Rechute...



... ou l'adaptation geek de "chassez le naturel, il revient au galop".

Çà faisait bien longtemps que je n'avais plus publié un quelconque billet en rapport avec mes penchants de technophile-bidouilleur. Perte relative d'intérêt vue que je vis très bien avec mon Ubuntu 13.04, et que la prochaine version qui sera pourtant imminente ne me titille pas outre mesure bien qu'elle soit le début d'une refonte majeure de la distribution. Mais là n'est pas le sujet qui nous intéresse dans ce message.

Cette fois, c'est mon smartphone qui revient au centre de mes attentions. Coupons court à tout pseudo suspens, c'est un One S de HTC, un milieu de gamme de l'an dernier, autant dire une antiquité à l'échelle des évolutions technologiques qui vous font croire que vous DEVEZ changer de téléphone tous les ans pour profiter de la dernière invention révolutionnaire que l'on veut essayer de vous imposer. Dès le départ, la bête m'a plus : relativement petit et fin, avec des matériaux nobles (comprendre coque tout aluminium), en bref une bonne bouille, et surtout une bonne qualité sonore en appel, une autonomie incroyable pour un smartphone actuel, et surtout un système plutôt bien fait qui cadre à mes besoins.

C'est grâce à lui d'ailleurs que j'ai refréné mes pulsion de bidouilleur invétéré. Par la passé, j'ai eu pour habitude d'attaquer au plus profondément possible mes appareils, toujours en quête de la nouvelle fonctionnalité que telle ou telle modification du cœur du système pouvait apporter. Parfois en bien, voire très bien, parfois en mal. Instabilités de l'engin, perte de fonctionnalités au contraire. Le lot de qui s'adonne à ce hobby. Avec le One S, je me suis calmé vu que tout m'a convenu d'emblée. L'interface Sense de HTC, pourtant souvent décriée par las futurs ayatollah prépuberts qui jonchent les fora spécialisés, n'a rien à envier au sacro-saint Android pur. Restez ici, mon but n'est pas de vous perdre par ces noms cabalistiques, je vais revenir à un propos plus compréhensible.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en somme. Je le déverrouille simplement, des fois que çà puisse servir au cas où, vu que de toutes manière je n'irais pas plus avant dans la bidouille. J'estime avoir les capacités d'avoir un téléphone complètement ouvert à mes lubies, je sais ce que je fais quand je le trafique, je suis loin d'être un débutant. Et pourtant, un an et demi plus tard, je reste sage. Il faut dire que cet engin me sert, outre de téléphone, de GPS et d'appareil photo lors de mes balades (dites-lui merci en passant pour les images de panoramas et de végétaux). Le risque d'altérer l'une de ces précieuses fonctions est le garde fou ultime.

Mais ces jours-ci, tout a basculé. Une mise à jour officieuse et inattendue pour un appareil aussi vieux a fuité. C'est de source officielle, même si son obtention est certainement quelque peu détournée. Une avancée majeure : une refonte complète de la bête nous est présenté. Je patient encore sagement, mais l'intérêt est capté. Premiers retours d'utilisateurs : les doués sont ravis, l'engin reste complètement fonctionnel et stable, voire plus encore ; les abrutis qui sont incapable de lire des instructions se heurtent à des écueils infranchissables malgré les recommandations d'installation en lettre de sang surdimensionnées et en caractère gras... Ces gens-là devraient être interdits de petits bijoux technologiques aussi avancés. Snobisme de celui qui a reçu l'illumination certes, mais d'un point de vue bassement terre à terre, dézinguer un appareil à plusieurs centaines d'euros par manque de jugeote est franchement idiot...

En brave élève bien avancé, avec ces fichiers j'ai reconstruit un système dans son état d'origine pur (vous noterez que je n'ai pas dit : "j'ai reconstruit une ROM vanilla à partir du dump", même si ç'aurait été bien plus court à écrire). Et j'ai sauté le pas. Le stress. Celui qui vous étreint quand vous remontez sur un vélo vingt après la dernière fois où çà c'est produit. Et ce soulagement quand vous vous apercevez que vos réflexes sont toujours là, même si un peu rouillés par le temps.

Peut-on dire que j'ai "modifié" mon appareil ? Certes, je l'ai déverrouillé à la base, c'est à condition sine qua non quand on veut avoir la possibilité de s'éloigner des sentiers tout tracés. Mais c'est pour repartir sur une base non trafiquée. Est-ce vraiment la rechute annoncée en titre, ou bien juste une évolution prévisible pour un smartphone qui prend de l'âge ? Peut-être ai-je seulement forcé le destin, précipité l'inévitable.

