Les promenades du rêveur solitaire - De retour aux chapelles Saint André de Biguglia et Sainte Marie de Furiani avec les beaux jours, en avril 2013


Exceptionnellement je ne traiterai pas ici d'une escapade unique, mais cette fois-ci de deux excursions effectuées à quelques jours d'intervalle. Pourquoi ? Simplement car elles constituent de nouvelles visites en des lieux déjà bien répertoriés par mes soins. Pourquoi alors y retourner, et surtout écrire de nouveau à leur sujet ? Manques-tu déjà d'inspiration, toi qui prétendait marcher dorénavant sans relâche quand l'occasion se présenterait à toi ? Non. Loin s'en faut. Simplement je veux mettre en exergue l'évolution des lieux au fil des saisons. J'ai débuté la marche en automne, j'ai beaucoup pérégriné en hiver, alors que la nature dors toute paisible. Je veux voir ce qu'il advient d'elle quand au printemps elle se ranime, quand la mort cède la place à la résurrection. C'était Pâques il y a peu, je dois en fait me rattacher aux symboliques de l'air du temps, un peu à la manière de ma virée siscaise de la Toussaint, Au moins donné-je un sens à ma marche.

Les différences sont bel et bien là, entre la nature aux couleurs un peu ternes de l'hiver, toute de vert sombre et d'un camaïeu de marrons allant du chaud au froid, et ce qui s'offre à moi quand je retourne vers les deux lieux saints. Des fleurs, beaucoup de fleurs. Les violettes à mes pieds, toutes basses et discrètes malgré leur robe qui tranche nettement avec la verdure des bas-côté où elles croissent, leur voisins les cyclamens, dont j'aurais juré situer la floraison en automne et non au printemps... Les bourraches au fleurs bleu pétant se distinguent ces derniers temps. Il faut dire qu'elles forme de vastes massifs velus. Les anémones du haut, si l'on puis dire, de leur petite tiges chétives leur font concurrence en terme de densité de population.Au dessus de ces herbes basses, comme veillant sur elles, les genêts et autres cytises étendent leurs rameaux aux nombreuses fleurs jaunes. Les bruyères et leur petites cloches blanches ou rosées sont toujours un peu à l'écart : elles se la jouent bande à part, à former des massifs impénétrables à cause de leurs tronc ligneux qui se dressent en murs végétaux imprenables. Un cas un peu à part est celui des asphodèles : ces touffes de feuilles qui poussent à ras du sol décident au retour de la belle saison de taquiner le ciel en émettant leur hampe florale. D'abord unique, aux faux airs d'asperge, leur proche parent, elle fini par se diviser en une infinité de petites fleurs blanchâtres, à hauteur d'homme le plus souvent.

Au-delà de l'aspect purement visuel, dont toutes les pages du mondes ne suffiraient pas à décrire l'infinité de leurs variations, je suis également frappé par l'odeur de la vie qui reprend en ces lieux. Tout l'hiver, nulle senteur particulière pour marquer l'esprit. Au mieux ai-je du froisser moi-même les végétaux croisés pour en sentir les effluves, bien souvent pour être sûr de leur identification. Mais là, au contraire, c'est un festival d'arômes qui flattent les narines. Difficile à décrire d'ailleurs, tant les notes se mêlent, se distinguent, s'estompent et reviennent tout à la fois, au gré de l'avancée, au gré de la bise, au gré de l'attention que je leur prête... C'est doux comme parfum, çà sent bon. Ce n'est pas une odeur d'herbe fraîchement coupée. C'est plus subtil, plus odorant. C'est un mélange de ciste, de myrte, des milles fleurs qui m'entourent. C'est aussi ces notes plus fortes de nepita, de menthe parfois. C'est surtout ces notes indéfinissables de végétaux. Impossible à décrire simplement, c'est un pot pourri de tout ce qui m'entoure. C'est enfin cette odeur de terre humide et d'eau, qui rappelle qu'il y a encore peu le temps était bien pluvieux... C'était un mal nécessaire, apparemment, à la luxuriance présente.

L'olfaction a pris une place toute importante sur la montée vers Saint André : le sentier est encore plus étroit que lors de mes premières visites. Au contact même des végétaux, leurs odeurs vous assaillent comme un ultime moyen de défense ou d'implorer la clémence de cet intrus qui brusque leur réveil au sortir de l'hiver... Le contact devient instrument de l'odorat, volontairement ou pas. J'aime vraiment froisser entre mes doigts les feuilles des plantes les plus riches en arômes. J'aime sentir sur ma peau ces senteurs puissantes se libérer sous l'action de la légère pression. C'est presque métaphorique ce claquement de doigt libérateur à l'origine de tant de choses. Presque magique. Et qui plus est, de bon matin avec ce soleil naissant dont la luminosité rasante découpe nettement leurs silhouettes et en accentue les moindres formes. Cette fois, nulle ombre de la montagne qui les porte, nul nuage pour ternir l'éclairage. Une mise en scène naturelle qui sait rehausser savamment leur beauté propre sans la trahir par un excès d'enluminures malvenues.

L'ouïe n'est pas en reste. Outre le gazouillis des oiseaux qui, au-delà du fait qu'on n'imaginerait pas la nature sans, devient très vite imperceptible à mesure que l'oreille s'y habitue, c'est surtout le bruit de l'eau vive qui marque. Les ruisseaux sont souvent bien cachés par la végétation qui a bien eu le temps de croître avec les premiers rayons du soleil et l'arrosage naturel des giboulées. Et pourtant on n'entend qu'eux. Et de loin. Si bien qu'on se surprendrait presque à les rechercher avec avidité. Mais nul besoin de de presser dans ce but : gonflés par les mêmes précipitations qui ont été salutaires aux plantes, les cours d'eau sont eux-même bien gonflés et donnent parfois même l'impression de petit torrents furieux, alors que tantôt il n'étaient que filets fluets au cœur de l'hiver. Et çà y va de la symphonie joyeuse et bien rythmée de l'onde qui descend vers la mer. C'est enjoué, alors que la croyance populaire prête des vertus apaisante aux bruits d'eau. C'est bien une musique à la gloire de la vie qui se joue, une mélodie qui appelle à la renaissance de la nature, qui d'ailleurs ne demande que çà...

Seul le goût manquera à cette liste des sens excités par cette redécouverte d'endroits devenus familiers. Pas encore de fruits mûrs, pas de champignons cette fois. Aurais-je pu tenter la cueillette de l'ail des ours qui commence à proliférer ? Comme son cousin de culture point trop n'en faut, inutile donc de piller les gisements sauvages pour un condiment à employer avec parcimonie... Les arbousiers, quant à eux, montrent les prémices de leurs futurs fruits à maturité cet hiver. C'est donc une promesse qui m'est faite, moi et mon penchant tout particulier pour ce petit fruit pourtant bien anodin... les goûts et les couleurs, n'est-ce pas ?

Voilà pour la redécouverte des deux sentiers des chapelles. Preuve s'il se devait d'en apporter une qu'on ne doit pas jurer connaître un endroit après une simple visite. La nature évolue au gré du temps, au fil des saisons. Elle se magnifie, explose de couleurs, de bruits, d'arômes et de saveurs, elle s'apaise alors, comme une jeune fille après la frénésie de la fête. Et elle s'endort, profondément, elle semble presque morte tant le sommeil s'avère lourd. Mais ce n'est que pour se réveiller toujours plus fraîche pour la fête du lendemain...

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