Le Mont Olmelli au départ de San Giovanni di Moriani, en juillet 2013


La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien. Nouvelle maxime usée jusqu'à la substantifique moelle que j'emploie d'emblée éhontément en guise de conclusion introductive. Que ne sais-je donc pas ? Tout. Mais plus précisément, je me rends compte au fil de mes pérégrinations sauvages que je connais vraiment très mal mon environnement proche, au point de découvrir encore et toujours de nouvelles contrées à visiter. Et de ce point de vue, cette inculture me comble dans le sens où j'accède toujours à une nouveauté à voir pour étancher ma soif d'exploration.

Tout a commencé de façon presque impromptue. Seule chose fixée, le lieux et l'heure du rendez-vous. Car je n'explore pas seul aujourd'hui, c'est mon traditionnel compère de balade de la Costa Verde qui m'accompagne. Je serai son éternel obligé à m'avoir ainsi fais découvrir ces perles insoupçonnées qui compose cette région si proche et si lointaine pour moi à la fois. Aucun plan de bataille fixé, hormis une carte récapitulative des différents circuits de randonnées proposés, nous sommes en roue libre. Nous savons que nous voulons marcher, mais nous ne savons pas où. Je préfère déléguer la responsabilité du choix de l'itinéraire. D'une part il connaît le coin bien mieux que moi, d'autre part autant qu'il profite d'un itinéraire nouveau pour lui également, il serait à mon sens inutile de se lancer dans des débats stériles sur le lieux où finir, dans le sens où tout me conviendra très bien. Contrairement à notre habitude, c'est en milieu de matinée que nous nous retrouvons pour partir, comme si nous nous donnions du répit, comme si nous savions instinctivement que nous sommes aptes à juger exactement de nos forces. Ce n'est pas la première fois que l'on part ensemble marcher, on ne devrait plus se réserver de mauvaises surprises au niveau de nos limites, sauf coup dur majeur bien entendu.

Le choix se porte finalement sur le Mont Olmelli, illustrement inconnu de mes piètres connaissances géographiques. Il nous faudra partir de San Giovanni di Moriani pour y arriver. J'ai eu l'occasion déjà par le passé de passer à San Giovanni, pour explorer en partie le sentier botanique qui y a été aménagé. Bien que non achevé en totalité, c'est l'occasion pour moi de me remémorer quelques bon souvenirs de balades, ainsi que la superbe église du village. Et pour une fois, c'est moi qui connaît l'endroit. C'est navrant de puérilité comme remarque, mais çà démontre bien que je fais des effort pour remédier à mes lacunes. Motion acceptée à l'unanimité, nous partons donc.

Nous nous arrêtons juste après l'endroit où mon sentier botanique de cet hiver avait rejoins la départementale. Je me sentirais presque à l'aise de fait. Nos sacs à peine endossés, nous voilà partis pour cette visite, qui passera par la chapelle San Mamilianu. Aussi futile que soit cette réflexion, je ne peux n’empêcher de noter que nous lorgnons toujours vers les églises le dimanche, serions-nous finalement presque de bons pratiquants ? N'exagérons rien, et surtout ne glissons pas vers le blasphème, à défaut de pratiquer ou de croire vraiment, j'accorde néanmoins mon respect au faut religieux. Et de toutes manières, on nous annonce un peu moins d'une heure pour y accéder, donc nous aurons bien le temps d'y repenser plus tard. D'ailleurs, la pente qui s'enfonce sec dans la forêt de châtaigniers nous rappelle rapidement à des considérations bien terre à terre d'effort à fournir. Au moins sommes-nous quelque peu isolés de la morsure aride des rayons du soleil par le feuillage au dessus de nos têtes. Mais malgré l'essoufflement engendré, nous savons que c'est le lot de toute marche, surtout celles qui se destinent à finir sur un sommet. Je note que ce sentier se fond en partie ,avec le sentier botanique, j'y reconnais d'ailleurs les petits panneaux explicatifs des diverses essences que l'on peu y croiser, toujours aussi absentes qu'en décembre soit dit en passant. Cette similarité nous laisse un doute quant à la voie que nous suivons, mais ceux-ci sont bien vite dissipés par la constatation d'une logique implacable qui consiste à remarquer que dans tous les cas, nous grimpons, donc nous nous approchons de notre but fixé.

A notre grande surprise, moins d'une demie-heure après le début effectif de la marche, San Mamilianu apparaît, seule sur le bord de sa crête, avec ce qui semble être un refuge qui lui fait face. Une croix devant ce que l'on peut qualifier de parvis, comprendre le sol de terre, pierres et végétaux ras. Nous ne prenons pas vraiment le temps de nous recueillir, le panneau indiquant Olmelli nous laisse tout de même entendre qu'il nous reste près de deux heure avant notre but. Nous tempérons ceci par notre arrivé bien plus rapide que prévue à la chapelle, nous sommes optimistes quand à l'horaire pour une fois. La seule chose que j'espère fermement, c'est que nous n'aurons pas à subir la pluie au cours de la promenade. J'ai déjà suffisamment donné à mon sens sur le Mare a Mare Sud.

