pour m'enfoncer vers la montagne. En soi çà ne me dérange guère, c'est même l'un de mes buts principaux en balade. Mais la présence de forêt sur la route m'interpelle alors que je sais que je vais trouver les entrées de galeries au milieu du maquis. Combien de temps serais-je à l'ombre ? Je verrais bien, de toute façon çà doit faire moins qu'un quart d'heure que je suis en chemin.

En effet, la forêt s'achève bien vite, en laissant sa place à un maquis bas et même plutôt aride, ce qui m'étonne de par l'altitude faible. J'ai plus eu l'habitude de voir ce type de végétation aux étages supérieurs, mais passons. A moins que ce ne soit la mer en vue juste en bas qui me trompe ? Arrête de cogiter et marche, tu n'es pas encore arrivé. L'air de déjà vu de la végétation est en fait tout relatif : les essences présentes sont assez singulières de par leur nombre : la part belle aux aromates au sens large, romarins en fleur à foison ; immortelle en population fournie ; thym herba-barona bien représenté ; beaucoup de buissons de myrte avec leurs baies si astringentes dont je me délecte pour m'aider pour ma petite toux hivernale. Beaucoup de crocus également, que j'évite soigneusement de piétiner malgré leur discrétion entre les pierres du sentier. Et de nombreux genévriers, dont la présence était jusqu'alors restée anecdotique hormis en altitudes élevées.

Malgré cette explosion de vie végétale remarquable à mes yeux, le chemin est un peu monotone : un sentier caillouteux qui ne semble plus vouloir finir, c'est l'impression. De petits regards en contrebas vers la marine et ses vagues déchaînées comme tout le temps entrecoupent un peu cette lassitude. Mais j'arrive au but...

La première galerie se montre enfin : une ouverture béante dans le flanc de la montagne, cernée de rochers ruisselants d'eau. Des restes de rails et de traverses en bois sont à terre à l'entrée. Un flambeau improvisé aussi je pense : un bout de bois avec une sorte de chiffon enroulé au bout. J'hésite un instant à essayer de l'allumer, puis je me dit que ma torche électrique conviendra mieux à mon exploration.
Étrangement, je ne suis pas très rassuré cette fois pour pénétrer dans la pénombre de l'entrée de la mine. J'avais visité la grotte de Brando sans trop d'appréhension, en allant jusqu'au bout et tout seul. Je pensais être capable de réitérer l'exploit à la demande. Et là qu'est-ce qui te gêne ? Certes la sensation de malaise avait déjà montré son ombre la première fois, mais seulement une fois sorti des entrailles de la montagne. Cette eau ruisselante, ces rochers plus découpés que la falaise qui semblait lisse aux glacières, voilà ce qui te gêne... Une cavité artificielle à l'abandon n'est guère rassurante pour qui intellectualise beaucoup, beaucoup trop d'ailleurs. Est-elle bien étayée ? Le roche n'est-elle pas gorgée d'eau au point de lâcher sans crier gare ? Et ce panneau où on nous interdit d'entrer au début de la galerie, il est bien là pour quelque chose...

Pas rassuré, je me force néanmoins à faire quelques mètres dans la mine : à ma droite une galerie bloquée par des pierres. Effondrée ou bouchée volontairement ? Le suspens reste entier dans le sens où je ne m'en approche même pas. Une autre galerie se découvre à gauche, elle me semble longue et interminable vu que le faisceau de ma lampe de m'en montre pas le bout. Il suffit. Si c'est pour finir à moitié angoissé, je préfère sortir, d'autant qu'il y a semble-t-il encore deux mines non loin. J’espère avoir plus de chance, ou en tout cas moins d'appréhension.

Je reprends le sentier sur quelques mètres, une ancienne bâtisse ruinée, en rapport avec l'exploitation, apparaît juste au dessus de moi. Et avec elle la deuxième cavité. Elles se situent sur un petit plateau que seul surplombe la montagne au dessus de la seconde entrée. Un muret bas de pierres anciennes semble-t-il en limite en partie l'accès. C'est un trou béant, ou plutôt deux dois-je dire, une colonne de pierre assurant la dichotomie. Son sol n'est que gravats probablement excavés. Au fond on devine ce qui a du être une galerie, ou au moins une veine exploitée, mais qui est à moitié noyée dans cette roche. Je m'enfonce plus volontiers vers elle cette fois, ai-je parcouru une dizaine de mètres ? En tout cas je note avec un amusement certain qu'il pleut dans cette grotte, alors que le ciel est à peine voilé. J'évite les gouttes comme lors du mauvais temps, mais sous un toit... Cette fois, c'est plus le relatif agacement de finir mouillé qui me pousse à sortir me mettre au sec. Mais de toutes manières, il n'y a rien de plus à y voir...

Je profite un peu de la vue que ce petit plateau offre, sur la mer en face, le littoral de Saint Florent non loin, et les montagnes du Cap derrière. Ma quête d'obscurité finit-elle en plein jour ? Allez, direction la troisième. Encore faut-il la trouver, les indications sont très vagues, il est question de se jeter à l'aveuglette dans le maquis. Je n'ai rien contre cette solution, mais j'aimerai bien savoir ce que je dois chercher comme repère dans au milieu des herbes sans chemin. Je scrute les environ sur 360 degrés, j'essaie de trouver un semblant d'indice quant à un éventuel début de piste, même un vestige ancien qui le suggérerait. Mais rien. Cette imprécision a le don de m'exaspérer au plus haut point. J'ai certes du temps à perdre aujourd'hui, mais je n'aime pas çà. D'ailleurs, tant qu'à être à Farinole, j'ai bien un couvent dont j'ai entendu parler à visiter...

Mieux vaut tenir que courir, pas de troisième mine pour moi aujourd'hui. Je rentre vers Braccolaccia. En guise de conclusion de promenade, j'en ai une autre à faire...

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