Paranoid Android

 


Comme le titre de Radiohead, pas la ROM Android custom... Varier les plaisirs est la règle ici.

En farfouillant sur la toile en quête d'actualité sur les marshmallows (mettez Android et marshmallow dans un moteur de recherche si vous n'avez pas compris), je tombe sur cet article. Pas mal d'autres sites ont relayé l'information, mais j'aime bien Korben donc c'est son lien que je choisis en illustration.

Sans entrer dans les détails "techniques" ni dans un débat sur le caractère prétendu facile de l'exécution (demandez déjà à mes parents de déverrouiller un smartphone tactile sans protection et pleurez de rire...), ce qui m'interpelle ici est que l'on en est arrivé à un stade où l'on doit systématiquement faire attention au moindre petit objet de notre quotidien, sous peine de voir notre intimité potentiellement mise à nu. Et ce par la faute à cette connexion omniprésente et vendue comme l'avenir.

Les "objets connectés". On a eu notre smartphone pour qui passer des coups de fils ou envoyer des SMS est vite devenu le comble de la ringardise. Si tu ne consultes pas les réseaux sociaux avec et que tu ne reçois pas tes spams, pardon mails, en temps réel, tu es d'un autre temps. On a enchaîné avec des concepts de gadgets risibles genre four ou frigo connectés... pour que les gens puissent liker ta quiche en temps réel je pense. Çà arrive mais je pense que çà restera plutôt confidentiel encore un certain temps. Et maintenant, la montre connectée et éventuellement les autres capteurs à faire pâlir d'envie les électroencéphalographes médicaux vue le nombre de paramètres biologiques mesurés.

Comme toutes les avancées, ne crachons pas forcément complètement dessus. Imaginons le cas d'une personne souffrant de problèmes cardiaques, avoir un monitoring quasi permanent peut éventuellement lui sauver la vie, ou du moins l'alerter en cas de pépin. Mais pour le reste ? Ceux qui partagent sans retenue leur vie via leurs comptes Google, Facebook, Twitter, ceux qui saisissent leurs identifiants bancaires ou fiscaux et demandent à leur navigateur de les retenir parce que c'est tellement plus simple. Là, la question de la risibilité de la faille exposée en introduction se pose.

On a "inventé" les mots de passe pour se sentir à peu près en sécurité comme on l'a fait avec les serrures et les clés. Mais on oublie qu'aucune serrure n'est parfaitement inviolable. Un petit malin arrivera toujours à déjouer l'entrave sans pour autant vous subtiliser la clé. On répondra que ranger ses objets de valeurs dans un coffre soigneusement clos suffit dans la majorité des cas à les défendre. Certes. Mais c'est là où je vous amène peu à peu depuis le début : dans le coffre tout est centralisé et on ne dépend que d'une serrure qui se doit de tenir le coup. Mais à répandre ses biens à droite à gauche, ou bien à introduire une deuxième porte moins sécurisée, on perd le bénéfice de cette relative protection. Une image que j'emploie souvent est celle d'une pièce fermée par une porte blindée, mais qui aurait une porte vitrée classique juste à côté de la première. Un simple coup à travers la vitre et exit l'inviolabilité du lieux.

Que ce soit clair, je ne me pose pas comme le prophète de la paranoïa sécuritaire, bien au contraire, je suis le premier à penser qu'une chose n'est jamais aussi bien cachée que si elle est exposée aux yeux de tous. Simplement je partage mes interrogations vis à vis du rapport entre les informations personnelles que les grands de l'informatique actuelle cherchent à nous soutirer pour mieux nous servir (ou nous cibler publicitairement...) et la protection de celle-ci.

En gros, posons-nous la question de savoir si l'on a réellement envie qu'une donnée personnelle qu'on divulgue mérite d'être possiblement montrée à tous avant de la saisir sur un quelconque objet relié au web...
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The Social Network

Vous le voyez beaucoup que j'ai rajouté les icônes de mes "réseaux sociaux" dans la barre de navigation ?



Pour la chaîne YouTube, c'est principalement par convenance, histoire de faciliter quelque peu le raccourci vers mes "œuvres" vidéo... ou surtout les images associées à certains de mes récits. Un petit point de détail qui m'a taraudé juste après avoir publié ce billet, je précise que je n'ai pas l'intention de monétiser mes vidéos. Certaines le sont, mais c'est le fait des musiques employées. A l'avenir, je tenterai d'en choisir de vraiment "libres". Certes je respecte le travail d'autrui, et c'est pour cela que je crédite systématiquement les auteurs dans les descriptions, mais je ne veux pas imposer aux viewers, pour employer le terme consacré, de subir les hypothétiques pubs associées.