Ou peut-être avais-je juste envie de renouer avec l'intitulé premier de mon blog ?
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La croix de Stella, en août 2013


Je déteste rester sur le goût insipide de l'inachevé. N'avoir pas atteint le sommet de la forêt de Stella fait partie de ces actes littéralement manqués qui vous sapent de l'intérieur. Et par deux fois qui plus est. L'heure de la revanche a sonné. Le mentor est de retour. Nous avons appris de nos erreurs, travaillé notre plan d'attaque. Aujourd'hui, la cime de Stella sera notre. Quoi qu'il nous en coûte. Cette introduction presque militaire peut sembler disproportionnée, pourtant c'est dans cette optique presque conquérante que nous aborderons notre marche du jour. Buter sur un objectif aussi facile de prime abord a piqué au vif nos ego. Non pas que nous ayons quoi que ce soit à prouver au monde, nous aimons marcher pour la marche en elle-même, pour ce bien-être d'après l'effort, pour ces panoramas magiques qui se dévoilent à nous, pour cette introspection qui s'installe au cours de la marche, qui vous fait réfléchir sur tout et rien à la fois, mais toujours libéré de la routine qui pourrait parasiter la pensée.

Le temps est radieux par ailleurs. Ne tient plus qu'à nous de trouver définitivement la voie. Je me serais cru bien parti lors de mon retour solitaire, mais les brumes épaisses et l'heure avancée dans la journée automnale m'avaient contraint à ce cessez-le-feu, à arrêter l'assaut. En tout cas avais-je eu alors le privilège de voir lentement le soleil se coucher au milieu de la brume alors dissipée, avec tout le camaïeu de lumière associé. Nous reste un sentier pour y aller, celui-là même que le promeneur croisé la première fois nous avait déconseillé de prendre, soit-disant obstrué par la maquis. Avait-il le secret de la crête à défendre en nous mentant ainsi ? Était-il de bonne foi, la nature automnale abreuvée par les pluies avait-elle grossi à ce point ? Il n'empêche que l'on m'a par la suite confirmé qu'un accès aux hauteurs y était bien. Nous en aurons le cœur net.

Avoir toujours le but dans son champ de vision présente au moins cet avantage que vous connaissez en permanence la direction générale à emprunter. On pourrait aussi y voir un début de frustration quand on ne sait pas au juste si l'on va l'atteindre, mais il faut savoir aller au-delà de ces considérations bien trop terre à terre pour se recentrer sur le parcours en lui-même.

Pas de surprise pour le début. Ce sentier plutôt plat, voire même descendant, large et certainement carrossable pour qui aurait les véhicules adéquats, est désormais presque connu dans ces moindres lacets. Le doute n'y est pas permis d'ailleurs tant il est nettement tracé. Et là arrive cette bifurcation, celle-là même que nous avions pris la toute première fois, celle-là où nous avions vite fait machine arrière pour écouter les conseils prodigués. Allons-y mon ami, nous n'avons rien à perdre, et au contraire, nous aurons tout à gagner à grimper autant, même si la route ne mène pas directement à la croix sommitale, nous trouverons toujours une route en longeant la crête. En tout cas, c'est ce que nous nous efforçons de vouloir croire. La route grimpe, la route serpente lascivement, mais la route nous rapproche toujours un peu plus du sommet. C'est de l'obnubilation pure et simple : nous en oublierions presque tout le reste, focalisés comme nous sommes sur cette cime qui nous nargue mais nous échappe.

Les lacets du sentiers sont de moins en moins à notre goût. Nous cherchons au-dessus si nous n'apercevons pas d'autre bout de sentier, le tout dans le but tacitement convenu de couper à travers la maquis. A peine une ébauche de ce qui semblerait peut-être constituer un reste d'ancien chemin, et nous voilà à nous frayer un passage entre les bruyères, les arbousiers et les ronces. A y réfléchir à posteriori, nous devions vraiment être remonté à l'extrême pour nous faufiler ainsi, et supporter les griffures et autres piqûres joyeusement infligée par la végétation. Nous avions alors regretté l'absence de pantalons longs, délaissés au profit des shorts vu qu'il faisait chaud. Cet éclair de lucidité fut rassurant pour attester d'une santé mentale pas encore complètement défaillante.

En fait, le chemin entraperçu n'en est pas vraiment un. La raison, en temps normal, nous aurait fait revenir sur nos pas, et reprendre une autre voie moins ardue. Mais là, grisés par je ne saurais clairement dire quel maléfice, nous continuons inexorablement à nous enfoncer dans ces buissons inextricables. Bon gré mal gré, nous arrivons toujours à avancer. Les branches nous griffent, nous retiennent tant qu'elles le peuvent, les ronces nous aiguillonnent pour tenter de nous faire battre en retraite. En vain. Nous sommes conscient dès cet instant que nous ne sommes définitivement pas sur une voie conventionnelle pour le sommet, nous savons que nous en baverons, sans vraiment vouloir nous l'avouer. Nous ne sommes pas dupes, mais que faire ? La retraite semble difficilement envisageable de toute manière. Nous ne sommes pas perdus dans le sens où l'on sait que l'on doit rejoindre ce fichu sommet qui semble presque nous narguer en étant si près et si inaccessible à la fois. Là on va vraiment devoir jouer contre la nature pour une fois : on va devoir inventer notre chemin, et voir qui de nous ou d'elle aura le dernier mot.

