Sur le GR20, au départ du refuge de l'Onda, en août 2013


Il bruine, le vent souffle, les nuages fondent littéralement sur nous tout en étouffant les cimes alentours. Il fait frais, presque froid. Et pourtant nous sommes en août. Le climat montagnard cache définitivement bien son jeu. Le contraste avec la veille au soir, où le soleil réapparaissant comme pour nous réconforter un peu de sa chaleur avant la nuit, ce contraste est saisissant. La nuit fut pourtant réparatrice, hormis quelques bourrasques de vent, pas de réveil trop forcés. Et malgré le fait que nous nous soyons installé en tente, pas vraiment de problème de température. La technologie fait des merveilles à ce sujet apparemment, malgré mon scepticisme relatif.

Cette météo déplorable remet en cause le bon déroulement de nos plans. Et surtout, c'est le fait que la veille encore, tout le contraire était prédit. Un soleil radieux devait nous accompagner pendant encore au moins deux jours. Seule l'étape finale aurait dû être couverte. La versatilité du temps en montagne n'est encore une fois plus à démontrer. Mais nous devons en avoir le cœur net : refroidis par notre Mare a Mare sud où nous avons été trempés la majeure partie du temps, nous ne souhaitons définitivement pas réitérer l'expérience. Demandons au patron du gîte s'il a des informations sur les prévisions météorologiques, c'est ce que nous aurons de mieux à faire, en espérant que cette grisaille automnale soit juste une façon facétieuse pour la montagne de nous réveiller.

Ce n'est pas le cas semble-t-il. On nous annonce cette grisaille accompagnée de vent pendant au moins deux jours. La fête est gâchée. Pas vraiment de discussion à avoir, il est temps de songer à la retraite dans cette débâcle annoncée. De là où nous sommes, à part rebrousser chemin, il nous reste l'opportunité de rallier Tattone, d'où nous pourrons rejoindre Corte en train pour récupérer nos véhicules. Cette option présente l'intérêt supplémentaire de nous faire longer pendant une petite heure le sentier initialement prévu. Des fois que, pris de pitié, le temps ne se décide à passer au radieux... Même si j'ai signé cet reddition, je me sens toujours l'âme de la résistance au fond, pour tenter le renversement de situation ultime si l'occasion se présente.

La remise en route est du même acabit que le début morne de la matinée. Voir même encore plus sombre. Nous attaquons par une traversée de forêt de ténèbres malgré le fait que l'on soit en plein jour. Preuve s'il en fallait encore une que les nuages sont intensément dense tout autour. Cette noirceur peut sembler anecdotique, mais pour nous avoir marqué tout deux, il n'en demeure pas moins qu'elle en aura été notable. Premier point confortant l'hypothèse de la débâcle. Au sortir de ces bois, des coups d’œil furtif sont jeté périodiquement vers les hauteurs. Définitivement notre route prévue initialement est inaccessible à la vue. Second point en la défaveur de la poursuite de l'aventure. J'ai l'impression de revivre ces moments où le Paradis m'a été interdit par quelque volonté supérieure. Cette sensation d'une force omnipotente qui vous fait clairement comprendre que vous n'êtes pas bienvenu, sans pour autant vous dire pourquoi. Çà rajoute au sentiment de frustration de l'échec. Et pourtant il n'y a rien à faire contre. L'acceptation est la dernière façon de sauver l'honneur dans la retraite.

Notre fuite longe une rivière au gré des détours d'une piste. Le chemin est tracé, le sort en est jeté. Un peu comme le condamné juste après la sentence, sur la route de l’échafaud. C'est certes exagéré, mais c'est cette idée de contrainte qui m'est alors le plus insupportable. Autant nous étions relativement libre dans notre route prévue en direction de Vergio, même si elle devait suivre évidement le tracé du GR20, autant il nous aurait été possible au moins d'en improviser quelques parts, comme à notre habitude, si nous avions décrété que couper court dans les buissons ou bien par une pente aurait été plus rapide. Et surtout, cette quête permanente des traces rouges et blanches, signes de notre bonne voie, aurait ajouté du piment à cette aventure pourtant si ben cadrée. Et là, nous en sommes réduits à longer une piste. Pas de questions à se poser, pas d'initiatives à avoir. Le tout sous cette grisaille narquoise.

Bientôt nous atteignons le petit gué qui aurait du nous laisser poursuivre nos projets initiaux. Nous nous en détournons bien assez tôt. La rupture est consommé. Le deuil de notre tronçon de GR20 est désormais de rigueur. Pourtant, comme un déclic, avoir dépassé ce cap permet de retrouver un certain intérêt au trajet que nous suivons. Après tout, nous sommes toujours en pleine forêt, bordés par les hauts sommets de l'intérieur. Le vivant et le minéral mêlés de la façon la plus brute et authentique qui se puisse. Ces arbres séculaires immenses, ces herbes rases juste au bord du sentier, ces rocs affleurant çà et là entre les troncs. Et ce soleil qui semble nous narguer à poindre dans la direction où nous nous rendons désormais, alors que notre ancien but est toujours embrumé. Soit. Si tu veux la jouer ainsi, au moins je ne te laisserais pas savourer une amertume provoqué par cet échec tout relatif finalement. Qu'est-ce qui prime après tout ? Ajouter une randonnée à un palmarès, ou bien profiter de ces petits moments agréables offert malgré tout ? Soyons quelque peu épicurien pour l'occasion. A trop chercher l'excellence, tout ce que l'on récolte, c'est de gâcher ces petites perles isolées que la vie vous offre. Je n'en ai pas envie en fait. Donc profitons de l'instant.


Quitte à sembler couper court dans le récit, je préfère en rester sur cette note positive. Nous avons rapidement rejoint la gare de Tattone, en nous payant le luxe d'avoir notre train dans les minutes qui ont suivi. Fin d'aventure prématurée, mais séjour très appréciable. Désormais il fait insolemment beau. En bons perdant nous nous arrêtons tout de même déjeuner aux abord de la route vers Vergio où je dois récupérer mon véhicule. Sans rancune. La partie future qui servira de revanche n'en sera que plus belle...

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