Sinon, grosse nouveauté, je me suis décidé à ouvrir une page Facebook au nom du blog. Je ne suis pas fan du réseau social bleu foncé. J'ai eu un compte comme tout le monde par le passé, mais je l'ai vite clôturé vu l'inutilité du service pour mon usage... Je préfère l'interaction "réelle" avec mes amis, plutôt que des "likes" qui sonnent faux, ou des invitations usantes pour tel ou tel jeu bidon...


Alors pourquoi y revenir ?


Soyons réalistes. Google+ est tout sauf un réseau social actif. J'apprécie ce calme relatif plutôt que le spam de notifications. Mais à côté le blog perd en visibilité. Ou plutôt en possibilités d'interactions. Je vous ai déjà fait le coup du délire métaphysique quand à votre existence vis à vis du nombre de vues du blog. Pas de réelles réponses. Problème : j'ai activé des commentaires Google+, donc, pour qui ne veux pas adhérer au réseau, impossible de réagir.

Facebook est alors le moyen de prédilection pour allier visibilité et interactions.


Donc voili-voilou, sous couvert de trahir mes convictions, sachez que c'est juste une concession... Je ne mendierai jamais les pouces bleus ou les likes...

Sauf si vous voulez que pour le 100ème article j'enlève le haut ;-) (private joke)
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Productivité

 

Aujourd'hui je suis prolifique.

A croire que le temps libre me réussi, quitte à ce que je l'occupe inlassablement comme pour fuir le fait que je devrais plutôt en profiter pour me détendre un peu. Au lieu de flemmarder tranquillement pour profiter des derniers rayons du soleil d'été, voilà qu'une idée me vient pour m'occuper les mains sainement : Construire une platine pour ma caméra d'action.

Vous aurez sans doute remarqué si vous suivez ma chaîne Youtube que j'y poste mes vidéos d'exploits sportifs divers et variés (actuellement : mettre un masque et un tuba pour barboter entre les rochers au bord...), immortalisés grâce à ma YiCam. Pourquoi pas une GoPro me direz-vous ? S'il y a une chose que je déteste au plus haut point, c'est de ma faire pigeonner. La concurrente chinoise à bas prix était donc tout indiquée pour moi. D'autant que Xiaomi qui la fabrique est un acteur majeur du monde d'Android avec sa ROM MIUI. Et le vert/turquoise du joujou a fini de me convaincre...

C'est bien beau tout çà, mais çà tremble mon petit dans tes vidéos, as-tu consulté un neurologue ? Merci de vous en soucier mais non. C'est juste qu'en mouvement, c'est juste impossible ou presque de donner une impression de stabilité en tenant la caméra à bout de bras. Alors, je cherche çà et là comment y remédier. Le geek adore la recherche, c'est bien connu. Il en résulte qu'il existe divers moyens. Mais çà coûte un bras, tremblant ou pas ! Comment des bouts de ferraille peuvent être vendu près de trois fois ce que j'ai payé pour la caméra ? Qu'à cela ne tienne, le geek est ingénieux.

On va partir de cette image. A priori, c'est un boomerang avec 2 poignées. Et à quel prix... Je veux bien concéder que les matériaux soient insensibles à la corrosion, que tout soit étudié pour facilité l'usage de la caméra fixée. Mais tout de même... Je peux faire similaire pour beaucoup, beaucoup moins cher... Rien de spécial à faire aujourd'hui ? Direction le magasin de bricolage du coin...

Je l'avoue, j'ai trouvé l'idée de base de mon montage en farfouillant sur le web... Le geek a de la mémoire visuelle (mais pas des URL...). Donc, au menu des courses : une équerre à 2,50 €, deux tiges filetées en laiton pour 4,50 €, des écrous pour environ 5 € (et encore, il m'en reste plein...), 2 poignées de vélo pour 10 € (çà, c'est au magasin de sport bien sûr...), et une fixation GoPro pour tubes que j'ai malencontreusement abîmé, donc on va dire gratis... Soit un montant de 12 euros environ. Dix fois moins cher que l'autre.

Bon blablater c'est marrant, mais maintenant il faut sortir la clé à molette et s'amuser un peu... Un tout petit quart d'heure. C'est enfantin comme montage, j'ai plus perdu de temps à rajouter des écrous en plus pour rigidifier au maximum qu'autre chose...