Le chemin est désormais fait de maquis buissonnant à ras, ce qui tranche nettement avec la forêt de feuillus d'où nous sortons juste à l'instant. Là, on commence à subir de plein fouet la chaleur de la canicule, mais heureusement pour nous, la pente s'adoucit fortement, et nous commençons à être relativement hauts, ce qui tempère les ardeurs de la boule de gaz qui brûle sur nous. Je refrène mes pulsions de botaniste en herbe, et limite mes intervention aux seules essences vraiment notables. Il faut dire que j'ai déjà du sortir une bonne partie de mes connaissance à celui qui m'accompagne, je n'ai donc pas envie de sembler me répéter. Je ne note que la présence de véritable marjolaine sur le chemin, souvent confondue avec la nepita, le calament, à l'arôme subtilement différent, la présence de ciste de Crête, dont les fleurs roses diffèrent fortement de celles immaculées du ciste de Montpellier, et l'omniprésence d'immortelles en fleur. Toutes leurs odeurs suaves se mêlent et rappellent que nous sommes au cœur même du maquis. J'aime ces retours à la sérénité et à la simplicité authentique de la Nature, loin de tout réel impacte humain. Pas de bruits parasites, si ce ne sont que ceux des grillons où des oiseaux. Pas de grands bâtiments à la gloire de la civilisation toute-puissante, si ce n'est ceux que l'on devine en plaine quand nous nous retournons.

Nous progressons à bon rythme, même si les hauts sommets qui nous font face sembleraient indiquer le contraire tant leur aspect imposant rendent imperceptible la progression dans leur direction, les minutes s’égrènent, les distances vers la pointe convoité s’amenuisent. Il est déjà midi pourtant, mais nous y sommes presque, nous attendrons d'être en haut pour nous reposer et déjeuner. Ce que je redoutait semble se produire : les nuages commences à s'amonceler et se dirigent en notre direction. Ce n'est pas encore menaçant, c'en est même presque agréable tant la chaleur en était devenue suffocante en ces heures chaudes, mais çà nécessite de rester sur nos gardes. Çà doit presque faire une heure que nous suivons la ligne de crête. Sans plus trop donner l'impression de grimper, on voit pourtant que quelques mètres sont encore à gravir pour le sommet. Plus d'une fois nous cherchons à couper pour nous élever plus rapidement, plus d'une fois les buissons trop denses nous en empêchent. Soyons de braves promeneurs bien éduqués et suivons donc la route fixée. Et d'ailleurs, nous y voilà enfin à ce sommet.

Sans crier gare, le chemin plutôt en pente douce jusqu'à présent semble se jeter brusquement dans le vide. C'est impressionnant d'une certaine façon, et çà signe bien que nous sommes au climax de notre excursion. Le temps est franchement gris, même si les villages des flancs du San Petrone en face sont parfois baignés de lumière, et malgré çà, nous nous asseyons un peu. Notre déjeuner type de randonneur nous attend : du pain, des tomates, des fruits, une terrine et même des œufs durs. Non pas que l'on mange beaucoup où que l'on ait très faim malgré l'effort consenti, mais j'aime à laisser le choix dans les victuailles. Nous n'abusons pas, comme à l'accoutumée, et le déjeuner en demeure plus un moment de récupération avant le retour qu'un réel repas destiné à se repaître. Mon ami me situe Campodonico en face, c'est de là que nous étions tantôt partis pour aller vers Bocca Favale ensemble, et çà me permet de constater par mes propres yeux qu'à défaut d'être un dénivelé monstrueux, accéder au sommet du San Petrone de là-bas est tout de même respectable. Il en profite pour me situer un peu tous les autres hameaux aussi, ce qui parachève ma quête de connaissance de la région.

Nous sommes là, tranquilles à discuter quand tout à coup nous voilà assaillis de toute part par une véritable nuée de coccinelles. C'est improbable, excessivement inoffensif pour l'être humain, et pourtant nous voilà littéralement chassé du sommet par l'armée à pointillés qui virevolte de toute part. De toutes manières, il était grand temps pour nous de nous remettre en branle, rien n'arrive plus vite après le repas que la torpeur qu'induit l’inactivité prolongée. Même chemin, mais en sens inverse. Rien de bien excitant en perspective, mais de quoi digérer et profiter de nouveau de ces panoramas de hautes crêtes bordant des sommets rocheux plus bas, à la manière d'un écrin inouï, le tout se finissant dans la plaine, puis dans l'horizon azur où ciel et mer ne sont plus qu'un.


Pour une promenade goupillée à la va-vite, que demander de plus que ce sommet rallié, ces visions de lieux désormais identifiés et liés eux-même à d'autres endroits ? Ce n'est pas la méconnaissance qui est une faute, c'est simplement de se complaire dedans sans tentative aucune d'en échapper.

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