Où sont ces serpents qui sifflent sous mes pieds ?



Je déteste les serpents, je ne m'en cache pas. Et j'en rabats copieusement les oreilles de qui veut bien m'écouter m'épancher longuement sur ce sujet. Aucun argument précis contre ces bestioles. Peut-être des restes du catéchisme et l'assimilation au Diable incarné sur terre ? Peut-être la peur ancestrale du venin puissant de certaines espèces ? Peut-être simplement l'appréhension de découvrir l'un de ces intrus là où on ne l'attend pas, de par leur allure filiforme et leur propension à se faufiler insidieusement un peu partout.

Toutes ces années j'ai vécu avec cette boule au ventre quand au retour de la belle saison je devais partir gambader en pleine nature. C'est d'ailleurs ce qui m'a retenu si longtemps d'entamer ma carrière de marcheur je pense... Pauvre fou bassement terre à terre dans tes considérations. Depuis le Monte Grossu la balance s'était inversée, l'attrait des paysages traversés avait repris ses droits, la peur de croiser un de mes chers ophidiens ne venant plus qu'au second plan. Je n'y pensais d'ailleurs presque plus à mesure que je m'étais mis à partir toujours plus loin, tout seul comme un grand garçon, malgré les froissement que j'entendait dans les fourrés alentours. Je ne dis pas que parfois, au gré d'un des-dits bruissements au milieu des herbes environnantes je n'avais pas une légère gêne, mais rien de rédhibitoire pour la poursuite de mes activités.

Quand bien même j'étais quasiment sûr d'en avoir croisé un qui s'est faufilé entre mes pattes à Sisco, j'ai pu poursuivre la-dite balade, du moment que je n'avais pas pu objectiver de façon certaine la rencontre avec la bête... J'aurais déjà du avoir la puce à l'oreille à ce moment... Là où je veux en venir ? Je m'avance certainement, mais je crois que cette panique infantile, cette bête noire (au sens littéral quand on connais nos couleuvres...), ce fantôme sans consistance, est en train de s'estomper.

J'ai déjà eu maille à partir avec des couleuvres dans mon enfance. Trois fois. Trois fois de trop à mon goût... Ou était-ce quatre ? Toujours des réactions hystériques, cris, pleurs, tachycardie, tremblements. Pas moyen de se contrôler. La phobie au sens littérale. Et honnêtement, aucune simulation à ces moments, les signes cliniques ne s'inventent pas. Je me croyais donc logiquement irrécupérable, et sans aller jusqu'à dire content de l'être, je ne voyais pas l'utilité de travailler dessus.

Et l'inévitable devait enfin arriver ce week-end. En sortie à Mandriale pour faire découvrir la chapelle Saint Jean à un ami, je devais tomber sur une couleuvre bien noire qui serpentait au derniers détours du sentier une fois rentré au hameau. Certes je ne suis pas resté inébranlable, loin s'en faut, mais au lieu de la débâcle promise par mes expériences précédentes, j'ai juste rebroussé chemin et demandé à mon compagnon d'avoir l'obligeance de demander à l'invité surprise de prendre congé. Il se sont tout deux très gentiment exécutés soit dit en passant. Cette fois-ci j'ai presque réussi à avoir une réaction honorable face à ma némésis.

Au fond, peut-être ne suis-je pas perdu... J'ai toujours été intimement convaincu de la capacité de l'être humain à évoluer, dans un sens ou dans l'autre. Et ce jour-là j'ai eu confirmation de ma théorie. Je pense pouvoir dépasser mon appréhension, par intérêt pour la marche, pour ce qu'elle m'apporte et ce qu'elle me fait découvrir. Pour cela je veux bien dépasser mes doutes sur mes capacités. Pour cela je veux retrouver la raison...

Et puis, ce serait presque mignon, finalement, ces petits animaux et leurs volutes... non, quand même pas encore...

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