L'adversaire est pour l'instant de valeur, mais nous sommes deux, le travail d'équipe sera notre planche de salut. Séparément, cette entreprise aurait été même impensable, du moins pour moi, toujours un peu timoré quant il s'agit de s'éloigner d'un gentils petit chemin bien défini dans sa forme ou son marquage. L'émulation fera des merveille, hors de question de baisser les bras de façon unilatérale, tant pour ne pas décevoir que pour ne pas perdre la face. C'est bien mesquin finalement comme motivation, mais çà fonctionne jusqu'à présent. Pourtant l'environnement semble vouloir mettre un point d'honneur à nous en faire baver. Les ronces rampantes deviennent des murailles d'épine impénétrables, les buissons s'arment eux-aussi de piques acérés, les bruyères resserrent les rangs comme pour nous bloquer net dans nos tentatives d'assaut. Et la pente des flanc de la montagne devient de plus en plus abrupte et nous accule de plus en plus souvent au vide. Tous ces éléments mis bout à bout égratignent parfois notre motivation, mais sans autre réelle alternative, nous explorons toutes les failles de cette défense pour continuer notre avancée. Et parfois même, nous admirons pour ce qu'ils sont ces moyens de torture mis en place. Cette végétation majestueuse en fait, ce panorama des hauteur comme si l'on étaient déjà tout en haut. Adversaire de valeur, avouons-le.

Nous sommes à force de de persévérance au pied du promontoire final. Et celui-ci grimpe presque à la verticale. Grande joie pour qui souffre de vertige. J'ai failli une fois en présence de mon camarade de route, plutôt crever que de réitérer cette défaillance, surtout si près du but. On grimpe, on escalade, de rocher en rocher, sans regarder en arrière pour ma part. La montagne semble relâcher sa garde, peut-être a-t-elle conscience que jamais nous n'abandonnerons. Peut-être a-t-elle même pris pitié de ces deux pauvres erres autant motivés qu'égarés. Elle seule le sait. Le fait est que cette ascension, quoique rude, semble être une sinécure après avoir dû ramper comme des bêtes pour pouvoir arriver jusqu'ici. Cette varappe finale aurait presque des airs solennels : dans l'ombre de la montagne, luttant pour rejoindre la lumière de la croix au sommet. La motivation religieuse est loin d'être notre moteur initial, et pourtant l'apparence est tout autre. Le chemin détourné et sinueux emprunté, puis cette accession à l'illumination, ont de faux semblants de quête initiatique, avec ce rempart de prime abord infranchissable qui finit par céder à force de persévérance pour aboutir sur l'absolu tant convoité.

Mais je digresse. Nous y sommes enfin au sommet. La croix est devant nous. Et devant elle, dans son petit abris, une statuette de la Vierge. Une nouvelle fois la religion démontre qu'elle peut être un moteur de prouesse pour l'Homme, le forçant à dépasser ses limites, et parfois l'entendement, en son nom. Certes, la route classique pour y accéder est bien moins ardue, paraît-il vu qu'à cet instant nous ne la connaissons toujours pas, mais il n'empêche que le lieux doit servir de pèlerinage. En témoigne cette écharpe du club de football local accrochée à la croix. La grâce céleste est demandée pour bien des choses il semblerait... Une nouvelle fois, un panorama extraordinaire s'offre à nous. Toujours avec les mêmes composantes, toujours les mêmes monts au loin : le Stellu, le San Anghjulu, le San Petrone. Dans une moindre mesure le Pignu qui semble porter Bastia en son sein. Et en dessous la plaine, et l'étang. La même histoire vue sous différents points de vue. Cette recette cinématographique efficace quoique parfois un peu éculée. Ces légères et subtiles variations, ces éléments plus ou moins visibles selon l'endroit.

Assis sur le muret de pierre autour de la maisonnette de la Madone, nous goûtons à quelques instants de répit contemplatif durement mérités. Nous avons une après-midi magnifique avec un ciel azur, un soleil éclatant mais dont les rayons de cette fin d'été ne vous agressent pas. Une bise légère pour sécher cette suée. Ne nous reste qu'un seul point d'incertitude : par où redescendrons-nous ? Il sera inconcevable de revenir sur nos pas, et à cause du vide, et à cause du maquis bien trop dense. Nous étions partis avec en tête ce postulat simple, qui est que, une fois au sommet, nous n'aurions qu'à suivre le sentier usuellement emprunté. Un peu comme chercher la sortie du labyrinthe en commençant par la fin, comme en pleine enfance. Mais ici, nul sentier bien visible ou évident à suivre. Quelques marques çà et là, beaucoup d'improvisation en perspective. Nous savons qu'il nous faudra nous enfoncer dans la forêt de Stella, et cette idée ne m'enchante pas vraiment sans savoir au juste par où avancer. Tant qu'il était question de suivre une pointe bien visible, finalement, on pouvait aller presque n'importe où sans risque de se perdre. Mais avec la visibilité restreinte de la forêt, nous devront redoubler de vigilance et aiguiser nos sens de l'orientation respectifs en les poussant à leur paroxysme. Il est temps de nous lever sur ces bonnes paroles, et de nous lancer dans notre retour aux terres du dessous.

