Les promenades du rêveur solitaire - Les abords du Chiurlinu en février 2013



Il est de ces chose que vous faites sans finalité précise, simplement car il n'y a pas mieux à faire au moment de leur exécution, juste histoire de dire qu'elles ont été accomplies. C'est un peu le cas de cette promenade impromptue et très courte aux abords de l'étang de Biguglia en ce dimanche.

Mettons les choses dans leur contexte : la météo de cette fin de semaine s'annonce exécrable, pour preuve l'orage qui a sévit durant la nuit de samedi à dimanche. Et le froid du mois de février n'est pas en reste. Je m'attends à rester tranquillement chez moi pour éviter les assauts de cet hiver qui daigne se révéler à nous tardivement, quoique ce soit souvent le cas dans la région. Quelle ne fut pas ma surprise en me levant dimanche matin de voir en lieu et place du plafond bas un ciel bleu ensoleillé vers la mer. Et les montagnes du Cap bien enneigées en fond. Elles ne sont pas les seules en fait : même les sommets tout proches de Biguglia qui me bordent ont leur crête blanchie. Je suis ravi de voir que le déluge orageux prévu n'aura finalement sûrement pas lieu, la grisaille morose des week-ends étant insupportable pour moi. Pourtant je sais que je ne pourrais pas exploiter cette journée à priori sympathique pour une promenade trop éloignée, quelques nuages chargés demeurent vers l'intérieur, le froid est tout de même sec même si pas intense, et la neige interdit, ou en tout cas limite, mon périmètre de déplacement avec mon petit véhicule citadin.

Bah tant pis, si le soleil tient suffisamment, je tenterai une petite marche de santé près de la côte, une nouvelle fois. J'ai toujours préféré la mer à la montagne. Les hauteurs ont leur charmes certains, je ne le nierai pas, et d'ailleurs je m'y intéresse de plus en plus au gré de mes circuits. Pourtant, inlassablement, je redescends systématiquement vers le littoral et sa longue et interminable bande de sable qui vous mènerait d'un bout à l'autre de l'île si vous aviez à le suivre. Mais je n'ai pas envie aujourd'hui de cette monotonie relaxante. Non. J'ai envie de prendre quelques clichés de plantes. Je veux de la vie en ce jour glacé d'hiver, comme un pied de nez fait à la dormance relative caractéristique de la nature en cette saison. C'est décidé, je vais jeter un coup d’œil aux abords même de l'étang. Je ne m'attends pas à y découvrir des merveilles botaniques, mais juste y apercevoir sa flore caractéristique, qui me changera indéniablement de celle des collines et forêts que je visite autrement. Au fond, qu'appelle-t-on une « merveille » ? Si c'est une espèce complètement exotique que je recherche, par définition je ne devrais pas fouiner si près de chez moi, et même je devrais quitter la région. Si c'est seulement de jolis représentants de la flore locale, alors oui j'ai mes chances de trouver mon bonheur. Je radote, mais la beauté des choses simples est la meilleure que l'on puisse ressentir. Pas de fioriture superflue, seulement la vérité des choses.

Je fais donc en cet après midi un premier crochet sur la route qui mène à l'écomusée. Non pas que je tienne à le visiter, d'autant plus qu'il est fermé le dimanche, mais j'espère apercevoir quelque essence digne de mon intérêt. Et surtout je serai réellement aux abords de l'étang en me rendant là-bas. J'aime cette étendue d'eau placide et qui s'étend à perte de vue. J'aime cette surface miroitante à peine ridée, ces bords délimités par les cannes de Provence et autres joncs qui vous interdisent la démarcation nette entre la rive et l'eau. La mer est toujours en mouvement avec le flux des vagues qui meurent sur la grève, l'étang lui est serein, surtout avec le calme de la journée du dimanche au milieu de l'hiver, où la vie semble au mieux s'être ralentie, au pire s'être arrêté. La faune léthargique n'est alors représentée que par quelques canards qui semblent eux-même se laisser porter doucement par un invisible courant d'eau. En fait je n'ai pas grand chose en plus à observer. Le soleil joue un peu à cache-cache avec les nuages. Je ne sais pas trop pourquoi, mais malgré cette atmosphère paisible propice à la rêverie, mon esprit ne vagabonde pas comme à l'accoutumée quand je suis dehors. Je dois bouger, aborder le Chiurlinu par ailleurs pour en avoir le cœur net.

Oui mais, par où ? L'étang est immense, ses abords sont plats, mais la végétation y est drue et impénétrable. Je vais tenter de m'en approcher par cette petite plage avec le parking goudronné qui est toujours bondée au milieu de l'été. L'aire stationnement est juste au centre de cette fine bande littorale qui y constitue le cordon lagunaire. On y dénote bien deux-trois prémices de sentiers, mais rien qui ne mène loin. Faute d'entretien ou bien simple trompe-l’œil ? Je ne sais pas, à mon grand désarroi je me dit que j'aurais pu me poser la question plus tôt. Tant pis, je rentrerai donc puisque je n'ai pas atteins mes objectifs de la journée. Mais au fond, avais-je vraiment un quelconque but en venant ici ? Pas motivé par l'exercice physique à ce moment, pas intéressé outre mesure par un lieu particulier à visiter. Pourquoi donc m'être déplacé ? Pourquoi pas, c'est définitivement par cette pirouette rhétorique que j'obtiens paradoxalement une réponse satisfaisante à mon interrogation : aucun motif sensé ne m'a conduis ici. Juste l'envie, le désir de la chose. A quoi bon intellectualiser ce qui n'a pas lieu de l'être. Je crois que j'ai dépassé le stade de cette dépendance décrite au fil de mes précédents récits. Maintenant, tout ce que je veux c'est profiter de mes sorties comme ce qu'elles sont et ont toujours été en fait : des façons sympathiques de tuer le temps en y essayant de joindre au mieux l'utile à l'agréable, que ce soit par les lieux particuliers traversés, par les gens qui vous accompagnent, ou par le simple accomplissement du besoin éprouvé.