Et voilà ce que çà donne :


Ne faites pas attention au filetage qui dépasse, j'ai oublié que je n'avais plus de scie à métaux...

En conclusion : oui, l'équerre d'acier ne va pas apprécier l'eau salée au long court. Mais je n'aurai qu'à la rincer le cas échéant après les plongées. De toutes manières il faut tout rincer après l'immersion, alors un accessoire de plus ou de moins... Mais à moins de 15 €, et surtout fait de mes blanches mains, que demander de plus ?

A tester dans les conditions du réel...
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A la faveur de l'automne...



... revient cette douce mélancolie. 1, 2, 3, 4 un peu comme on fredonne de vieilles mélodies.

Voilà, hommage annuel à Tété fait. J'aime cette chanson, cette "douce mélancolie" évoquée résume parfaitement l'état d'esprit de la fin annoncée de l'été. Exit la mer, exit cette chaleur lourde mais au fond pas désagréable... Bref, bonjour l'évocation de la grisaille, de l'incertitude pour les activités de plein air, et cette nuit qui arrive toujours plus tôt... Toujours trop tôt.

Mais à mesure que les années passent, je m'y fais. Après tout, on finit à force par comprendre que l'automne est plus un état d'esprit qu'un réel frein. Certes, les créneaux du jour, qui permet de réaliser mes précieuses activités, se restreignent. Et après ? De toutes façons je n'aime pas quand çà s'éternise de trop non plus. Une fois que tu as passé 5-6 heures dehors, tu peux bien rentrer après tout. Une belle journée tiède d'automne vaut largement les beaux jours d'été où le soleil t'écrase de son étreinte brûlante. Le calme de cette saison de raison qui suit le climax de l'année est en fait reposant et délectable.

Et surtout, je continue, voire reprends, mes dites activités. Marcher m'est difficilement supportable l'été, trop chaud et désagréable de cramer, et là je peux enfin songer à respirer de nouveau vers les sommets. Et pourquoi ne pas continuer un peu à plonger ? L'eau est encore très (trop ?) chaude. Même sans shorty ou combinaison, je me surprends encore à y rester près d'une heure à chaque fois que je veux sonder les rochers en quête d'images.

En sommes, rien de neuf. Pour une fois je m'en vais presque sereinement quitter la chaude saison... J'espère sincèrement faire de ce court billet une prémonition pour la reprise de mes promenades de rêveur solitaire. Un peu d'égoïsme a parfois du bon.
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L'Ascension de la Paglia Orba : 50 nuances de grès...




Depuis le temps que je cherchais à placer ce jeu de mots débile tout en restant parfaitement dans le ton de la conversation...

Nulle question ici d'un roman pour femme en mal d'émoustillation douteuse. Quoique... Il est question ici de mon week end passé à gravir la Paglia Orba avec un groupe d'amis. Rapidement, ce sommet est pour certain le plus beau de Corse. Je n'entrerai pas dans le débat, on peut difficilement mesurer mes petits sommets de moyenne montagne avec un morceau de 2500 mètres sous la toise. Mais il est de ces sommets qui se méritent.

En règle générale, quand j'ai dit ceci par le passé, que je devait mériter un sommet, il s'agissait uniquement de collecte d'information ou bien de conditions météo. Mais présentement, il est question pour moi de dépasser ma panique face au vide. Sur mes entiers usuels, finalement peu de soucis. Quelques passages un peu hauts mais en fait rien d'effrayant. J'en étais presque venu à croire que j'étais libéré de cette peur du vide, voire même que je n'en avais en fait jamais souffert. En y réfléchissant, me pencher légèrement de mon balcon ou tenter des activités de haut vol comme l'accrobranche ou bien du canyoning ne m'ont pas vraiment arrêté jusqu'à présent. Je sais que l'ascension de la Paglia Orba implique des passages estampillés comme de l'escalade, mais je me laisse tenter par le groupe. D'autant que nous aurons un guide pour nous mener tout là-haut... Bon gré mal gré me voilà rassuré.