Il n'est effectivement pas vraiment plus facile de trouver le départ du sentier qui nous ramènera à notre départ. A travers bois, au milieu de cette forêt dense, à nous de deviner notre chemin. J'ai toujours tendance à imaginer le pire, je nous vois déjà errer jusqu'à Rutali, comme on m'a dit que le chemin y arrivait. Mais je me ravise bien vite, nous nous orientons vers la localisation supposée du chemin, et nous descendons peu à peu. D'après ces éléments, nous sommes en bonne voie. Et d'ailleurs, mes doutes se dissipent bien vite, et d'une manière parfaitement inattendue : au détour des arbres, une sorte de petite clairière se dessine. Herbe rase, relativement plane, ouverte sur la plaine en bas. Et avec un foyer aménagé en son centre. L'image est familière, l'image est rassurante. Je connais cet endroit. Et pour cause, ce fut là que je devais m'arrêter lors de ma tentative solitaire d'atteinte du sommet. Je me croyais alors bien loin de mon but, presque perdu, et voilà que j'apprends que je n'était plus qu'à quelques foulées de l'illumination ultime de ce jour embrumé. Ce retournement de situation impromptu m'arrache une exclamation qui doit probablement surprendre mon compère qui n'est alors pas dans le secret des dieux. Quelques mots pour lui expliquer mon allégresse subite après ces moments de doute quant à la réussite de notre entreprise, et voilà que nous pouvons désormais nos poser en conquérants, la fin de la route étant désormais toute tracée par la piste que nous avons enfin rejoint.

Certes, l'effort n'est pas encore fini, mais quel soulagement de se savoir sur un sentier tout tracé après ces pérégrinations sauvages et irraisonnées à travers les fourrés et les piquants. Nous commençons dès lors nos discussions rétrospectives sur notre aventure pourtant encore toute fraîche, comme si nous avions déjà rejoint nos pénates, bien assis, en train de profiter de ce moment de calme après la tempête, ce moment délicieux où le corps se remet de l'effort, où l'esprit apaisé par la coupure se laisse encore un peu divaguer pour prolonger le plaisir... Et le point d'orgue de notre journée sera définitivement notre victoire, si l'on peut s'exprimer ainsi, sur cette pointe narquoise qui nous a résisté si longtemps. Bien terre à terre comme approche, et pourtant si réelle.


Arrêtons donc là ces considération, il nous faut encore marcher un peu pour terminer effectivement notre boucle...
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Sur le GR20, au départ du refuge de l'Onda, en août 2013


Il bruine, le vent souffle, les nuages fondent littéralement sur nous tout en étouffant les cimes alentours. Il fait frais, presque froid. Et pourtant nous sommes en août. Le climat montagnard cache définitivement bien son jeu. Le contraste avec la veille au soir, où le soleil réapparaissant comme pour nous réconforter un peu de sa chaleur avant la nuit, ce contraste est saisissant. La nuit fut pourtant réparatrice, hormis quelques bourrasques de vent, pas de réveil trop forcés. Et malgré le fait que nous nous soyons installé en tente, pas vraiment de problème de température. La technologie fait des merveilles à ce sujet apparemment, malgré mon scepticisme relatif.

Cette météo déplorable remet en cause le bon déroulement de nos plans. Et surtout, c'est le fait que la veille encore, tout le contraire était prédit. Un soleil radieux devait nous accompagner pendant encore au moins deux jours. Seule l'étape finale aurait dû être couverte. La versatilité du temps en montagne n'est encore une fois plus à démontrer. Mais nous devons en avoir le cœur net : refroidis par notre Mare a Mare sud où nous avons été trempés la majeure partie du temps, nous ne souhaitons définitivement pas réitérer l'expérience. Demandons au patron du gîte s'il a des informations sur les prévisions météorologiques, c'est ce que nous aurons de mieux à faire, en espérant que cette grisaille automnale soit juste une façon facétieuse pour la montagne de nous réveiller.

Ce n'est pas le cas semble-t-il. On nous annonce cette grisaille accompagnée de vent pendant au moins deux jours. La fête est gâchée. Pas vraiment de discussion à avoir, il est temps de songer à la retraite dans cette débâcle annoncée. De là où nous sommes, à part rebrousser chemin, il nous reste l'opportunité de rallier Tattone, d'où nous pourrons rejoindre Corte en train pour récupérer nos véhicules. Cette option présente l'intérêt supplémentaire de nous faire longer pendant une petite heure le sentier initialement prévu. Des fois que, pris de pitié, le temps ne se décide à passer au radieux... Même si j'ai signé cet reddition, je me sens toujours l'âme de la résistance au fond, pour tenter le renversement de situation ultime si l'occasion se présente.