Comme quoi aucune expérience, aussi insignifiante peut-elle sembler, n'est inutile.
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Les promenades du rêveur solitaire - Les maisons des Ogres à Santo-Pietro-di-Tenda en février 2013



Étrange, bizarre. Voilà ce qui me vient à l'esprit quand je pense à cette escapade pour la découverte des dolmens du Monte Revincu. Sur plusieurs points d'ailleurs. D'un point de vue culturel, je vais explorer les vestiges datant du néolithique que l'on peur apercevoir non loin de Saint Florent. Çà changera des touristes en été, et surtout çà m'était complètement insoupçonné jusque là. D'un point de vue « situation géographique », j'attaque les Agriates et vais me poster non loin d'un camp militaire, ce qui constitue tout de même une particularité notable. Du point de vue du déroulement de l’excursion, ce fut quelque peu confus, voir « sportif ». Laissez-moi expliquer en quoi.

Une fois n'est pas coutume, je me décide au dernier moment pour le lieu que je vais explorer en cette belle journée printanière. Jusqu'ici rien de nouveau sous le soleil. Les dolmens seraient intéressant à voir je pense, en plus à proximité de Saint Florent, donc pas de difficulté majeure de transport. Et surtout j'ai envie d'y aller seul, de toutes manières la balade est courte à priori, donc nul besoin d'accompagnants. Direction Santo-Pietro-di-Tenda, plus précisément la route qui doit mener à Casta (c'est plus court à écrire surtout pour la suite). Route un peu monotone d'ailleurs, particulièrement une fois sorti de Saint Florent pour s'enfoncer dans ce qui semble être nulle part. Je sais que je vais trouver au terme de ma route un camp militaire, et vu l'isolement, je comprend que l'ait balancé ici : aucun risque de blesser qui que ce soit par les entraînements de tirs. A ce propos, une ombre traverse mon esprit : j'espère que ces séances ne sont pas à l'ordre du jour vu que je suis sensé passer à proximité de ces champs de tir. Et d'ailleurs, est-il prudent le cas échéant de se promener dans cette zone à risque ? Je me rassure : si le sentier est référencé abondamment, c'est qu'il doit être sans danger.

J'atteins mon point de stationnement au bord de la départementale. De toute manière, vu ma voiture typiquement citadine, je n'aurais pu aller plus loin vu que la piste est déjà inondée dix mètre plus loin. Bonne entrée en matière. Comment vais-je procéder pour traverser cette mare improvisée à pieds ? Elle est relativement profonde, en tout cas plus qu'une simple flaque, impossible d'y aller par le milieu. Première séance acrobatie en la contournant en me tenant aux bruyères qui la bordent, mais qui ne facilitent pas le passage par la même occasion. Premier succès, je continue donc sur une piste bien marqué car pouvant être empruntée par les véhicules tout terrain.

Je poursuis donc en direction de l'ancien champ de tir. Les flaques du même genre se succèdent. Ma patience légendaire est mise à contribution mais je persiste : après tout je ne suis pas allé aussi loin pour rentrer au bout de cinq minutes de promenade aux bords d'une route. Pan ! C'est par cette onomatopée un peu enfantine et stupide que je vous signale que j'entends cette déflagration qui semble venir de toute part à cause de la géographie du lieu. Et une autre. Et encore... Oh là, où t'es-tu fourré mon vieux ? A cet instant l'ombre qui m'avait occupé l'esprit sur le trajet reviens à la charge. Je n'appréhende pas tant de me prendre une balle perdue, je suis très visible et tâche d'être bruyant pour signaler ma présence, je crains plutôt de m'être introduit sans autorisation sur une zone militaire interdite. Je me vois déjà interpellé comme espion infiltré sur des installations classées secret défense. Qu'est-ce qu'ils vont faire de moi ? Interrogatoire musclé, incarcération dans le plus grand secret au point de faire disparaître toute trace de mon existence pour préserver le secret du lieu... Il faut vraiment que j'arrête de regarder ces fictions, çà ne réussi guère à un esprit à l'imagination fertile. Je me ressaisi, décide quand même de continuer, mais en marquant encore mieux ma présence par des sifflements, des phrases lâchées épisodiquement quitte à passer pour un dingue qui discute seul, et des coups de bâtons bien marqués sur les cailloux au sol.

A mesure que j'avance, les coups de feu perdent un puissance sonore, ce qui confirme fort heureusement que je m'éloigne de leur origine. Je devrais survivre aux tirs alliés à priori, ouf. J'atteins bientôt le champ de tir et suis la voie vers le sentier marqué par les cairns. Enfin, théoriquement. Si je n'avais eu une photo de la bifurcation, je pense ne jamais l'avoir remarquée, les cairns de départ ayant disparu, et le sentier étant peu marqué. Je note juste avant d'emprunter celui-ci que malgré la relative altitude du lieu, l'endroit est décidément palustre : une nouvelle mare me barre la route, et cette fois je suis contraint de mettre les pieds à l'eau en sondant la profondeur de mon bâton pour voir où j'avance. Je commence à m'énerver et à pester en grommelant dans ma barbe naissante. Je suis encore loin des dolmens, je n'ai rien vu de très excitant hormis mes premières anémones de la saison et des nombreux plants de lavande des Stéchades, le reste n'est que maquis classique et piste mêlant sable grossier et caillasse. Cette piste d'ailleurs n'est pas facilement praticable à cause de l'eau. J'ai crains pour ma vie peu de temps avant avec les tirs. Mais que diable ai-je fait au ciel aujourd'hui ?