D'un point de vue logistique, nous choisissons de scinder cette ascension en deux parties réparties sur un jour et demi. Le samedi après-midi, nous grimperons jusqu'au refuge de Ciottulu di Mori depuis le lieu-dit "Fer à cheval" non loin de Vergio. Ceci nous permettra d'éliminer 700 bons mètres de dénivelé pour le lendemain. Ainsi, le dimanche nous n'aurons plus, si je puis dire, qu'à gravir les 500 derniers mètres nous séparant de la cime convoitée. Et si nous sommes dans les temps, nous aurons en bonus droit à une escapade vers le Tafunatu qui fait face à la Paglia Orba. Cet œil immense de plus de 30 mètres de larges pour 10 de haut perçant le flanc même de la montagne... Grandiose. Le programme me semble réaliste, et, je radote, la présence du guide me sécurise.

Ainsi soit-il. Samedi après-midi, départ. C'est vers 16 heures que nous nous élançons. D'aucuns considéreraient cette heure comme tardive pour rejoindre un refuge, mais nous sommes des randonneurs chevronnés tout de même. D'autant que j'ai expérimenté une bonne partie de l'itinéraire en raquette cette hiver avec le club et que, malgré la neige, le périple était loin d'être insurmontable. Et surtout, vers cette heure-ci, le soleil d'août tempère quelque peu ses ardeurs, ce qui n'est pas négligeable aux vues de ces températures qui remontent encore malgré septembre tout proche... En effet pas de difficultés particulières à noter, nous avançons bien, même si l'un des deux seniors sexagénaires de la partie tire un peu la langue sur la fin de la montée vers le refuge. Mais rien qui ne ternisse la fête prévue. Çà faisait longtemps que je n'avais plus marché avec eux, c'est toujours sympathique de réitérer la chose sans souci quand au retour pour le soir...

Notre guide est d'ores et déjà très sympathique. Il semble maîtriser le coin, à saluer tous ces gens qui rentrent dans l'autre sens, cet homme aux bergeries de Radule sur le chemin et finalement le gardien du refuge. Et ce micro détour pour nous montrer cette splendide vasque naturelle et sa cascade, nous promettant un bon bain délassant au retour de nos aventures du week end. Et encore cet arrêt à cette petite source où il nous dit que l'eau est meilleure qu'au refuge... La confiance est acquise, c'est une bonne chose pour rester relativement insouciant vis à vis du lendemain.

Arrivés un peu sur le tard à Ciuttulu, juste le temps de dresser nos tentes et de changer nos habits humides de sueur pour des secs et surtout plus chauds vu que le soleil tombe. Le dîner est bientôt servi. Très bon pour un repas de refuge dont on pourrait attendre un raffinement tout sommaire. Mais en guise de dessert, nous voilà alertés par notre guide que nous pouvons voir le soleil se coucher si nous acceptons de courir un peu et de grimper le flanc de montagne tout proche. Nous sommes pris au dépourvu, la moitié de l'équipe reste sur place, et pour ma part, pas le temps de remettre mes chaussures. Me voilà donc à trotter en tongs sur le chemin caillouteux. Cette caricature du touriste en claquette sur les chemins du GR20 me saute aux yeux. Et il faut que ce soit moi qui joue le rôle de l'ahuri... Après tout, à s'arrêter aux considérations de ridicule, on ne ferait jamais rien. Et si l'on nous a proposé ce spectacle, c'est que le jeu en vaut la chandelle.

Merveilleux en effet que ce soleil rougeoyant qui meure dans l'horizon, tout çà sur un à pic immense. Notre guide joue déjà au mouflon à grimper sur un promontoire rocheux étroit pour mieux encore nous surplomber. Je le suis lentement, mes chaussures du moment ne sont pas des plus pratiques pour la varappe à la luminosité descendant drastiquement à mesure que je tente de le rejoindre. L'obscurité progresse rapidement. La pleine lune à l'opposé de la tombe du soleil annonce cependant une nuit claire et parfaitement dégagée. On nous promet un temps magnifique pour le lendemain. Parfait. Mais là, il est temps de rentrer et de se reposer pour attaquer à l'aube.

Et ainsi le lendemain nous sommes levés et prêts pour 6 heures. Un rapide café et quelques biscuits nous tiendront jusqu'à la cime. Le soleil peine à revenir à lui, les ténèbres de l'aurore sont nos compagnes pour les premiers pas. Vite estompées certes. S'élancer de la sorte pour le col des Maures me rappelle un peu mon départ matinal pour les aiguilles de Bavella, avec une fraîcheur contrastant largement avec la saison. Mais la lumière reprend ses droits et souligne les formes des monts environnants. Et d'étranges silhouettes non loin. C'est dur à croire, pourtant l'évidence est là. Ces ombres noires dansant sur les crêtes. Des mouflons nous gratifient de leur auguste présence ! C'est si rare, et souvent si furtif, et là ils semblent parfaitement faire fi de notre groupe. Certes, nous en sommes loin, mais ceux qui sont réputés pour se soustraire au plus vite de la vue des hommes sont alors bien facétieux. Les clichés abondent. On resterait presque ici finalement. Mais l'aspiration vers le haut est là...