La remise en route est du même acabit que le début morne de la matinée. Voir même encore plus sombre. Nous attaquons par une traversée de forêt de ténèbres malgré le fait que l'on soit en plein jour. Preuve s'il en fallait encore une que les nuages sont intensément dense tout autour. Cette noirceur peut sembler anecdotique, mais pour nous avoir marqué tout deux, il n'en demeure pas moins qu'elle en aura été notable. Premier point confortant l'hypothèse de la débâcle. Au sortir de ces bois, des coups d’œil furtif sont jeté périodiquement vers les hauteurs. Définitivement notre route prévue initialement est inaccessible à la vue. Second point en la défaveur de la poursuite de l'aventure. J'ai l'impression de revivre ces moments où le Paradis m'a été interdit par quelque volonté supérieure. Cette sensation d'une force omnipotente qui vous fait clairement comprendre que vous n'êtes pas bienvenu, sans pour autant vous dire pourquoi. Çà rajoute au sentiment de frustration de l'échec. Et pourtant il n'y a rien à faire contre. L'acceptation est la dernière façon de sauver l'honneur dans la retraite.

Notre fuite longe une rivière au gré des détours d'une piste. Le chemin est tracé, le sort en est jeté. Un peu comme le condamné juste après la sentence, sur la route de l’échafaud. C'est certes exagéré, mais c'est cette idée de contrainte qui m'est alors le plus insupportable. Autant nous étions relativement libre dans notre route prévue en direction de Vergio, même si elle devait suivre évidement le tracé du GR20, autant il nous aurait été possible au moins d'en improviser quelques parts, comme à notre habitude, si nous avions décrété que couper court dans les buissons ou bien par une pente aurait été plus rapide. Et surtout, cette quête permanente des traces rouges et blanches, signes de notre bonne voie, aurait ajouté du piment à cette aventure pourtant si ben cadrée. Et là, nous en sommes réduits à longer une piste. Pas de questions à se poser, pas d'initiatives à avoir. Le tout sous cette grisaille narquoise.

Bientôt nous atteignons le petit gué qui aurait du nous laisser poursuivre nos projets initiaux. Nous nous en détournons bien assez tôt. La rupture est consommé. Le deuil de notre tronçon de GR20 est désormais de rigueur. Pourtant, comme un déclic, avoir dépassé ce cap permet de retrouver un certain intérêt au trajet que nous suivons. Après tout, nous sommes toujours en pleine forêt, bordés par les hauts sommets de l'intérieur. Le vivant et le minéral mêlés de la façon la plus brute et authentique qui se puisse. Ces arbres séculaires immenses, ces herbes rases juste au bord du sentier, ces rocs affleurant çà et là entre les troncs. Et ce soleil qui semble nous narguer à poindre dans la direction où nous nous rendons désormais, alors que notre ancien but est toujours embrumé. Soit. Si tu veux la jouer ainsi, au moins je ne te laisserais pas savourer une amertume provoqué par cet échec tout relatif finalement. Qu'est-ce qui prime après tout ? Ajouter une randonnée à un palmarès, ou bien profiter de ces petits moments agréables offert malgré tout ? Soyons quelque peu épicurien pour l'occasion. A trop chercher l'excellence, tout ce que l'on récolte, c'est de gâcher ces petites perles isolées que la vie vous offre. Je n'en ai pas envie en fait. Donc profitons de l'instant.


Quitte à sembler couper court dans le récit, je préfère en rester sur cette note positive. Nous avons rapidement rejoint la gare de Tattone, en nous payant le luxe d'avoir notre train dans les minutes qui ont suivi. Fin d'aventure prématurée, mais séjour très appréciable. Désormais il fait insolemment beau. En bons perdant nous nous arrêtons tout de même déjeuner aux abord de la route vers Vergio où je dois récupérer mon véhicule. Sans rancune. La partie future qui servira de revanche n'en sera que plus belle...
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Relooking extrême

Pour la rentrée le blog fait peau neuve.

La peinture est encore fraîche, les finitions arriveront, mais j'ai adopté un nouveau template vu que les styles dynamiques de Blogger me faisaient des misères...

Le contenu est simplifié tout en restant facilement accessible (à mon sens), pas de fioritures superflues, et pas mal de prises de tête avec le fichier du thème que j'ai choisi d'adapter à mes besoins et envies. Çà réveille les neurones ces fichiers XML où se mêlent CSS, HTML, PHP et JavaScript. Surtout quand vous ne maîtrisez vraiment aucun de ces langages, et n'en connaissez la syntaxe que de la moitié.

En bref, je continue de peaufinez, et surtout de vous donner mes récits hebdomadaires.

Bonne lecture.
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A l'assaut du GR20 : de Vizzavona au refuge de L'Onda, en août 2013


Une nouvelle étape est franchie. Je m'attaque vraiment au GR20. En tout cas, essayera-t-on avec mon compère des grandes expéditions. Moi je débute, lui devrait le terminer. Passation de flambeau, symbolique de la transmission de cette passion commune. On pourrait longuement épiloguer à ce sujet en extrapolant la signification profonde de ce rite, mais au final, n'est-ce pas simplement justement l'intérêt pour la marche qui nous a motivé, et point barre ? Nous envisageons de rallier Vergio au départ de Vizzavona, ce qui nous promet quatre jour d'expédition et une logistique qui se doit d'être au cordeau, d'autant plus que mon créneau de disponibilité ne m'en permet pas plus... Un vrai défi en somme. Mais tien qui ne nous rebute.