Et ce sentier soit disant bien marqué de cairns. Ils sont où ces fichus cailloux ? Tout ce que je vois à l'entrée c'est de la ferraille rouillée qui semble mourir ici depuis des lustres. Ne manquerait plus que le lieu ait servi jadis de terrain de mine et que je marche dessus suis-je en train de me dire tout en progressant sur ce sentier étroit qui grimpe légèrement sur les collines. Bon soit, après quelques minutes, il y a bien des cairns qui apparaissent. Mais en même temps il n'y a qu'un chemin à suivre, expliquez-moi ce qu'ils marquent alors ? Je grimpe encore, passe près de roches nues à l'aspect déchiqueté et troué. J'aime bien la vision, mais ai encore envie de rouspéter pour vider mon sac contre tous ces détails accumulés qui m'ont un peur gâché le début de la piste. Me retournant pour fixer l'image du champ de tir plus loin, je m'aperçois qu'une voiture est garée à côté. Je me reprends à songer que les militaires sont à mes trousses, jusqu'à ce que je remarque que généralement leurs véhicules ne sont pas blancs. Serais-je rejoint ? On verra bien, j'ai tout de même pas mal d'avance.

Je commence enfin à apprécier la visité avec la flore qui s'étoffe à mesure que j'avance. Je fais de nombreux arrêts pour la photographier d'ailleurs. Si bien que je suis enfin rattrapé par les occupants de la voiture, un couple de randonneurs que je laisse me précéder sur le chemin. Nous n'avons pas eu d'échanges verbaux bien marqués, juste les salutations d'usage. En même temps, ce n'est pas dans ma nature de nouer facilement des liens, et qui plus est, mon orgueil est piqué au vif d'être dépassé sur ma route par des gens arrivés après. Ils semblent à ce sujet être aguerris à la marche : tandis que je termine quelques clichés après leur passage, je ne suis déjà plus en mesure de les voir quand je reprends la route. Tant pis, j'ai mes plantes pour m'occuper, je suis presque satisfait, au point que je ne veux plus jouer les grincheux de service.

Le sentier mène alors sur une sorte de plateau plus en hauteur, et chemin faisant, je revois alors furtivement la femme du couple qui est aux bords de la pente et observe les environs. L'intérêt est que je sais exactement où me diriger alors, même si je suis persuadé que le sentier reste unique pour m'y rendre. Sur ce plateau, une nouveau petit étang siège. On croirait un de ces point d'eau complètement artificiel que l'on installe dans les jardins pour mimer la nature tant l'eau, les végétaux et les pierres qui le composent se marient à la perfection. A priori c'est d'ici que madame observait le contrebas, je comprends que le couple ait fait une petite halte en ces lieux au charme certain.

A priori j'ai atteins la bifurcation qui séparent les deux maisons : celle de l'Ogre et celle de l'Ogresse. Je n'ai pas envie de répéter la légende qui est associée à ces installations mégalithiques. Cette trahison avérée des humains rendrait presque les rôles de monstres inversés. Je pars vers ce qui doit être le chemin de la maison de la mère. Le maquis de hauteur moyenne à haute n'est pas pour aider à suivre facilement le chemin qui semble s'estomper peu à peu à mesure que je m'avance. Quelques cairns subsistent mais je ne comprends pas où ils mènent. J'ai bien une vision dégagée sur la baie de Saint Florent qui se dessine, mais je suis sur ce plateau surélevé et n'ai plus de route à suivre. Je tourne et retourne, je grimpe sur les promontoires rocheux en quête de ce qui pourrait ressembler de près où de loin à un amas organisé de rochers en forme d'abri. Mais rien. D'ailleurs, je ne suis même plus sûr de l'endroit où j'ai laissé le sentier. Je veux vérifier avec mon GPS, mais horreur, comme le petit Poucet avec sa mie de pain disparue alors que son salut en dépendait, me voilà sans tracé visible. Pourquoi me basé-je tant sur ces gadgets technologiques à la fiabilité hasardeuse ? Que vais-je faire si je ne retrouve pas ma voie dans ce dédale de végétation où rien ne semble vraiment se démarquer pour me servir de repère ? Qui plus est, le temps indiqué a été sous-évalué et je suis déjà au-delà des indications malgré le rythme de la course. Mon côté négatif se réveille alors dans toute sa splendeur, mais ne suffit pas à me laisser longtemps me lamenter sur mon sort. J'ai bien fini errant sur des kilomètres aux environs du Monte Stellu, je m'en suis très bien sorti malgré le dénivelé, donc ce ne sont pas quelques collines douces qui m'effraieront.

Pas vraiment rassuré mais décidé à agir, je recoupe dans mon esprit les indices qui doivent me guider. Un minimum de jugeote, couplé à un sens minimum de l'orientation et de la mémoire me font revenir au petit étang du plateau. J'aperçois alors en face au loin se dessiner ce qui ressemble à la photo de la maison de l'Ogre. Je suis quelque peu échaudé par l'échec cuisant de l'observation de la demeure de sa génitrice, mais je reste désespérément curieux et obstiné dans le sauvetage des apparences. Au moins si j'accède à ce point d'intérêt, je pourrais toujours dire que l'honneur est sauf malgré l'accumulation de déconvenues depuis mon départ. En route mauvaise troupe, si je puis me permettre si près des hommes du rang qui doivent encore s’entraîner à dégommer leurs cibles non loin. Je finis par apercevoir devant moi mes deux compagnons involontaires de route. Ceci me rassure quant au but. Je ne sais pas s'ils savent au juste où ils vont, mais je pars du principe que si l'individu seul peut se tromper, la masse a toujours raison. Ou du moins, la faute peut se partager à plusieurs dans ce cas...