Le col est rallié relativement rapidement. A notre gauche le Tafunatu. Ce ne semble être qu'une infinie muraille abrupte de là où nous sommes. La question me traverse brièvement l'esprit de savoir par où y grimper plus tard, mais je me focalise sur le but premier, la Paglia Orba. Et d'ailleurs, la petite grimpette commence. Quelques rochers un peu haut pour l'instant. Je ne peux m'empêcher de regarder autour pour tenter de deviner le chemin que nous allons prendre. J'aime bien anticiper. Mais là mon esprit déductif sèche. Les parois de grès aux cinquante nuances précitées sont tellement hautes déjà. Je me ravise, on a un guide pour nous y amener, il doit y avoir une astuce qui m'échappe en tant que simple marcheur dilettante. On continue.

Et la technicité s'accentue quand on doit réellement escalader pour franchir les obstacles. Jusqu'à présent, poser les mains était juste un confort pour ne pas trop forcer sur les pattes. Mais là on doit chercher nos prises. Pour les mains je suis confiant, c'est très binaire mais soit on accroche, soit on n'accroche pas, la peau en contact direct de la roche indique clairement la couleur. Mais pour les pieds, j'ai du mal à croire en l'adhérence du caoutchouc de mes semelles. Mes chaussures ont fait leurs preuves jusqu'à présent, j'ai peu de chutes à déplorer, et encore c'est surtout du dérapage contrôlé. Mais là j'ai du mal à m'en remettre à elles. Le vide qui s'accroît tout autour doit y être pour quelque chose... Je m'y reprends toujours à deux fois à tester mes appuis bas. Je crispe en plus les bras, au cas où je devrais soutenir mon poids en cas de chute. Je regrette d'avoir négligé l’entraînement du haut du corps à ce sujet, je ne suis certes pas lourd mais mes bras ne sont pas épais non plus... Drôles de pensées pragmatiques pour une situation d'adversité.

Et ainsi de suite, on grimpe, on se suspend pour franchir, on se hisse, on virevolte. Heureusement que l'on s'entraide, sans quoi je pense être déjà resté bien plus bas que là où nous en sommes. Et alors commence à poindre cette pensée : là où tu es, comment vas-tu revenir ? Déjà que la montée t'a impressionné, imagine un peu la descente avec le vide en face... Arrête de penser pauvre fou, tu veux finir paralysé de peur ? Non, mais il va bien falloir revenir... Le guide aura bien un plan B... Tu penses qu'il va te porter sur ses épaules, idiot ? Oh et puis zut ! Je me surprends à rester encore plus silencieux qu'à l'accoutumée. Je chasse un peu ce débat intérieur pour me focaliser plus sur le groupe et ne pas laisser de trop transparaître mon angoisse naissante.

C'est d'ailleurs une étrange et délicieuse torture : je souffre réellement de cette appréhension à chaque fois qu'un franchissement un peu hasardeux se présente, j'ai envie d'abdiquer, de hurler... et pourtant c'est déjà beau. Le cadre est extraordinaire, le Tafunatu est juste en face, juste séparé de nous par un abîme infini. J'ai la tête qui tourne mais j'admire çà. Le sol et le ciel se disputent mon âme. Je voudrais ramper au plus près de ces rochers et ne jamais m'en détacher, et en même temps je scrute furtivement pour admirer ce paysage libre tout autour. Cette ascension me fait mal, vraiment. Et pourtant j’égrène les pas les uns après les autres. Tout en m'accrochant je veux partir encore plus loin... Je ne suis plus que paradoxe. A chaque pallier de relative tranquillité atteint, à peine mon cœur a-t-il fini de battre la chamade à cause de la peur ressentie que je remonte encore. Jusqu'à la croix.