Il nous faut de nouveau nous lever avant l'aurore, afin de laisser un véhicule à chaque extrémité de notre route. Vergio est tout de même assez reculé. Mes vagues souvenirs scolaires d'une sortie organisée là-bas pour mes six ans sont flous quant au trajet, le quart de siècle qui les sépare d'aujourd'hui explique cet état de fait. Avec les premières lueurs de l'aube, les lieux traversés dévoilent leur beauté virginale et paisible, exempte de toute souillure de ces journées d'été où les touristes grouillent et envahissent les bas-côtés de cette route pourtant si étroite, au mépris des règles élémentaires de sécurité et de la bienséance. Là tout est calme. Tout juste éclairés, les flancs abrupts des massifs qui nous bordent prennent encore une tout autre dimension bien plus vertigineuse que le reste du jour. C'est d'une beauté effroyable que ces rocs saillants à l'allure si agressive, et pourtant qui nous enserrent comme on berce un jeune enfant dans ces bras. L'heure matinale, les détours de la route accentuent cette impression de berceuse propice à vous replonger dans les songes d'une courte nuit d'été. Morphée fort heureusement doit être tenu en respect par cette barrière minérale. Le trajet peut donc bien se poursuivre.

Premiers paysages saisissants. Le reste de la logistique du transport présente un intérêt bien moindre, donc nul besoin de s’appesantir dessus. Nous somme dorénavant à Vizzavona, et ne nous reste plus qu'à nous mettre en marche. Le mythique GR20 est indiqué, ainsi que les cascades des Anglais. Nous partons au milieu d'une foule presque obscène pour ce genre de trajets : peu de gens avec un véritable gros sac, beaucoup de familles avec des jeunes enfants, et les célèbres promeneurs en sandales et autres chaussures légères ouvertes. Je ne fais pas tout de suite le rapprochement avec le fait qu'une bonne partie de cette foule s'arrêtera aux cascades pour y passer la journée à se rafraîchir au milieu de la forêt. Je ne dois pas encore être vraiment bien réveillé, ou peut-être suis-je tellement obnubilé par notre but que je ne prête pas vraiment attention à ce genre de détails.

Pour notre part, nous suivons le sentier forestier qui s'avère débuter tout doucement, ce qui explique le succès des cascades auprès du grand public. D'ailleurs, une fois celles-ci croisées, nous n'y prêtons même pas vraiment attention. Nous nous avouerons plus trad sur le chemin nous être attendu à des chutes d'eau plus imposantes. Là il était plus question d'une rivière étagée avec des petits torrents pour assurer le flux de l'eau. Mais bon, n'ayant pas eu dans l'idée de nous y arrêter et d'en profiter, nous n'en éprouvons aucun regret. Nous avons une longue marche qui nous attend pour cette étape initiale, et un dénivelé respectable surtout. En effet, nous contournerons le Monte d'Oru jusqu'à attendre la crête à plus de deux mille mètre d'altitude non loin. On nous promet une balade vertigineuse, j'appréhende un peu mais ne veux pas me formaliser sur l'hypothétique vide. Je me rassure en me disant que personne n'aurait été assez idiot pour faire passer un sentier dans un endroit vraiment dangereux. Est-ce juste un moyen d'apaiser mes craintes ? Nous le verrons bien.

L'ascension ne se fait plus prier au sein même de la forêt. Par moment, les premiers passages d'escalade où je m'aide des mains pour gravir la roche commencent à apparaître. Le ton est donné. A l'ombre des bois, il fait bon malgré la journée estivale où le soleil règne pour l'heure sans partage sur le ciel, et surtout malgré l'effort qui gagne de plus en plus en intensité. Mais ce répit frais touche bientôt à sa fin. Les pentes se découvrent peu à peu, la végétation s'arase, la roche paraît de plus en plus présente. Et nous sommes désormais cernés par les flancs du Monte d'Oru et des massifs environnants. On se croirait volontiers prisonniers de la montagne quand on voit ces murailles défiant le ciel tout autour. Quand on pense qu'il faudra dépasser ces crêtes tôt ou tard, on frôlerait presque le découragement. Et pourtant nous continuons notre ascension, inexorablement. Comme toujours, l'effort rude nous pousse par moment à nous arrêter reprendre notre souffle, et comme toujours la reprise de la marche consiste à se faire violence. D'autant que le dénivelé du chemin ne va que croissant. Les pauses se multiplient entre les paliers désormais minéraux. Les flancs ocre clair et vert donnent merveilleusement sous le soleil. C'est dur, mais c'est beau.