Je crois qu'ils ont vu que j'étais sur leurs pas, je me force à garder la distance, mon caractère sauvage a repris le dessus aujourd'hui, certainement aidé par mon état de relative frustration. Nous arrivons à une sorte d'enceinte avec un mur de pierre bas qui s'étend à perte de vue tout près du dolmen. A mon sens, il a été rajouté ultérieurement, mais je dois confirmer cette hypothèse. Tandis que l'homme et la femme tournent autour du dolmen pour l'observer, je garde mes distances en explorant les anfractuosités du muret en quête de clichés de la végétation qui s'y est développe. Je suis très distant, voire même malpoli à ignorer royalement les deux autres hôtes de la demeure de l'Ogre, mais je me dis que peut-être ils n'ont pas envie d'être dérangé par cet individu un peu givré qui pestait seul à voix haute dans le maquis, et qui se trimbale ce bâton de marche comme un magicien de contes de fées... Autant passer pour un misanthrope ou un botaniste un peu taré que de risquer de les mettre mal à l'aise.

J'aurais bien aimé qu'ils quittent rapidement les lieux afin que je profite mieux à mon tour de la construction, mais ils semblent vouloir se reposer quelques instants. Je me contente donc d'observations rapides et un peu superficielles. Je note surtout que le toit monolithique ne tient plus que grâce à un étai : il semblerait que nos amis militaires aient abîmé ce vestige préhistorique au cours de leurs manœuvres dans la régions... Je ne ferais aucun commentaire au sujet de cette marque hautement caractéristique du niveau culturel atteint. Je m'en vais le premier, je vais laisser monsieur et madame en paix à penser à notre monstre légendaire qui vécut il y a fort longtemps en ces lieux.

Sans mon fil d'Ariane, je dois confesser que j'ai peur de ne pas être capable de retrouver mon chemin. C'est idiot vu que les repères visuels sont finalement assez fréquents entre les cairns et les restes d’habitations, ou plutôt de bases d'habitations. C'est un peu comme pour les enfant qui apprennent à faire du vélo sans roulettes, quand bien même ils seraient prêts à se lancer, reste toujours cette boule à l'estomac de la première fois. Dans une certaine mesure, c'est pareil pour moi en ce moment. Patiemment et méticuleusement je refais mon trajet en sens inverse, je cherche frénétiquement les amas de pierre, je cherche à me remémorer les images mentales que j'ai pu me faire quelques minutes avant. Çà semble porter ses fruits, je remonte peu à peu la piste, même beaucoup plus rapidement que ce que j'aurais pu penser en voyant le temps passé à arriver jusqu'au bout. Aurais-je chaussé entre temps les bottes de sept lieues ? Je me surprends à me remettre à maugréer aux abord des mares qui m'obstruent le passage, je croirais presque que c'est le lieu qui me provoque cette réaction épidermique d'énervement. Mais qu'importe, je suis sauf dorénavant.

J'ai triomphé de l'Ogre sur ses terres, j'ai évité la fusillade par les militaires, et surtout j'ai sauvé une promenade qui ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices de prime abord. Fin de l'histoire ?
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La papa pingouin...


... ou comment vous présenter mon post sur l'état de mes relations actuelles avec Linux.

Je suis encore novice dans le monde vaste et merveilleux des distributions Linux. Vous le savez si vous avez lu mes (très) anciens posts qui traitaient de l'informatique. Marre de Windows, pas vraiment motivé par une raison précise, mais plutôt par un besoin de changement, et surtout de savoir si l'herbe est plus verte au delà de l'OS fenêtré...

J'avais replongé avec openSUSE 12.1 et 12.2, sans trop adhérer au final à l'interface GNOME Shell. KDE ne m'attire désespérément pas avec son look trop proche de Windows à mon goût, les promesses de révolutions ergonomiques de GNOME ne sont au final pas au rendez-vous non plus. XFCE et LXDE sont trop minimalistes à mon goût. Dommage.

Ubuntu. Voilà, on la dit en perte de vitesse en tant que porte étendard des distributions Linux. Pourtant c'est toujours elle qui est installé sur mon PC principal en version 12.10. Unity, tant décriée est un bureau qui me convient avec ses petites astuces toutes simples, comme ce dock qui sait se faire oublier à gauche ou ces menus d'applications que l'on ne voit en lieu et place de la barre de titre qu'au passage de la souris. Certains crieront au plagiat de MacOS, en même temps on n'a pas 36 façons différentes d'agencer les choses de manières cohérentes niveau interface.

J'ai aussi testé la Fedora 18. En GNOME Shell. Je l'ai trouvée très proche de l'openSUSE, surement à cause de l'outils de gestion des paquets au format RPM. Le problème étant que mon portable de test n'est plus un foudre de guerre et que GNOME 3 ne lui convient pas du tout. Malgré çà, je n'ai pas été subjugué plus que çà...

J'ai testé Linux Mint 14, le dérivé d'Ubuntu qui a su lui souffler sa première place en abandonnant Unity au profit de MATE ou Cinnamon, qui reprennent la métaphore du bureau telle qu'on le connait depuis Windows 95... Soit. Si je trouve KDE trop proche de çà, pensais-je pouvoir adhérer à cette distribution ? On ne peut juger sans tester, les live USB aidant, j'ai vu que je ne pourrais pas rester longtemps sur ce genre d'interface malgré les finitions superbes de la distribution. J'ai également testé la Debian Edition de Mint : on abandonne la base Ubuntu pour remonter à la distribution mère des deux, la Debian pure. Elle semble plus fluide, mais souffre de cette interface à laquelle je n'adhère pas vraiment même si je dois lui reconnaître d'être plutôt agréable. Il ne reste qu'un défaut majeur : je n'arrive pas à avoir quelque chose de stable sur mon PC portable de test "grandeur nature". Difficile de sauter le pas dans ce cas, mais à suivre...

