Trop de choix tue le choix



Vous est-il déjà arrivé de rester coi pendant de longue minutes devant un rayon de supermarché ? Vous avez besoin d'un pack de lessive, tout ce que vous voulez c'est que votre linge respire la fraîcheur, comme dans les publicités qu'on voit à la télé. Et là, un mur de produits se dresse entre vous et ce rêve de propreté fraîche. C'est bête à dire, mais c'est l'illustration la plus simple du titre de ce billet. Sous couvert de vous donner toutes les cartes afin de vous satisfaire (en faisant bien entendu abstraction de toute considération marketing quant aux dispositions des packs sur les étalages...), vous êtes plus embêté au final qu'autre chose... Un besoin, une réponse. On en est hélas loin.

Soyons clair, les lessives se vaudront toutes à peu près. Un tensioactif est un tensioactif, et à moins d'être absolument envoûté par un parfum précis, l'offre pléthorique n'est qu'un superbe trompe-l’œil. En fait, hormis choisir la poudre, le liquide ou les unidoses, vous vous passeriez bien du reste. Et d'ailleurs, à force d'habitude, c'est toujours vers le même conditionnement que vous vous tournez en définitive. Donc où est l'intérêt de ce mur ? Il en faut pour tous les goûts me direz-vous. Certes. Mais ces "goûts" ne sont-ils pas induits justement par cette fausse diversité ? Comprendre : si je ne propose que des pommes ou des poires, les gens choisiront forcément l'un des deux fruits s'ils éprouvent le besoin de se procurer des fruits, et s'en contenteront à peu près. Si je rajoute des oranges, forcément j'aurais d'autres personnes qui se tourneront vers elles. Idem si on y adjoint des bananes, des mangues ou des fraises. Ont-ils réellement besoin de ces options ou bien sont-ce elles qui créent le besoin ?

Vous vous en douterez certainement, je ne suis pas là pour parler panier de la ménagère. Simplement j'illustre ici un problème qui se pose jusque dans notre usage informatique. Pour 90% de la population utilisant un ordinateur, on a un bon vieux Windows préinstallé, pour les plus "chanceux" le pack Office qui va avec et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. On peut même surfer avec Internet Explorer, c'est vous dire comme le tableau est idyllique (l'ironie est-elle suffisamment palpable ?). En gros, pour qui reste dans le chemin balisé, pas de dilemme existentiel majeur du choix de l'orange ou du Skip liquide. On se prend bien un peu la tête entre Chrom(ium) ou Firefox au bout d'un moment, mais rien qui empêche de dormir. Seulement voilà, quand on a quitté le plus beau des châteaux possibles, où va-t-on ?

On sait qu'il existe un contient lointain qui s'appelle Linux. On a entendu de tout à ce sujet, tout et son contraire d'ailleurs. Les routes y sont pavées d'or mais il faut faire le pavage soi-même. C'est un monde sans maladie mais où il faut être médecin pour vivre en bonne santé. Les PC infirmes y remarchent sans canne, du moment qu'ils enfilent des chaussures pas trop grosses et qu'ils ne comptent pas faire un sprint. La vie y est gratuite mais demande un investissement personnel important. Au moins les frontières y sont-elles très permissives, on dit même que des visites organisées sans obligations y sont instaurées pour permettre à qui voudrait renter dans le vieux monde de le faire sans rien avoir à faire de plus que de redémarrer...

Mais même dans le cas de ces voyages organisés, vers quel tour operator se tourner ? Comment comparer les prestations offertes par chacun ? A qui promet la simplicité toutes activités comprises, à qui le séjour pas dépaysant du pays de la fenêtre, à qui l'aventure sauvage au pays de la console... et c'est là qu'on retombe sur le mur de lessive. Quand vous voulez simplement démarrer fissa votre ordinateur avec un système fonctionnel qui couvre l'ensemble de vos besoins, vous ne voulez pas forcément tomber dans l'élaboration du cahier des charges qui ferait passer un marché public national pour le remplissage d'un formulaire pré-imprimé. Et alors le bât blesse.

On a bien Ubuntu en tête quand on suit un peu l'actualité informatique. C'est très bien pour commencer (je suis passé par lui d'ailleurs pour faire mes armes comme vous le saurez), mais Unity peut dérouter le néophyte. On a également Mint, la fille de la précédente, qui lui ravi de plus en plus de suffrages avec son interface Cinnamon si "windowsiene" dans l'esprit. Pour le reste, c'est du bouche à oreille. On a entendu du bien de ceci. Oui, mais cela semble mieux. On ne comprend d'ailleurs pas toujours bien en quoi les distributions diffèrent entre elles. Si c'est juste l'environnement de bureau qui change, on peut toujours en installer un autre sur sa distro, ce n'est pas çà d'ailleurs la force des Linux ? Pouvoir changer à peu près tous les composants à loisir ? On s'aperçoit vite que oui et non... Qu'une Ubuntu classique ne devient pas vraiment une Mint par le simple ajout de Cinnamon. On apprend le jeu merveilleux des dépendances des paquets et des incompatibilités entre versions de ceux-ci. Ce savant mélange qui fait qu'à recette identique, le résultat ira de la pierre philosophale tant convoité à un gloubiboulga infect.

Et ceci illustre bien l'importance du choix initial : aller vers une distribution trop orientée simplicité risque de vous brider rapidement, alors qu'à contrario, se précipiter sur une distribution pour barbu de la première heure risque fort bien de vous dégoûter, voire même de vous pousser vers un système pommé (ironie ? Encore...). Avoir le choix ds supports liveUSB n'est pas la panacée. Démarrer sa machine dessus ne vous montre rien de plus que le bureau par défaut avec le thème par défaut. En gros le papier-peint et la déco intérieur. Certes, vous vous assurez que votre engin est supporté par la distribution. Mais j'ai envie de vous répondre : les bases sont les mêmes !  Pourquoi Arch marcherait si Fedora vous refuse ? Si au moins une d'entre elle démarre alors elles peuvent virtuellement toute aboutir au même résultat. Parfois il faut mettre la main dans le cambouis avec l'une ou l'autre, c'est un fait. Mais c'est aussi çà le prix de la liberté... Avoir une alternative ne fait alors qu'éluder le fond du problème et pousse à fuir plutôt que de comprendre les tenants et les aboutissants. On n'a pas tous à savoir réparer un moteur de voiture, les mécanos sont là pour çà, mais on doit au moins savoir changer une roue crevée si l'on ne veut pas rester sur le bas côté sous la pluie battante.

Pour clôturer ce billet, je dirais simplement qu'il ne sert à rien de m'énumérer la kyrielle de distributions à ma disposition, voire même qu'il n'est pas évident qu'elles présentent toute un réel intérêt. J'ai bien passé toute mon enfance à savoir que les aubergines étaient noires violacées avant que n'émerge la variété blanche... Et tout ce que je veux quand je recherche une lessive, c'est de pouvoir simplement laver mon linge avec si c'était mon but à l'origine...

... Méditez là-dessus en ces temps chauds estivaux.

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