Les premiers nuages s'agglutinent sur le sommet du mont, ainsi que sur les crêtes voisines. Pas encore inquiétants, en tout cas ne ressemblent-ils pas à des nuages gorgés d'eau, prêts à fondre sur nous. Mais la méfiance est de rigueur. Pour l'heure, la marche devient varappe, littéralement. Certes, il nous arrive parfois de dévier un peu du sentier si l'on estime que la voie est plus courte, même si plus raide, mais bien souvent, c'est le sentier balisé lui-même qui est ainsi. Paradoxalement, je suis plus content de devoir le gravir que de le descendre, tant j'estime que cette pente s'avère raide. Mon vertige sous-jacent persiste donc bien malgré mon travail sur moi au gré de ces ascensions. Je ferai avec. La seule volonté de toujours avancer jusqu'au but est pour l'heure un moteur suffisant. Les cuisses sont en feu, les chevilles malmenées par cette marche sur les éboulis, les épaules deviennent pesantes à cause du bardas pourtant allégé au maximum. C'est un chemin de croix en fait. Comme si nous devions expier quelque faute à nous infliger cela sans trop sourciller. Pourtant je suis content d'être là. Content de m'attaquer au mythique sentier de grande randonnée de l'île. Cette étape initiatique aussi aérienne lui fait mériter sa réputation de chemin difficile. Et j'y suis, alors qu'il y a presque exactement un an jour pour jour je m'initiais à peine à ces plaisirs simples de l'escapade sauvage. Dommage qu'il ne soit pas vraiment propice sur ces couloirs étroits de marche bordés de vide de se laisser ainsi trop aller à l'introspection...

On voit la crête, mais on ne semble pas s'en approcher malgré nos efforts. Entre Sisyphe et Tantale, le supplice est sournois. La persévérance est notre seule arme. Pas après pas, mètre après mètre, l'ascension suit son cours. Au bord de la libération, il nous faut alors déambuler sur une plaque de roche plus verticale qu'horizontale. Si bien qu'en me mettant presque à quatre patte pour m'aider, j'ai plus l'impression de me hisser à la force des bras qu'à celle de mes jambes. A y repenser, j'ai bien fait de ne pas regarder derrière. J'imagine bien l'image vertigineuse que j'aurais pu y voir. Et j'ose à peine songer au déséquilibre possible provoqué par celle-ci, à me voir ainsi virtuellement dans le vide, avec le moindre faux pas qui me ramènerait bien trop rapidement et brusquement quelques dizaines de mètre en contrebas... Comme quoi il est parfois bon de ne songer qu'à avancer, comme avec des œillères.

Le soleil se voile quelque peu. Comme effarouché par notre arrivée brutale sur la ligne de crête. Pourtant nos intentions sont bonnes. Nous soufflons un peu, désormais il nous faudra simplement descendre jusqu'au refuge, ce devrait être plus reposant. Mais pour l'heure, le sommet du Monte d'Oru nous salue. Presqu'à notre portée, il n'en demeure pas accessible directement pour autant. Si notre objectif n'avait pas été tout autre, une visite aurait été plaisante malgré la rudesse des pentes. En tout cas, cette idée fugace nous quitte bien vite quand nous nous retrouvons pris dans le nuage bloqué au sommet autour de nous. La vision est presque surréaliste : cette cime assombrie par l'ombre de la nuée et ces bancs de brume, au-dessus de la vallée encore nimbée de soleil. On imaginerait bien plus volontiers l'inverse à cette altitude. L'air se fait plus frais dès lors. Encore bien supportable certes, mais il semble nous enjoindre de reprendre la marche. D'une certaine façon, on pourrait penser que la montagne veille sur nous en nous forçant à arriver au refuge avant la nuit, d’autant que nous somme effectivement partis relativement tard dans la matinée pour satisfaire à la logistique des véhicules.

Nous repartons. La montée fut raide, la descente l'est tout autant, voire même encore un peu plus. Le chemin est bien visible, mais la brume est désormais plus dense tout autour. Elle nous offre des visions sublimes de pics rocheux qui se devinent à peine, comme des ombres chinoises à travers elle. Leur aspect déchiqueté accentue la dureté de ce chemin rocailleux qui semble nous mener droit au vide. C'est d'une beauté infernale. C'est la beauté du prédateur : on sait qu'il peut nous tuer à tout instant, et pourtant on admire la perfection de ce danger qui nous guette. Comme pour accentuer encore la lourdeur du chemin, au gré d'un de ces détour nous découvrons la plaque dédié à la mémoire de l'alpiniste Jean Laudincurt, décédé sur cette route. Quand on songe qu'un montagnard chevronné a pu y laisser la vie, on remet aisément en doute sa propre capacité à achever le circuit malgré le fait qu'il soit parfaitement balisé et documenté. Quelques courts instants de recueillement respectueux, et nous voilà de nouveau prêt à affronter cette route imprévisible.