Interloqué par la Linux Mint Debian Edition, j'ai voulu tester la vraie Debian, version 6 je crois bien. Je ne dois pas avoir encore le niveau je pense : en live USB sur mon fixe, pas moyen d'avoir la résolution correcte de mon moniteur là où les autres me la donnait d'emblée ; en installation sur mon portable, j'ai été vite rebuté par l'interface GNOME 2 vieillotte et par le fait que je n'arrivais pas à m'attaquer à l'installation des paquets. Çà remet à sa place quant à ses propres capacités. Mais je dois avouer que je ne me suis pas vraiment penché de près sur la question, donc elle reste une option envisageable.

Pour finir, on notera seulement la diversité existante des distributions. C'est enfoncer les portes ouvertes que de dire çà, mais c'est bien le cas. Le gros intérêt de cette situation est que, sachant que la plupart se testent en live, chacun doit pouvoir trouver facilement chaussure à son pied pour au final sauter le pas de l'installation seule ou en dual boot, histoire d'avoir une bouée rassurante avec son Windows, même s'il est peu probable qu'on le relance souvent par la suite...
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Les promenades du rêveur solitaire - "Histoire de pierres et d'eau" à Murato en février 2013



Hier il a neigé. Ce matin aussi d'ailleurs. La météo nationale annonce un soleil radieux pourtant. Outre le fait qu'un sourire moqueur envers ces experts du temps qui publient officiellement et bien sérieusement des prévisions en contradiction flagrante avec la réalité des choses se dessine sur mon visage de dimanche matin, vide de toute émotion dans la solitude de mon appartement, je suis presque en colère de ne savoir si je pourrais ou non profiter de la journée pour m'extraire de ce doux cocon chaud. Les minutes passent, les heures aussi vu que je me suis volontairement levé de relativement bonne heure. La grisaille est bel et bien là et déverse ses larmes jusque tard dans la matinée. C'est fichu, n'est-ce pas ?

Oui et non. On approche midi, la pluie a cessé en plaine. Le Pignu en face est parsemé de blanc, et le Monte Stellu encore plus loin est désormais d'une pâleur spectrale qui tranche avec le gris du ciel qui le ceint. J'ai en projet de monter vers Murato pour un petit circuit touristique entre village et nature. J'analyse le pour et le contre : seul le sommet du Pignu est blanc, donc la neige n'est pas tombé si bas que çà. Les nuages semblent se stabiliser, et peu à peu des trous de ciel bleu se dessinent au loin vers le Cap. Je n'ai vraiment pas envie de rester enfermé. Vendu, tu vas tenter ton circuit mon vieux. Dans le pire des cas, une quinzaine de minutes en voiture ne t'auront pas tué.

Peu après midi je pars donc. Je n’emmitoufle chaudement, évitons de tomber malade pour demain. Sitôt enfoncé vers Murato, à mesure que je grimpe sur la route de montagne qui accède au Nebbiu, je peux constater que les sommets de l'intérieur de l'île sont dorénavant immaculés. L'image s'est assez peu présenté à ma vue pour que je la remarque. A cet instant, je prie pour que Murato n'est pas été enneigé, les balades dans la poudreuse ne m'attirent définitivement pas, de par la crainte d'absence de repère bien visibles. Il semble que non à mesure que je m'en approche. J'avais déjà été vers Rutali juste à côté, le village semble indemne, donc j'en conclue qu'il en sera de même avec ma destination du jour.

Je vois dorénavant l'autre côté de l'île. Le ciel sur ma tête est encore lourd et chargé, mais le bleu morcelé çà et là au loin confirme que j'ai bien fait de venir. D'après mon expérience personnelle, il est quasi impossible qu'il repleuve dorénavant. Me voilà au moins rassuré. D'ailleurs, la chapelle San Michelet atteinte. Elle constitue mon point de départ pour la promenade envisagée. Chapelle pisane par excellence, elle est assez intéressante avec son damier bicolore irrégulier. Et malgré son âge, elle semble étonnamment bien conservée. La vue est presque panoramique depuis son parvis : les sommets sont effectivement blancs, et la démarcation que la neige y fait est assez curieuse, on dirait qu'elle a été saupoudrée dessus avec un pochoir tant elle est nette et tranchée. Soit.

Je me lance donc sur la piste. Bien indiquée d'ailleurs. Surtout qu'elle m'amène sur une route en bitume qui traverse le cimetière. Je radote, j'en ai bien conscience, mais ce genre de promenade n'est pas vraiment à mon goût en temps normal. Un premier sentier plus « naturel » s'offre à moi. Pourtant je continue à longer les hameaux, les maisons de particuliers me bordent. Si je n'observais pas autant d'espèces végétales au bord de mon trajet, je pense que j'aurais carrément couru comme un fugitif pour m'échapper de ce promiscuité à l'opposé de mes objectifs dominicaux... Ces plantes sont vues et revues, mais comme j'en dresse un inventaire à chacune de mes visites, je me force à prendre le temps de m'y attarder. Et qui plus est, chacune est unique : de par le lieux parfois insolite où elle croît, de par son développement, de par ses voisine avec qui elle se marie plus ou moins harmonieusement. Car oui, la nature est un tableau vivant. La beauté simple de ces agencements de verdure a ceci de merveilleux qu'elle reflète un savant dosage de hasard et de ce que je nommerais par exagération la volonté des plantes. Pas vraiment consciente certes, mais leur lutte pour profiter du soleil en étirant leur feuilles où il faut, leur quête d'eau par leurs racines, leur adaptation de forme et de disposition, tout çà fait que j'ai envie de les respecter comme des êtres vivants à part entière malgré leur vie végétative au sens premier.

