Sevrage numérique



Ces jours-ci je coupe le cordon... ou plutôt le câble ethernet.

Ma connexion est en berne, la faute probable à des travaux pharaoniques proches de chez moi, qui s'éterniseront probablement à cause de l'été et d'une lenteur inhérente à ce genre d'entreprises. Mon FAI est prévenu, vive les boîtes vocales où il faut naviguer dans des choix prédéfinis sans jamais avoir un quelconque être humain au bout du fil... Mais tant bien que mal, j'ai percé le secret du labyrinthe et ai pu déclarer le sinistre. Et système D pour continuer à avoir une vie "normale" vu le nombre d'activités qui requièrent désormais un accès Internet. Même si à la rigueur, on s'en fiche, l'objet réel du billet est tout autre.

Vous avez déjà été mis face à une addiction ? Je ne bois pas, je ne fume pas, et ne complète même pas l'ancien slogan publicitaire (vous trouverez en cherchant un peu bande de dépravés...). Par contre, je me rends compte vis à vis de cette absence de connexion involontaire qu'une bonne partie de ma vie dans mon appartement s'axe sur le web et ses délices variées.

J'ai bien entendu déjà été coupé de la matrice. Volontairement, et je n'en m'en suis pas plus mal porté d'ailleurs. Au contraire, ces épisodes de vacances complètement déconnecté des vicissitudes de ce bas-monde étaient pour le moins reposants. Le retour était même parfois plus déprimant, avec la consultation et le tri des mails reçus entre temps (je déteste relever mon courrier, aussi bien pour de bon que virtuellement...). Mais là, autant je survis (fort heureusement...), autant je dois avouer que la privation fait resurgir la dépendance de mon train-train quotidien vis à vis d'Internet.

Journée ouvrée type : lever vers 5h30 (sic !), rapide petit-déjeuner, 5h50 séance de sport devant les clips musicaux à la télé pour éviter que cette scoliose ne finisse par me rendre bossu, 6h40 brin de toilette histoire de ne pas agresser olfactivement mes contemporains le reste de la journée, 7h20 allumage du PC... et c'est là que le drame commence. Rituel : relève des courriers de la nuit, peu de choses, surtout de la notification inutile qui part de suite au panier. 7h30 : au choix, en ce moment un peu d'écriture d'article, parfois du montage vidéo, ou si vraiment rien de transcendant papillonnage utilitaire sur mes pages les plus consultées (banque, météo, actualités de Manjaro...). En prenant à peine le temps d'y penser, c'est absolument non-nécessaire, mais c'en est devenu tellement ancré dans mes mœurs que j'effectue cette routine par réflexe. Et c'est justement la privation de la bonne exécution de cette procédure qui me balance à la figure cette triste réalité... D'autant que le reste de la journée n'est guère mieux : 12h30, seconde relève des mails, pas de forfait de données sur le téléphone, et Dieu merci d'ailleurs ! Puis visionnage de quelques vidéos sur Youtube pour se détendre avant de reprendre mon office, et le soir vers 20h00, re-belote... Point positif, je n'allume plus la télévision que le matin pour le fond sonore. Vu le niveau actuel, franchement je préfère l'errance youtubienne, au moins ai-je le choix de la connerie que je veux voir là-bas...

Hormis le caractère presque navrant de cette journée type et de sa redondance jour après jour, ce qui me pose souci c'est ce fossé que je suis capable de créer entre les moment où sciemment je me détache de mon ordinateur pour m'adonner au reste de mes activités, et là je ne songe même pas à ces choses futiles ; et ces moments où je reste chez moi à survivre comme une loque lobotomisée. La faute à quoi ? Le problème quand on est connecté, c'est qu'on a accès instantanément à l'info qui passe par l'esprit. Il me faut une image pour illustrer l'en-tête d'un billet ? C'est déjà trouvé. J'ai besoin d'informations sur une chose idiote à laquelle je viens de penser, aussi futile soit-elle ? Encore une fois je trouverai mon bonheur. Et manque de bol, je suis du genre à avoir le cerveau en ébullition quand je ne fais rien de concret. D'où cette addiction tragique.

Bon j'exagère le trait, comme déjà dit, je n'ai pas vraiment de mal à prendre mes distances avec ces travers. Je préfère encore une bonne sortie à un début d'escarres sur mon tabouret de bureau. Mais çà nous ramène au fait que la privation est le façon la plus directe de s'apercevoir de nos habitudes...

... Vivement que je retrouve une connexion tout de même...

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