Peut-être touchée par notre marque de respect, le chemin semble devenir moins pentu. La fin sera-t-elle reposante ? Nous sommes fourbus. Une nouvelle fois nous nous sommes levé très tôt pour nous infliger des heures et des heures de marche pour le moins sportive au milieu de nulle part. Même si nous l'avons fait sciemment et que nous ne pouvons pas nier notre attachement à ces moments de paix absolue au milieu de l'Eden préservé de nos monts de l'intérieur de l'île, c'est tout de même éreintant. La Nature doit le sentir, désormais elle tente de nous réconforter avec de doux rayons de soleil qui percent les nuages sur nous. Un peu comme ce sourire discret que l'on offre parfois en signe de sympathie quand on estime ne pas avoir besoin de l'exprimer plus ouvertement par des mots. Cet encouragement presque imperceptible mais qui compte souvent plus que n'importe quelle autre ovation. De quoi motiver nos pauvres jambes à nous traîner encore un peu, toujours plus bas en quête de notre lieu de repos du soir.
Au loin des cavaliers. Improbable comme apparition, mais après l'étape où l'on s'assure de n'avoir pas la berlue, le signe de la proximité du refuge est indéniable. En effet, les installations nous apparaissent peu à peu. « Installations » est un bien grand terme, on a quelques bâtisses de pierre et une sorte de grand champ où les tentes ont poussé. Pourtant, on jurerait être en passe d'arriver dans le plus luxueux des palaces tant le repos nous est désormais cher. Nous sommes loin d'être seuls, la notoriété du GR20 n'est pas déméritée. Quand nous y arrivons, c'est à la version moderne de la tour de Babel que nous avons droit : toutes les langues, tous les horizons. C'est presque incroyable de penser que notre grand sentier de randonnée attire autant de personnes venue d'aussi loin pour le fouler. Il n'empêche que nous nous mêlerons le temps d'une nuit à cette foule, dont une partie nous suivra dans notre chemin, et l'autre se contera de nous croiser.

L'heure est au repos et à la détente après ces mètres gravis assidûment durant toutes ces heures. Nous bivouaquerons dans une de ces tentes aperçues à notre arrivée, dans un souci de recherche d'une relative tranquillité. Çà me sied parfaitement, non pas que je sois égoïste au point de refuser l'inconnu qui partagerait une couche non loin de moi dans le refuge, mais j'ai comme mon camarde besoin d'un repos poussé ce soir, si je veux repartir demain dans de bonnes conditions. Il nous reste encore trois jours à marcher, et je ne veux pas réitérer ma débandade de la fin du Mare a Mare, où à trop présumer de mes capacités je m'étais brûlé les ailes et fini dans la douleur. Débarbouillés et dans des vêtements propres, nous pouvons prétendre au repos du soir.

L'air s'est rafraîchi de façon drastique. Pantalon, manches longues et veste sont de rigueur. Et il n'est pas encore sept heure du soir. J'imaginais bien quelque peu l'atmosphère montagnarde fraîche malgré la saison, mais j'avoue être tout de même surpris, bien qu'équipé pour. Nous allons dîner dans la salle commune avec les autres randonneurs, nous pourrons ainsi et nous restaurer, et tâcher de sympathiser. L'échange est une chose importante. Je l'avais remarqué lors du Mare a Mare, où ces dîner communs dans les gîtes avaient été l'occasion de lier un peu plus connaissance avec ces gens qui suivaient la même route que nous. Chacun à sa manière, chacun selon ses buts, mais tous réunis dans ces moments.

Ces soir nous retrouvons un couple de randonneurs que nous avions croisé souvent pendant la marche, parfois nous les dépassions, parfois ils repassaient devant lors de nos pauses. Elle est allemande vivant en Angleterre, lui est français vivant à Paris. La convivialité s’installe vite, les histoires de chacun se racontent pour briser la glace. Le tout en anglais. Je suis le plus approximatif du groupe, mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour tâcher d'être le plus rigoureux grammaticalement. Le lycée est loin, le niveau scolaire agrémenté de quelques expressions puisées dans mes lectures sur des fora étrangers sur Internet pallient tant bien que mal. On me dit que je me débrouille pas trop mal malgré mes excuses fréquentes, je remercie la bienveillance de mes interlocuteurs.


En tout cas, en tant qu'enfants de la région, nous tentons de jouer aux ambassadeurs de l'île, même si nous prêchons des convertis à mon humble avis. Nous vantons les mérites de sa géographie, de sa flore, la gastronomie locale, avec l'aide du menu du soir. Le dîner se déroule bien même si la fatigue est présente. C'est ainsi de ces moments sympathiques qui vous donnent envie de rester encore un peu plus, quand bien même vous vous étiez promis de ne pas vous éterniser. Sans vraiment vous faire violence, vous résistez aux signaux de fatigue du corps, l'esprit ravivé par l'intérêt de la discussion. Mais il faut bien nous raisonner. D'un commun accord, tout le monde se sépare, nos convives étant eux-même un peu fatigué de leur étape. Bonne nuit tout le monde, Morphée ne sera pas long à arriver ce soir...
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