Je retourne dans les hameau au milieu des habitations. Les demeures anciennes de village sont jolie, les fontaines de village sympathiques, mais je ne veux pas jouer au touriste de base. J'atteins la chapelle Saint Jean. Son style est bien différent de Saint Michel près d'où je suis parti. Elle a son charme portant, mais je ne m'en approche pas plus que çà, je suis un fugitif qui veux prendre la maquis, ne l'oublions pas. Direction la chapelle Saint Roch que mon plan indique. Cette succession d'édifices religieux marquerait-elle pour moi un pèlerinage à effectuer pour exorciser mes démons intérieurs qui me font éviter de côtoyer mes pairs en ce jour saint ? L’Homme voit de signes là où il veut bien les voir. C'est sûrement cette solitude qui me sied tant en balade, particulièrement avec ce ciel grisâtre en guise de plafond, qui m'amène alors à cette petite introspection sur ma misanthropie à peine dissimulée.
J'y travaillerai un autre jour, la chapelle est atteinte. Elle est surplombée par un pagliaghju, apparemment inaccessible, mais qui dispose de sa petite pancarte signalétique. C'est exactement comme à Rutali. La proximité des deux villages est alors flagrante, jusque dans les traditions pastorales des populations de naguère. L'église en elle-même n'est plus qu'une ombre : seuls subsistent les quatre murs d'enceinte, le toit est effondré et l'entrée est fermée par une grille rouillée. A l'intérieur rien de très caractéristique d'un édifice religieux. Pourtant je ne suis pas déçu. Je suis de ceux qui sont persuadés qu'il faut aller au-delà de la simple apparence des choses pour en accéder à la quintessence. Ce que cet endroit a été ne pourra jamais être changé, le passé est immuable car déjà accompli. Il devient de fait les fondations même de l'avenir. Imaginons que l'on veuille éluder les faits anciens, cela ne reviendrait-il pas simplement à virer les fondation d'une bâtisse ? Si l'on avait ce pouvoir, quel futur pérenne envisager ? J'extrapole, mais seulement pour bien faire comprendre qu'aussi ruinés soient les lieux de vie passés que j'ai croisé, je ne me permettrais jamais d’émettre un jugement bassement négatif à leur sujet. Je ne veux pas devenir un simple touriste en mal d'histoires superficielles à raconter aux collègues de bureau. Je suis un homme à la recherche de ses racines d'une certaine façon. Ni plus ni moins.

Après cet intermède, je reprends ma route en direction de la Croix des Quatre Vents, qui marque la proximité d'un pont génois non loin. L'accès depuis Saint Roch est forestier. Je dois dire que j'apprécie cette solitude retrouvée. Le pont traverse une rivière bien alimentée par le précipitations de la veille, et qui ne désemplira certainement pas de sitôt aux vues de la neige qui couvre les cimes. Direction la glacière, qui marquera la fin de mon périple du jour. C'est officiel, je suis au cœur de la forêt, pourtant, les marches grossières en pierre prouve que l'être humain est passé par ici. D'ailleurs, ces marches sont atrocement glissantes, je suis contraint de marcher au pas, au sens premier, pour tenter d'éviter de glisser... Mon bâton de marche trouve alors toute son utilité, quand jusqu'alors il était plus un fardeau sur la route en bitume du hameau.

J'atteins le fin de la route en forêt, je rallie la route départementale et dois la suivre jusqu'à la glacière. Cette fin de parcours me laisse sur ma faim. La glacière est présente, mais close, et juste au bord de la départementale. Après les glacières de Brando et de Cardo, je dois avouer que je m'attendais à autre chose, surtout par temps de neige, qui aurait dû m'évoquer les images de leur utilisation de jadis. Au moins sais-je à présent que Murato était ce ces villages qui se sont enrichi avec le commerce de la glace, c'est déjà une excellente chose en soi.

Mon retour est donc engagé. Le soleil commence à apparaître furtivement çà et là entre deux nuages. Il fait doux, très doux même. J'abandonne ma veste. Je veux profiter de ce contraste entre le paysage à priori froid et la douceur ressentie. Je vais pouvoir mieux fixer les images déjà entraperçues à l'aller. Finalement il y en avait pas mal. J'ai sûrement manqué quelques détails qui valent le détour. Je vais corriger çà. Arrivé à Saint Jean, le chemin propose une seconde voie pour rentrer. Elle passe par l'intérieur même du village. Je n'ai plus d'appréhension, j'ai envie de l'emprunter quelque part. Au diable les autres, au diable leurs regards sur ce type avec des chaussures de marche et un sac à dos qui n'est pas du village, qui sais, peut-être s'en fichent-ils royalement en fait ? Tu es un peu nombriliste mon vieux. Tu les salueras si tu les croises, s'ils te répondent c'est bien, sinon tant pis. Vis un peu plus pour toi et tout ira mieux.

Le Couvent, le lavoir, l'histoire même du hameau se dévoile donc en cette fin de visite impromptue. Merci de m'avoir reçu. Je n'en attendais pas tant en ce dimanche après-midi. Au revoir, à bientôt peut-être ?
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Les promenades du rêveur solitaire - Le couvent de Marianda en février 2013



Un récit en deux épisodes. Je me prendrais presque pour un scénariste de série à suspens. Étant déjà à Farinole pour visiter ses mines de fer, je vais également en profiter pour rejoindre les ruines du couvent de la Marianda qui domine la route d'accès au village. D'autant que les clichés que j'en ai vu sont plutôt flatteurs pour un édifice abandonné il y a plus de deux siècles, et que son accès ne me prendra que peu de temps vu que je suis sur place.