Aussi bizarre à dire que ce soit, le chemin de la croix a été le morceau le plus reposant. Ce faux plat bien large m'apaise après ces sensations fortes aux limites du supportable pour qui n'aspire pas à finir quelques centaines de mètres plus bas... On s'y avance, on s'y retrouve plutôt vite alors. L'espace à notre disposition est certes restreint, mais à ce moment le vide alentours est symbole de liberté plus que de contrainte, contrairement à plus bas. On domine largement presque tout les environs. Je n'en suis pas sûr, je ne suis pas vraiment en état de m'inquiéter de ce genre de détails alors, mais ce doit être le Cintu qui nous toise non loin... Mais après l'excitation juste passée, le souci est juste de reprendre au mieux ses esprits en admirant l'endroit qui m'a causé tant de trouble.

Je sais hélas que la descente s'annonce très rude pour moi, faire face au vide pour retourner au refuge ne sera pas une sinécure. Et pourtant je suis content d'être là. La victoire est en demie-teinte pour moi mais je veux garder en tête cette notion de victoire. Les passages délicats de l'aller le seront d'autant plus dans l'autre sens, mais je n'en ai cure pour l'instant... Tout le monde est content et satisfait. Il faut dire que nous sommes aux portes des cieux encore plus que jamais. Sur l'île j'ai rarement dépassé les 2000 mètres. J'ai bien culminé à près de 3000 mètres tantôt cet été au parc du Queyras lors du tours de la tête des Toilies, mais malgré tout, pas de sensation de détachement de la terre pour le ciel comme aujourd'hui.

Je suis en effet comme sur un rocher que le ciel aspire. C'est surréaliste comme image, mais c'est l'impression que ce sommet pointu sur lequel je suis me donne. C'est mon Ascension en quelque sorte. J'ai subi ma Passion, là je suis sensé être libéré de ce carcan terrestre ? Oui et non. Je suis heureux et triste à la fois. Mais cette fois ce n'est pas la tristesse de quitter le but du jour, non. Cette fois c'est de faire face à mes démons. J'ai sciemment accepté cette aventure, sachant que le chemin à suivre serait bien plus aérien que d'habitude. Je me suis moi-même menotté à cette locomotive que je dois désormais suivre jusqu'au bout. Et là, maintenant que nous nous apprêtons à rebrousser chemin, quoi faire ? Ce jeu sadique auquel j'ai donné mon consentement commence à ne plus m'amuser. La montagne y va franchement trop fort là. Pourtant d'où je suis je n'ai plus d'échappatoire. C'est peut-être çà au fond qui me tarabuste le plus. Mais j'accepte cette dernière séance de torture...

On redescend, je peine. On prend des couloirs étroits et raides, je maudis mes gambettes trop courtes. On est à flanc du vide, je lacère la roche de mes petits doigts crispés. On descend encore, je supplie intérieurement le ciel d'abréger mon calvaire... Je suis celui qui ralentit le groupe, je crois que c'est le pire pour moi. Humble serre-file depuis que je marche en collectivité, mon but ultime est de me faire oublier tout en étant sur le qui-vive pour m'assurer de ne perdre personne en route, tout en faisant face aux hypothétiques problèmes. Autant dire qu'être celui qui est en difficulté n'est pas le rôle que je souhaite avoir. Heureusement qu'ils sont patients. On n'est pas en avance sur le planning prévu. Le guide a-t-il été trop présomptueux, ou bien suis-je vraiment un boulet littéral ? En tout cas, à force de persévérance, on est enfin sur ce bon vieux tas d'éboulis entre la Paglia Orba et le Tafunatu qui ramène au refuge.

Je n'ai jamais autant aimé les pierriers. J'en serais presque au stade ou je me vautrerais volontairement pour avoir le plaisir de toucher au plus près ce sol qui m'a tant manqué... Mais pour l'heure, c'est le moment du choix : Tafunatu ou pas ? Il est évident que je ne suis pas en mesure de réitérer une escalade. Trop d'émotions tuent l'émotion. Mais je ne suis pas déçu. D'une part, je sais que j'ai pu aller au sommet de la Paglia Orba alors que seul ç'aurait été inenvisageable, d'autre part, je préfère m'effacer un peu pour que le reste du groupe motivé pour l'aventure puisse la faire... En fait de victoire en demie-teinte, c'est bien une victoire. Mieux vaut renter au refuge, terminer de démonter notre bivouac et profiter des clichés ramenés plutôt que de retarder inutilement à vouloir jouer au héros et passer en fait pour un pleutre.

Et surtout, j'aurai tout un sentier long et interminable, mais presque plat vis à vis de là d'où je viens, à fouler... On se retrouvera donc au refuge et en redescendra tout en douceur sur cette route si sécurisante...
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