Les promenades du rêveur solitaire - Les abords du Chiurlinu en février 2013



Il est de ces chose que vous faites sans finalité précise, simplement car il n'y a pas mieux à faire au moment de leur exécution, juste histoire de dire qu'elles ont été accomplies. C'est un peu le cas de cette promenade impromptue et très courte aux abords de l'étang de Biguglia en ce dimanche.

Mettons les choses dans leur contexte : la météo de cette fin de semaine s'annonce exécrable, pour preuve l'orage qui a sévit durant la nuit de samedi à dimanche. Et le froid du mois de février n'est pas en reste. Je m'attends à rester tranquillement chez moi pour éviter les assauts de cet hiver qui daigne se révéler à nous tardivement, quoique ce soit souvent le cas dans la région. Quelle ne fut pas ma surprise en me levant dimanche matin de voir en lieu et place du plafond bas un ciel bleu ensoleillé vers la mer. Et les montagnes du Cap bien enneigées en fond. Elles ne sont pas les seules en fait : même les sommets tout proches de Biguglia qui me bordent ont leur crête blanchie. Je suis ravi de voir que le déluge orageux prévu n'aura finalement sûrement pas lieu, la grisaille morose des week-ends étant insupportable pour moi. Pourtant je sais que je ne pourrais pas exploiter cette journée à priori sympathique pour une promenade trop éloignée, quelques nuages chargés demeurent vers l'intérieur, le froid est tout de même sec même si pas intense, et la neige interdit, ou en tout cas limite, mon périmètre de déplacement avec mon petit véhicule citadin.

Bah tant pis, si le soleil tient suffisamment, je tenterai une petite marche de santé près de la côte, une nouvelle fois. J'ai toujours préféré la mer à la montagne. Les hauteurs ont leur charmes certains, je ne le nierai pas, et d'ailleurs je m'y intéresse de plus en plus au gré de mes circuits. Pourtant, inlassablement, je redescends systématiquement vers le littoral et sa longue et interminable bande de sable qui vous mènerait d'un bout à l'autre de l'île si vous aviez à le suivre. Mais je n'ai pas envie aujourd'hui de cette monotonie relaxante. Non. J'ai envie de prendre quelques clichés de plantes. Je veux de la vie en ce jour glacé d'hiver, comme un pied de nez fait à la dormance relative caractéristique de la nature en cette saison. C'est décidé, je vais jeter un coup d’œil aux abords même de l'étang. Je ne m'attends pas à y découvrir des merveilles botaniques, mais juste y apercevoir sa flore caractéristique, qui me changera indéniablement de celle des collines et forêts que je visite autrement. Au fond, qu'appelle-t-on une « merveille » ? Si c'est une espèce complètement exotique que je recherche, par définition je ne devrais pas fouiner si près de chez moi, et même je devrais quitter la région. Si c'est seulement de jolis représentants de la flore locale, alors oui j'ai mes chances de trouver mon bonheur. Je radote, mais la beauté des choses simples est la meilleure que l'on puisse ressentir. Pas de fioriture superflue, seulement la vérité des choses.

Je fais donc en cet après midi un premier crochet sur la route qui mène à l'écomusée. Non pas que je tienne à le visiter, d'autant plus qu'il est fermé le dimanche, mais j'espère apercevoir quelque essence digne de mon intérêt. Et surtout je serai réellement aux abords de l'étang en me rendant là-bas. J'aime cette étendue d'eau placide et qui s'étend à perte de vue. J'aime cette surface miroitante à peine ridée, ces bords délimités par les cannes de Provence et autres joncs qui vous interdisent la démarcation nette entre la rive et l'eau. La mer est toujours en mouvement avec le flux des vagues qui meurent sur la grève, l'étang lui est serein, surtout avec le calme de la journée du dimanche au milieu de l'hiver, où la vie semble au mieux s'être ralentie, au pire s'être arrêté. La faune léthargique n'est alors représentée que par quelques canards qui semblent eux-même se laisser porter doucement par un invisible courant d'eau. En fait je n'ai pas grand chose en plus à observer. Le soleil joue un peu à cache-cache avec les nuages. Je ne sais pas trop pourquoi, mais malgré cette atmosphère paisible propice à la rêverie, mon esprit ne vagabonde pas comme à l'accoutumée quand je suis dehors. Je dois bouger, aborder le Chiurlinu par ailleurs pour en avoir le cœur net.

Oui mais, par où ? L'étang est immense, ses abords sont plats, mais la végétation y est drue et impénétrable. Je vais tenter de m'en approcher par cette petite plage avec le parking goudronné qui est toujours bondée au milieu de l'été. L'aire stationnement est juste au centre de cette fine bande littorale qui y constitue le cordon lagunaire. On y dénote bien deux-trois prémices de sentiers, mais rien qui ne mène loin. Faute d'entretien ou bien simple trompe-l’œil ? Je ne sais pas, à mon grand désarroi je me dit que j'aurais pu me poser la question plus tôt. Tant pis, je rentrerai donc puisque je n'ai pas atteins mes objectifs de la journée. Mais au fond, avais-je vraiment un quelconque but en venant ici ? Pas motivé par l'exercice physique à ce moment, pas intéressé outre mesure par un lieu particulier à visiter. Pourquoi donc m'être déplacé ? Pourquoi pas, c'est définitivement par cette pirouette rhétorique que j'obtiens paradoxalement une réponse satisfaisante à mon interrogation : aucun motif sensé ne m'a conduis ici. Juste l'envie, le désir de la chose. A quoi bon intellectualiser ce qui n'a pas lieu de l'être. Je crois que j'ai dépassé le stade de cette dépendance décrite au fil de mes précédents récits. Maintenant, tout ce que je veux c'est profiter de mes sorties comme ce qu'elles sont et ont toujours été en fait : des façons sympathiques de tuer le temps en y essayant de joindre au mieux l'utile à l'agréable, que ce soit par les lieux particuliers traversés, par les gens qui vous accompagnent, ou par le simple accomplissement du besoin éprouvé.

Comme quoi aucune expérience, aussi insignifiante peut-elle sembler, n'est inutile.

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