Oui, mais encore faut-il repérer le point de départ qui est sensé se situer sur le bord de la route. Le couvent est très facilement repérable vu qu'il domine les environs, mais rien ne m'a sauté aux yeux à l'aller pour y accéder. Je suis persuadé d'avoir plus de chances au retour, j'ai une carte et je sais que je peux aller tout doucement sur cette petite route presque pas fréquentée.

D'ailleurs, je finis rapidement par voir apparaître un petit panneau du même style que celui qui indiquait le sentier de la mine. Je me dis que j'ai tendance à me faire tout un monde de broutilles finalement. Je me cherche des difficultés là où il n'y a pas lieu d'en avoir. On ne se refait pas avec l'âge.

Un nouveau début de balade en forêt. Mais cette fois elle me semble plus sombre que la précédente. Ou peut-être est- le voile nuageux qui diminue l'intensité de l'ensoleillement. Rien de bien grave, je suis déjà à genou en train d'admirer les sempiternelles espèces forestières que je croise systématiquement en promenade dans les bois. C'est presque touchant quand j'y pense de voir cet émerveillement à chaque fois que j'énumère ce que je vois. Cette candeur presque enfantine, ce goût de la simplicité d'un bonheur éphémère et immédiat. J'en profite parfois pour étoffer mon palmarès d'espèces identifiées, j'ai de solides bases en botanique, mais je suis encore loin d'avoir la science infuse au sujet de tous les végétaux que je croise sur ma route. C'est d'ailleurs ceux que je n'arrive pas à nommer qui me marquent le plus, signe d'un perfectionnisme marqué. Au moins ai-je une motivation pour continuer à toujours parfaire mes connaissances. Finalement je n'ai pas plus à dire de la route du couvent en elle-même. Très courte mais agréable, rien de marquant, que ce soit en bien ou en mal.

Le couvent se montre enfin. Imposant, voir presque colossal vu que l'on finit la route brutalement à ses pieds. La façade est plutôt bien conservée, mais l'on voit d'emblée que le toit n'est plus et que les murs latéraux donnent des signes de faiblesse. L'un d'eux m'a même soumis un problème de logique. Le pan observé hors de tous les autres semble droit. Pourtant, mis en rapport avec celui avec qui il forme l'angle, on a l'impression qu'il penche dangereusement vers l'extérieur. Il va sans dire que cette vision a au moins eu le réflexe de me faire reculer de quelques pas, dans le doute.

J'assaille ce pauvre édifice mal en point de clichés, peut-être avec l'arrière pensée d'être un des dépositaires de sa dernière vision décente avant la ruine complète ? J'exagère certes, mais il est toujours affligeant de voir partir en décrépitude les monuments de notre patrimoine. Sous prétexte qu'elles n'ont plus d'utilité, doit-on laisser mourir les choses ? Si tel est le cas, quid de nous autres, futurs vieillards ?
Je m'égare. Mais après tout, un couvent n'est-il pas le lieu le plus propice par essence à ce genre de réflexion sur le sens des choses ? Si oui, alors qu'il soit dans un état si déplorable n'est pas ce qui importe. Tant que l'on saura qu'à cet endroit un couvent a été érigé, son souvenir seul, l'image véhiculée, suffiront à perpétuer sa raison d'être d'antan.

Je m'égare décidément de plus en plus. Il est vraiment temps de partir à ce stade de divagations. A trop intellectualiser les choses on finit par leur ôter leur essence même. Mes deux visites de la journée auraient mérité que je sois accompagné pour me canaliser un peu plus, et pour l'exploration des mines, et pour la découverte du lieux de culte... J'ai au moins joué les éclaireurs, encore de nouveaux endroits où je reviendrais certainement.
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Les promenades du rêveur solitaire - La mine de Farinole en février 2013


En ce moment je suis prolifique en terme d'escapades. Grâce à une météo plus que clémente pour un début février. Quand vous avez un soleil radieux, à peine voilé par moment, et des températures supérieures à 15 degrés (voire même 20 degré si vous voulez mon intime conviction), vous jureriez être au printemps plutôt qu'au cœur de l'hiver. Profitons-en donc pour effectuer une randonnée qui me trotte dans la tête depuis longtemps déjà : la visite des mines de Farinole.

La grotte de Brando m'avait plu. Ce monde souterrain où le silence n'est brisé que par le bruit presque spectral du clapotis des rares gouttes d'eau qui tombent est apaisant malgré l'impression d'enterrement procuré par le lieu en lui-même, si froid et sombre. J'ai envie de revisiter un peu ce royaume de ténèbres silencieuses, d'autant que, comme la grotte qui servait de glacière, ces mines ont constitué un pôle d'activité dans la région il y a longtemps. Apparemment sans grand succès d'après mes recherches sur l'endroit : souvent exploitées, mais tout autant abandonnées rapidement au cours de leur histoire... Y verrais-je une sorte de malédiction ?

En fait, ce qui a fini de me convaincre, outre la météo vous disais-je, c'est que cette fois le monde souterrain nécessite une petite heure de marche à travers le maquis. Une pierre deux coup, parfait pour moi. Les ténèbres ne se suffisent à elles-même qu'un temps, la lumière me rappelle toujours à elle.
Je débute donc ma quête du donjon, pardon, de la mine, à proximité d'une rivière qui marque la fin du hameau de Braccolaccia. Le début de la piste est bien indiqué et s'enfonce d'emblée sur un petit chemin ascendant en lisière de forêt. Je fais alors face au petit hameau sur tout son long : lui dans la lumière, moi dans l'ombre des arbres qui me surplombent. Je m'élève peu à peu, puis quitte ce repère presque rassurant pour m'enfoncer vers la montagne. En soi çà ne me dérange guère, c'est même l'un de mes buts principaux en balade. Mais la présence de forêt sur la route m'interpelle alors que je sais que je vais trouver les entrées de galeries au milieu du maquis. Combien de temps serais-je à l'ombre ? Je verrais bien, de toute façon çà doit faire moins qu'un quart d'heure que je suis en chemin.

En effet, la forêt s'achève bien vite, en laissant sa place à un maquis bas et même plutôt aride, ce qui m'étonne de par l'altitude faible. J'ai plus eu l'habitude de voir ce type de végétation aux étages supérieurs, mais passons. A moins que ce ne soit la mer en vue juste en bas qui me trompe ? Arrête de cogiter et marche, tu n'es pas encore arrivé. L'air de déjà vu de la végétation est en fait tout relatif : les essences présentes sont assez singulières de par leur nombre : la part belle aux aromates au sens large, romarins en fleur à foison ; immortelle en population fournie ; thym herba-barona bien représenté ; beaucoup de buissons de myrte avec leurs baies si astringentes dont je me délecte pour m'aider pour ma petite toux hivernale. Beaucoup de crocus également, que j'évite soigneusement de piétiner malgré leur discrétion entre les pierres du sentier. Et de nombreux genévriers, dont la présence était jusqu'alors restée anecdotique hormis en altitudes élevées.

Malgré cette explosion de vie végétale remarquable à mes yeux, le chemin est un peu monotone : un sentier caillouteux qui ne semble plus vouloir finir, c'est l'impression. De petits regards en contrebas vers la marine et ses vagues déchaînées comme tout le temps entrecoupent un peu cette lassitude. Mais j'arrive au but...

La première galerie se montre enfin : une ouverture béante dans le flanc de la montagne, cernée de rochers ruisselants d'eau. Des restes de rails et de traverses en bois sont à terre à l'entrée. Un flambeau improvisé aussi je pense : un bout de bois avec une sorte de chiffon enroulé au bout. J'hésite un instant à essayer de l'allumer, puis je me dit que ma torche électrique conviendra mieux à mon exploration.
Étrangement, je ne suis pas très rassuré cette fois pour pénétrer dans la pénombre de l'entrée de la mine. J'avais visité la grotte de Brando sans trop d'appréhension, en allant jusqu'au bout et tout seul. Je pensais être capable de réitérer l'exploit à la demande. Et là qu'est-ce qui te gêne ? Certes la sensation de malaise avait déjà montré son ombre la première fois, mais seulement une fois sorti des entrailles de la montagne. Cette eau ruisselante, ces rochers plus découpés que la falaise qui semblait lisse aux glacières, voilà ce qui te gêne... Une cavité artificielle à l'abandon n'est guère rassurante pour qui intellectualise beaucoup, beaucoup trop d'ailleurs. Est-elle bien étayée ? Le roche n'est-elle pas gorgée d'eau au point de lâcher sans crier gare ? Et ce panneau où on nous interdit d'entrer au début de la galerie, il est bien là pour quelque chose...

Pas rassuré, je me force néanmoins à faire quelques mètres dans la mine : à ma droite une galerie bloquée par des pierres. Effondrée ou bouchée volontairement ? Le suspens reste entier dans le sens où je ne m'en approche même pas. Une autre galerie se découvre à gauche, elle me semble longue et interminable vu que le faisceau de ma lampe de m'en montre pas le bout. Il suffit. Si c'est pour finir à moitié angoissé, je préfère sortir, d'autant qu'il y a semble-t-il encore deux mines non loin. J’espère avoir plus de chance, ou en tout cas moins d'appréhension.

Je reprends le sentier sur quelques mètres, une ancienne bâtisse ruinée, en rapport avec l'exploitation, apparaît juste au dessus de moi. Et avec elle la deuxième cavité. Elles se situent sur un petit plateau que seul surplombe la montagne au dessus de la seconde entrée. Un muret bas de pierres anciennes semble-t-il en limite en partie l'accès. C'est un trou béant, ou plutôt deux dois-je dire, une colonne de pierre assurant la dichotomie. Son sol n'est que gravats probablement excavés. Au fond on devine ce qui a du être une galerie, ou au moins une veine exploitée, mais qui est à moitié noyée dans cette roche. Je m'enfonce plus volontiers vers elle cette fois, ai-je parcouru une dizaine de mètres ? En tout cas je note avec un amusement certain qu'il pleut dans cette grotte, alors que le ciel est à peine voilé. J'évite les gouttes comme lors du mauvais temps, mais sous un toit... Cette fois, c'est plus le relatif agacement de finir mouillé qui me pousse à sortir me mettre au sec. Mais de toutes manières, il n'y a rien de plus à y voir...

Je profite un peu de la vue que ce petit plateau offre, sur la mer en face, le littoral de Saint Florent non loin, et les montagnes du Cap derrière. Ma quête d'obscurité finit-elle en plein jour ? Allez, direction la troisième. Encore faut-il la trouver, les indications sont très vagues, il est question de se jeter à l'aveuglette dans le maquis. Je n'ai rien contre cette solution, mais j'aimerai bien savoir ce que je dois chercher comme repère dans au milieu des herbes sans chemin. Je scrute les environ sur 360 degrés, j'essaie de trouver un semblant d'indice quant à un éventuel début de piste, même un vestige ancien qui le suggérerait. Mais rien. Cette imprécision a le don de m'exaspérer au plus haut point. J'ai certes du temps à perdre aujourd'hui, mais je n'aime pas çà. D'ailleurs, tant qu'à être à Farinole, j'ai bien un couvent dont j'ai entendu parler à visiter...

Mieux vaut tenir que courir, pas de troisième mine pour moi aujourd'hui. Je rentre vers Braccolaccia. En guise de conclusion de promenade, j'en ai une autre à faire...
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